Yvelines : les produits locaux ont-ils toujours la cote ?

Pendant le confinement, le consommateur s’est rué sur le « local ». Le « Marché des Locavores » organisé ce samedi à Thoiry permettra de voir si la tendance est durable.

 Villette, archives. La pisciculture de Villette, la fromagerie de Rosay… Une vingtaine de producteurs locaux est attendue samedi à Thoiry pour un marché du terroir essentiellement local qui pourrait profiter de l’effet Covid.
Villette, archives. La pisciculture de Villette, la fromagerie de Rosay… Une vingtaine de producteurs locaux est attendue samedi à Thoiry pour un marché du terroir essentiellement local qui pourrait profiter de l’effet Covid. LP/M.G.

C'est peut-être l'un des effets insoupçonnés du Covid : les produits locaux séduisent de plus en plus de consommateurs. Fromages, légumes, miel… Le local a la cote. « Même si ce n'est pas définitivement acquis, le Covid a accéléré une tendance qui était en germe depuis quelques années », analyse Anaïs Debiol, une apicultrice installée à Gambais, une commune située à la frontière des Yvelines et de l'Eure-et-Loir.

« Les clients réalisent l'absurdité d'acheter des produits venus de loin »

Ce samedi, cette professionnelle participera à Thoiry au « Marché des Locavores »*, un salon du terroir dédié uniquement aux produits locaux. Une vingtaine de producteurs locaux sont attendus à cet événement qui prend une saveur particulière cette année.

Car le Covid est passé par là : la peur des grandes surfaces et de ses foules ainsi qu'une prise de conscience plus fine des nouveaux modes de consommation ont bousculé les codes établis. « Il y a un engouement autour des produits locaux, témoigne Emma Sion, gérante du magasin Ecocinelle à la Queue-lez-Yvelines qui mise sur la consommation de proximité. Nous avons enregistré un boom pendant le confinement avec une vraie augmentation de la clientèle. Nous avions même doublé la distribution des paniers de légumes. Les choses se sont calmées depuis mais les clients sont restés. Ils réalisent l'absurdité d'acheter en grande surface des produits venus de loin. »

De la campagne chic yvelinoise aux villages plus reculés de l'Eure et de l'Eure-et-Loir, les « locaux » croisent indiscutablement plus de véhicules parisiens à la sortie des fermes, des brasseries ou des commerces de proximité.

Cette mode a un coût, en dépit des efforts des distributeurs. Le pot de miel de 500 g de Gambais y est par exemple vendu 13 €, contre 10 € environ dans les hypermarchés pour les miels français. « Mais les gens savent à qui ils achètent. C'est français et près de chez eux », ajoute cette commerçante.

Le confinement a eu un effet « explosif » sur les ventes

Pour autant, cette niche pâtit des mêmes difficultés que les autres secteurs économiques. Les contraintes imposées aux marchés, le port du masque, les craintes de contamination pèsent sur la consommation. « Il est difficile d'être affirmatif et catégorique, tient à nuancer Fanny Durand qui élève des vaches Jersiaises à Rosay, près de Mantes-la-Jolie. Le confinement a eu un effet explosif forcément artificiel. Puis les vacances sont passées. C'est maintenant que nous saurons s'il y a un vrai retournement ».

Installé à Septeuil depuis des années, Laurent Prajault n'y croit pas. Ce revendeur de produits auvergnats se désole du retour des « mauvaises habitudes ». « Pendant le confinement, les clients étaient contents qu'on vienne leur livrer à la porte. Et on a cartonné. Mais aujourd'hui, je ne livre plus. C'est revenu comme avant le Covid, souffle le gérant de la Maison Prajault. Le consommateur a repris ses mauvaises habitudes. Samedi, tous les bobos vont venir voir les paysans et acheter leur fromage de chèvre. Et lundi ils seront tous à La Défense et feront leurs courses en grande surface. »

*Marché des Locavores, ce samedi de 10 heures à 18 heures à la salle polyvalente de Thoiry.