Yvelines : sept femmes accusent leur ex-directeur de harcèlement

Cet homme de 52 ans comparaissait devant le tribunal correctionnel de Versailles pour harcèlement sexuel et moral au sein d’une association pour handicapés. Le procureur a demandé la relaxe.

 Versailles. Le tribunal rendra son délibéré sur cette affaire le 16 novembre prochain.
Versailles. Le tribunal rendra son délibéré sur cette affaire le 16 novembre prochain. LP/Aurélie Foulon

C'est le procès de la souffrance au travail. L'ex-directeur de l'APAPHPA (Association pour l'accueil des personnes handicapées et des personnes âgées) de Richebourg, âgé de 52 ans, comparaissait, lundi soir devant le tribunal correctionnel de Versailles, pour des faits de harcèlement sexuel et harcèlement moral qu'il aurait commis entre septembre 2017 et juin 2018.

Ce grand homme maigre et aux cheveux frisés est sous le feu des accusations de sept femmes, cadres ou ex-cadres, de cette association qui employait 190 salariés. Trois d'entre elles l'accusent de les avoir accablées de compliments sur leur physique, sur leurs vêtements ou sur leur intelligence, d'avoir tenté de s'immiscer dans leur vie privée et de les avoir invitées à boire un verre ou à partager un dîner aux chandelles. Toutes décrivent un homme au vocabulaire parfois grossier.

« Cela a été une descente aux enfers », selon la DRH

La première de ces femmes est une directrice des ressources humaines qui est restée quatre mois dans l'association. Elle explique que cet homme multipliait des allusions qui l'ont totalement déstabilisée. Il lui aurait avoué qu'elle était « belle, séduisante et énigmatique ». « Il m'a dit : j'ai rêvé de vous, avant d'ajouter que nous étions tous les deux, main dans la main, sur la plage, témoigne-t-elle. Il m'a conseillé de prendre un amant pour me libérer. J'avais choisi ce poste parce que je voulais que mon métier ait du sens. Cela a été une descente aux enfers, j'avais honte du regard des autres. »

Une autre salariée explique qu'elle a d'abord été flattée de l'intérêt que portait le directeur à son travail. À nouveau, l'homme emploie pour elle les mots d'« énigmatique et séduisante », jusqu'au jour où il lui fait du chantage pour qu'elle fasse une attestation contre l'ancienne directrice licenciée. « J'éprouvais une sensation de malaise en sa présence si bien que je m'arrangeais pour ne pas être dans mon bureau quand il arrivait », explique la jeune femme.

Une troisième cadre raconte que le directeur la convoquait durant deux heures dans son bureau et qu'elle devait écouter ses monologues, lesquels dérivaient sur la vie privée.

L'homme réfute toutes les accusations

Les quatre autres femmes, plus âgées, décrivent leur patron comme un homme violent moralement qui leur faisait peur et les a « détruites », les poussant pour certaines « au bord du suicide. » Elles évoquent des méthodes de management autoritaires et dégradantes, rapportant des propos violents, des entretiens à rallonge sans réel intérêt et une agressivité permanente. Cette ambiance les a entraînées vers la dévalorisation de soi et la dépression. L'une d'elles, en rémission après un cancer, raconte que lors d'un entretien, il l'aurait poussée « à se mettre en arrêt plutôt qu'à venir pleurer au travail ». Elle a sombré et a dû affronter un nouveau cancer.

À la barre, le directeur réfute toutes ses accusations. Il assure que la DRH était la seule de ces femmes avec laquelle il avait une relation singulière. « Mais je n'étais pas dans un jeu de séduction avec elle. C'était une relation espiègle et réciproque, des SMS potaches. Je ne l'ai jamais sollicité sexuellement et je ne l'ai jamais touchée, souligne-t-il. En vingt ans de carrière, c'est la première fois qu'il m'arrive une chose pareille. Dans ce milieu travaillent 78 % de femmes ».

Le procureur a requis la relaxe

Il concède que chanter la chanson de Gainsbourg « Les sucettes » n'était pas très fin, mais rappelle qu'il s'agissait d'une blague partagée dans les bureaux. Sur le harcèlement moral, le prévenu explique qu'il avait pour mission de réformer les méthodes de l'association qui risquait de disparaître dans une fusion et que les changements qu'il entendait apporter n'étaient pas acceptés.

« Je ne me reconnais pas dans les descriptions données par ces femmes. Ce n'est pas moi. Je n'ai jamais été dans la maîtrise et dans la toute-puissance ». Il estime que ces femmes se sont concertées avant de parvenir à le faire quitter son poste. Depuis, le quinquagénaire a retrouvé un travail similaire dans la protection judiciaire.

Le procureur a requis la relaxe, rappelant que dans ce dossier c'est la parole de l'un contre celle des autres, estimant qu'il manque la démonstration de la volonté de harceler sexuellement ainsi qu'un élément extérieur pour étayer les accusations des sept femmes. L'avocat du directeur, Me Pauline Longchampt, sur la même longueur d'onde, a martelé que le dossier était « vide, pas de téléphonie, pas d'autres témoins, pas de pièces » corroborant les accusations portées contre son client. Le délibéré sera rendu le 16 novembre prochain.