Yvelines : les jeunes vendeurs de drogue se prenaient pour des épiciers de luxe

Un couple a été condamné par le tribunal correctionnel de Versailles à des peines de 18 mois de prison ferme pour un trafic de stupéfiants qu’il gérait comme des commerciaux.

 Versailles. Le tribunal correctionnel a jugé les propos du couple « hallucinants » et les a condamnés à 18 mois de prison ferme.
Versailles. Le tribunal correctionnel a jugé les propos du couple « hallucinants » et les a condamnés à 18 mois de prison ferme. LP/Aurélie Foulon

Ils pensaient avoir monté l'épicerie fine de la drogue, en garantissant la qualité des produits proposés et qu'ils testaient sur eux-mêmes.

Un jeune couple a été condamné, vendredi soir par le tribunal correctionnel de Versailles, à une peine de deux ans de prison dont dix-huit mois ferme pour avoir depuis le mois de mars dernier, monté un juteux trafic de drogue via un compte Instagram. Sur celui-ci, les deux jeunes de 20 ans prétendaient donner des conseils aux usagers de drogues diverses et variées.

De beaux sachets pour «un meilleur marketing»

Dans le box de la salle d'audience, Yoann, habillé d'un tee-shirt noir estampillé « Sons of Anarchy », a tenté de justifier son métier de « dealer haut de gamme», épaulé par sa copine Ariane, une petite jeune femme aux cheveux blonds. C'est mardi dernier sur le quai de la gare de Houilles-Carrières que leur petite affaire a pris fin.

Ils fumaient un joint quand les forces de l'ordre, les ont interpellés avec une petite quantité de cannabis dans les poches. « Il est interdit de fumer dans les gares et en plus vous fumez de la drogue, c'est presque de la provocation. Cela en dit long sur le sentiment d'impunité qui vous anime », leur a fait remarquer le président Thierry Bellancourt.

PODCAST. Les dealers ont déménagé sur Snapchat

Les enquêteurs de la sûreté urbaine de Sartrouville ont mené une perquisition au domicile de Yoann à Conflans-Sainte-Honorine, où ils ont mis la main sur 15 g de MDMA, 93 cartons de LSD, 100 comprimés d'Ecstasy, 7 g de Kétamine et 118 g de truffes hallucinogènes. Les policiers ont aussi trouvé 600 sachets de conditionnements joliment décorés. Durant les interrogatoires menés en garde à vue, d'entrée, le jeune homme est passé aux aveux, confirmant que tous ces produits étaient destinés à la vente. « Les beaux sachets, c'étaient pour assurer un meilleur marketing. Moi, je suis un dealer qui prend soin de ses clients », a assuré Yoann.

Sur son compte Instagram, il a d'abord dispensé ses conseils en matière d'addictologie avant de carrément passer à la vente avec livraison à domicile ou par courrier avec paiement en ligne via le Darknet, la face cachée d'Internet. « Le Darknet, j'ai découvert ça à l'âge de 9 ans », confie le jeune homme. Cinq ou six clients étaient livrés chaque jour pour un chiffre d'affaires quotidien de 50 à 900 euros.

« Vos propos sont proprement hallucinants »

Tous ses gains étaient convertis en cryptomonnaie afin de pouvoir réinvestir dans d'autres achats sur le Darknet. Les policiers estiment que ce couple de chômeurs a vendu pour 25 000 euros de drogue en six mois et dégagé un bénéfice de 16 000 euros. « Je sais que c'est totalement illégal, note Yoann devant le tribunal. Mais on n'a pas pensé à ça sur le moment. Tout est allé très vite et puis cela permettait d'élever un peu notre niveau de vie ».

Sa copine, Ariane l'a aidé dans le conditionnement en jouant de sa belle écriture sur les enveloppes destinées aux usagers. « C'est le plus gros stock qu'on n'a jamais eu, ajoute le dealer. On se fournit à Bobigny (Seine-Saint-Denis), il y en avait pour 4000 euros. Du point de vue de la santé des usagers, je ne sais pas. Moi, ça va bien ». Ariane, elle, se définit « surtout comme une consommatrice » et pensait « qu'en gouttant les produits » elle était « sûre de ce qu'elle proposait aux autres. »

Des propos qui ont choqué le procureur, lequel s'est emporté. « Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire? Vous nous faites le coup de l'épicerie bio de la drogue. Vous n'avez pas de casier judiciaire, vous semblez intelligents donc vous saviez parfaitement ce que vous faisiez. Vos propos sont proprement hallucinants! ». Leur avocat a rappelé pour leur défense que ses clients disposaient de diplômes et pouvaient se rendre utiles en travaillant, notamment dans la restauration comme l'a déjà fait Ariane, et mettre leurs idées au service d'une activité légales. Le tribunal a jugé qu'ils devront y réfléchir… en prison.