Yvelines : Louis XV, Napoléon et les squatteurs... la folle restauration du pavillon de chasse

Deux mécènes passionnés d’histoire se sont promis de faire revivre le Pavillon de la Muette, en forêt de Saint-Germain-en-Laye. Plongée au cœur d’un chantier titanesque, estimé à environ quatre millions d’euros.

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 Saint-Germain-en-Laye. Le projet est de pouvoir à terme ouvrir le lieu au public, pour des événements notamment.
Saint-Germain-en-Laye. Le projet est de pouvoir à terme ouvrir le lieu au public, pour des événements notamment. Elise Robaglia/Potion Mediatique

Il était à deux doigts de s'écrouler et de laisser s'enfouir sa riche histoire sous un amas de pierre. Finalement, le pavillon de la Muette, en forêt de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) est toujours debout. Mieux, le voilà en pleine restauration. D'ici à une grosse année, la résidence royale devrait avoir retrouvé tout son lustre et pourra même s'ouvrir au public.

Ce sauvetage in extremis, le bâtiment construit à la demande de Louis XV le doit à deux mécènes. Deux professionnels de l'immobilier qui expliquent s'être pris d'amour pour ce pavillon forestier que l'on surnomme le Petit Trianon de Saint-Germain, tant les similitudes sont nombreuses avec son fastueux cousin versaillais, signé lui aussi de l'architecte Ange-Jacques Gabriel.

Benoît D’Halluin et Emmanuel Basse sont les deux nouveaux propriétaires des lieux. LP/S.B.
Benoît D’Halluin et Emmanuel Basse sont les deux nouveaux propriétaires des lieux. LP/S.B.  

Deux hommes passionnés d'histoire et de belles pierres qui de leurs dires mêmes se sont lancés tête baissée dans un projet « à fonds perdu ». « On se dit parfois qu'on est des grands malades », s'amuse d'ailleurs Emmanuel Basse, l'un des nouveaux propriétaires.

Un monument longtemps abandonné aux squatteurs

Il y a deux ans, son associé Benoît d'Halluin et lui ont fait l'acquisition du pavillon auprès de Frédéric Journes, un particulier qui l'avait lui-même racheté quelques années plus tôt à l'ONF.

Inoccupé depuis plusieurs décennies, le monument historique était livré aux intempéries… et aux squatteurs. Dépassé par la tâche et par l'importance des moyens financiers à réunir, celui qui voulait déjà redonner vie au pavillon a dû passer la main au tandem.

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Comme chaque vendredi, c'est réunion au sommet dans la maison forestière située à proximité immédiate du monument. Tandis que Benoît d'Halluin fait le point avec les équipes, Emmanuel Basse propose un tour du propriétaire. Ou plutôt un aperçu de ce chantier dont on n'imagine pas l'ampleur. « L'urgence, c'était le clos et le couvert, explique-t-il d'abord. Il fallait le mettre hors d'eau parce que cela partait en miettes. »

Des poutres et des murs rongés par la mérule

Derrière l'immense échafaudage surmonté d'un chapiteau qui sert « de parapluie » au pavillon, tout est encore « dans son jus ». La porte principale franchie, on pénètre immédiatement dans le débotté du roi, « là où le roi se faisait enlever ses bottes au retour de la chasse ».

DR/Elise Robaglia/Potion Mediatique
DR/Elise Robaglia/Potion Mediatique  

Au sol, le pavé noir et blanc est d'origine. Certains carreaux sont encore en parfait état, d'autres ont été abîmés par la chute du plafond et de l'une des poutres principales. « La première chose qu'il a fallu faire, c'est étayer au maximum, raconte Emmanuel Basse. Tout était sur le point de s'écrouler ».

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Sur les murs, des points bleus marquent presque tous les interstices. Ils indiquent la présence de mérule, « un champignon qui bouffe tout ». On commence à saisir la lourdeur des travaux. Et ce n'est que le début.

«On venait ici entre hommes, loin des obligations de la cour»

Dans la pièce principale, le salon octogonal, la vue est saisissante. Celle sur la forêt d'abord. En tournant simplement la tête, on découvre les allées forestières qui convergent vers les fenêtres.

« Le roi pouvait suivre la chasse sans bouger. Un coup de génie », raconte le propriétaire. Car la chasse était bien l'unique vocation du pavillon. « On venait ici entre hommes, loin des obligations de la cour », précise-t-il.

De grandes boiseries habillent l'immense pièce. Comme celles qui couvraient les murs du débotté du roi, elles seront déposées pour être traitées, restaurées et remises en place.

DR/Elise Robaglia/Potion Mediatique
DR/Elise Robaglia/Potion Mediatique  

À l'étage, « on va reconstituer entièrement la chambre de Napoléon », détaille Emmanuel Basse en pénétrant dans la pièce. S'il évoque l'empereur, c'est que ce dernier s'était lui aussi épris des lieux où il aimait recevoir sa seconde épouse, Marie-Louise, dont la chambre est attenante.

« Au point que devant Moscou en flammes, il écrivait pour donner ses ordres au sujet du pavillon (NDLR : il souhaitait en changer le mobilier). On essaye de récupérer le fac-similé de la lettre ».

De là, c'est surtout la charpente qui impressionne. La toiture a été soulevée, le squelette est à nu. Mais il faut encore grimper pour voir les artisans à l'œuvre. Merlin, charpentier spécialisé dans les bâtiments historiques, travaille au sommet du monument depuis plusieurs semaines. Et il lui en faudra encore du temps.

Des spécialistes passionnés à l'œuvre

Au fur et à mesure, il a « découvert la vétusté du bois », mais aussi « le mode constructif », lisible par les seuls initiés grâce à un système de marquage sur les poutres. Sur ce chantier « d'une grande technicité », le responsable a notamment dû « procéder à des greffes » mais aussi « recréer les chevrons », le tout en essayant de conserver l'existant tant que possible.

C’est un véritable défi qui était proposé aux charpentiers spécialisés. Elise Robaglia/Potion Mediatique
C’est un véritable défi qui était proposé aux charpentiers spécialisés. Elise Robaglia/Potion Mediatique  

De retour sur le plancher des vaches, la visite se conclut par les cuisines, situées en sous-sol. Des tags sur les murs témoignent d'une page plus récente de l'histoire du monument, utilisé encore il y a peu comme lieu de fête clandestine au milieu des bois.

La cuisine est la pièce la moins dégradée du pavillon. LP/S.B.
La cuisine est la pièce la moins dégradée du pavillon. LP/S.B.  

« Globalement, c'est plutôt bien conservé », note Emmanuel Basse avant de livrer une nouvelle anecdote au sujet de la rôtissoire, située derrière l'imposante cheminée qui rappelle en tout point celle du Petit Trianon : « On l'a mise à l'extrémité de l'escalier parce que Louis XV détestait les odeurs de graillon. » Là encore, il s'agira de remettre le sous-sol à neuf toujours avec le même « souci d'historicité ».

Si le calendrier suit normalement son cours, la couverture et les murs extérieurs, que vont attaquer bientôt les « pierreux », devraient être achevés au début de l'automne. Mais ce chantier à 4 millions d'euros - aides de l'état comprises - sera loin d'être terminé.

« Il y aura les boiseries, les sols, les cheminées, l'électricité, les sanitaires… », énumère le copropriétaire en prévoyant les finitions pour « l'été 2022 ». L'objectif sera alors de l'ouvrir au public, comme lieu d'exposition ou de concerts. Le pavillon devrait également être privatisable pour des réceptions ou des mariages. En version royale.