Yvelines : des lycéens de Conflans promettent une semaine de tensions

Après deux matinées consécutives émaillées d’incidents, des élèves du lycée Simone-Weil veulent continuer à manifester contre leur « non-confinement ».

 Conflans-Sainte-Honorine, mardi. Malgré le blocus des élèves et les affrontements avec les forces de l’ordre, les cours se poursuivent au lycée Simone-Weil.
Conflans-Sainte-Honorine, mardi. Malgré le blocus des élèves et les affrontements avec les forces de l’ordre, les cours se poursuivent au lycée Simone-Weil. LP/Élie Julien

Ce mardi midi, devant le lycée Simone-Weil, à Conflans-Sainte-Honorine, il règne un climat de confusion. Les détritus en partie carbonisés qui jonchent le sol sur le parvis de ce lycée professionnel, reconnu pour ses formations aux métiers du nautisme, témoignent des scènes qui se sont déroulées plus tôt dans la journée.

Puis, les dizaines d'élèves qui gravitent devant l'établissement, masques plus ou moins sur le visage, capuche sur la tête pour certains, ont tous le même sujet à la bouche. « C'était chaud ce matin hein ? », s'émerveille l'un d'eux au milieu de ses amis, portable à la main montrant des vidéos tournées plus tôt.

Des lycéens de Conflans ont mis le feu à des poubelles à l’heure de l’entrée en classe. DR
Des lycéens de Conflans ont mis le feu à des poubelles à l’heure de l’entrée en classe. DR  

En effet, ce mardi matin à l'heure de l'arrivée en classe et pour la deuxième journée consécutive, une partie des 600 élèves a tenté de bloquer l'accès au lycée dès 8 heures. Ils ont alors enflammé des poubelles réunies devant la porte d'entrée. Les pompiers, alertés par l'établissement et qui ont procédé à leur extinction, ont alors été la cible de projectiles.

Quatre jeunes interpellés

Les forces de l'ordre sont alors arrivées en nombre et ont, elles aussi, été caillassées. «Il y avait au moins une trentaine de policiers au total », selon Romain, 14 ans. « Ils ont commencé à nous encercler d'un côté et de l'autre de la rue. Certains d'entre nous ont réussi à s'échapper par un parc. Puis on s'est réfugiés derrière les barrières du passage à niveau qui se sont baissées », raconte James, 15 ans. Ce jeu du chat et de la souris, à coups de cailloux contre bombes lacrymogènes a duré une bonne partie de la matinée.

Cela ne s'est arrêté que lorsque les élèves, « nous étions au moins 200 » affirment certains, ne se dispersent et aillent même passer sous la Francilienne pour rejoindre un hypermarché à plusieurs hectomètres du lycée. Les forces de l'ordre ont procédé à quatre interpellations de jeunes pour des jets de projectiles. Âgés de 15 et 16 ans, ils ont été placés en garde à vue. Les pompiers des Yvelines ont annoncé, eux, qu'ils porteraient plainte.

Lundi déjà, un blocus avait été mis en place devant le lycée pro. Des vitres ont été brisées, une voiture de riverain stationné a été retournée et cinq poubelles incendiées. Une femme de ménage du lycée a été blessée légèrement par un jet de projectile.

Les cours maintenus

« Nous avons prévu de faire cela toute la semaine. On finira avec des fusées d'artifice », prévient un élève. « Macron (sic) a fait n'importe quoi. On est confinés à l'extérieur mais on n'a pas de protection dans le lycée », peste une autre.

Car le motif officiel de ces comportements est la demande du retour des cours à distance. « Je pense plutôt qu'ils ne voulaient pas avoir cours, lâche un agent de l'établissement. Un de leur porte-parole devait être reçu par la proviseure ce mardi. On est impuissant, on ne sait pas quoi faire. Les parents leur disent juste de ne pas venir au lycée. »

La direction et le rectorat, contactés, n'ont pas souhaité répondre à nos questions. Mais selon cet agent, les cours maintenus n'ont pas connu un grand succès avec parfois des enseignants ayant un ou deux élèves face à eux.

Des incidents à Mantes-la-Jolie et aux Essarts-le-Roi

« Tous les élèves ont la crainte de contaminer leurs proches, on peut les comprendre », commente Évelyne Bras Diana, cosecrétaire de la fédération syndicale unitaire (FSU) de l'enseignement. Avant de regretter : « Ces élèves expriment leur mécontentement mais ils s'enflamment et subissent l'infiltration de personnes qui n'ont aucun lien avec tout ceci et viennent décharger leur violence ».

Dans le département, d'autres établissements ont dû être sécurisés dès ce lundi. Il y a eu beaucoup moins de violence mais des saisies de mortiers et des interpellations, comme à Mantes-la-Jolie ou aux Essarts-le-Roi. La semaine dernière, déjà, pour la rentrée scolaire, des feux de poubelles et des affrontements avaient perturbé les lycées de la région mantaise, amenant à de nombreuses interpellations. Si certains jeunes ont été déférés devant un juge pour enfants, tous sont repartis libres. D'autres ont fait l'objet d'un rappel à la loi de la part d'un officier de police judiciaire ou d'un délégué du procureur de Versailles.

Tous ces affrontements à l'aide de mortiers ne sont pas sans rappeler ceux de ce lundi, au lycée Mireille Grenet de Compiègne (Oise), lesquels ont fait un blessé parmi les soldats du feu et où les policiers ont dû abandonner leur véhicule.