Yvelines : les gendarmes créent des permanences dans les villages

Pour éviter aux habitants d’avoir à se déplacer en ville pour porter plainte, ou simplement les rassurer, les gendarmes de la région de Mantes-la-Jolie délocalisent leurs bureaux dans des communes rurales.

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 Follainville-Dennemont, ce mardi. Les gendarmes investissent une fois par semaine ce village paisible situé aux portes du Vexin.
Follainville-Dennemont, ce mardi. Les gendarmes investissent une fois par semaine ce village paisible situé aux portes du Vexin. LP/Mehdi Gherdane

Ils prennent la clé des champs. Depuis le 20 janvier, les gendarmes de la compagnie de Mantes-la-Jolie (Yvelines) ont quitté leur caserne pour prendre la direction des marchés de campagne et de la vie de village. Leur commandement a décidé de délocaliser, plusieurs jours par semaine, des effectifs sur le terrain. Les militaires sont reçus à la mairie ou dans une salle municipale pour accueillir les habitants, recevoir les plaintes et répondre à leurs questions.

A Follainville-Dennemont, à quelques minutes de Limay, deux jeunes militaires prennent ainsi possession, chaque mercredi de marché, d'un local associatif. Le rituel est le même : « Nous arrivons vers 14h30, installons la banderole annonçant notre présence et branchons notre matériel informatique. Ensuite, nous attendons la population », confie Marjorie Barloy.

Cette gendarme de 28 ans habituellement affectée à Limay – qui dépend de la compagnie de Mantes-la-Jolie – s'immerge ainsi une fois par semaine dans la vie de cette petite commune résidentielle. L'ambiance est forcément différente de Limay, où travaillent une quinzaine de personnes. « Mais nous répondons à un vrai service de proximité, ajoute-t-elle. A l'avenir, les habitants du secteur n'auront plus à se déplacer en ville pour déposer plainte. »

Un espace plus «accueillant» et «moins solennel»

C'est le cas, ce mercredi matin, de Marie. Cette mère de famille venue d'un bourg proche souhaite dénoncer des menaces et des violences conjugales commises un peu plus tôt. « Je suis allée à Limay et on m'a dirigée vers vous, confie-t-elle depuis la salle en sous-pente où les deux agents l'écoutent avec bienveillance. C'est finalement accueillant et peut-être moins solennel qu'une salle d'audition dans une gendarmerie classique. »

L'audition reprend. Il est temps de laisser place au secret de la procédure. La porte se referme doucement sur les confidences de la victime. Au dehors, la vie bat son plein. C'est une journée de marché qui rappelle un peu la province, dans ce coin des Yvelines niché entre la Seine et les coteaux du Vexin.

Les résidences fraîchement sorties de terre accueillent de nouveaux locataires, pour la plupart venus des villes voisines. Michel, qui a aperçu la banderole annonçant la présence des gendarmes, approuve « à 100 % » l'initiative. « Tous les secteurs autour de Mantes ne cessent de grandir, il est normal que les services publics suivent, estime-t-il. Leur présence rassure et facilite notre quotidien. Une grand-mère qui vient de se faire cambrioler viendra plus facilement ici qu'à Limay. »

Une demande exprimée par les élus locaux

La « grand-mère » n'est pas la seule concernée par ce déploiement sur le terrain. A travers cette expérimentation, la gendarmerie veut aussi coller au plus près des habitudes socioprofessionnelles. « L'objectif est de favoriser la souplesse et de s'adapter, détaille Emmanuel Maignan, le commandant de la compagnie de Mantes-la-Jolie, qui compte 155 uniformes. S'il faut être là jusqu'à 20 heures parce que les gens rentrent du travail tard, nous le ferons. Nous pensons à la victime qui doit aller travailler et ne peut pas déposer plainte avant 18 heures Nous voulons être présents. »

Selon ce responsable, « les premiers retours » de cette opération organisée à la demande des élus locaux sont positifs. Plusieurs personnes se sont décidées à porter plainte et de nombreux riverains poussent la porte des locaux pour demander des renseignements.

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Quelques améliorations restent toutefois à apporter pour faciliter ce « télétravail militaire », comme la sécurisation des connexions wi-fi. A l'avenir, cet ultime réglage permettra aux gendarmes de prendre directement les plaintes depuis le domicile des victimes.

Les gendarmes seront à Drocourt le lundi de 14 heures à 18 heures, à Fontenay-Saint-Père le vendredi de 16 heures à 18 heures, et à Follainville-Dennemont le mercredi de 15 heures à 18 heures.

Le colonel Sylvain Tortellier, patron des gendarmes des Yvelines./J.C.
Le colonel Sylvain Tortellier, patron des gendarmes des Yvelines./J.C.  

«ON VIENT NOUS VOIR POUR DES INCIVILITÉS OU DES ABUS ENTRE VOISINS»

En fonction depuis l'été 2019, le colonel Sylvain Tortellier est à la tête de 1150 gendarmes, dont 700 militaires actifs et 450 réservistes dans les Yvelines. Dernièrement, il accélère les opérations de proximité avec la population, dans le sillon de la brigade territoriale de cinq agents formée en 2019 et qui tient régulièrement des permanences au sein des mairies en zone rurale.

Pourquoi avoir multiplié les permanences mobiles ou délocalisées ?

Nous l'avons fait dans un souci de rapprocher la gendarmerie de la population. Nous allons au-devant du public car les gens sont pris par la vie et ils n'ont pas forcément le temps de pousser la porte d'une gendarmerie ou d'un commissariat. Ce sont des points de recueil de plaintes mais aussi d'échanges, nous répondons à de nombreuses questions qui couvrent beaucoup de domaines.

Où peut-on s'adresser aux gendarmes en dehors des lieux traditionnels ?

Le premier point que nous avons ouvert en décembre est à la gare multimodale de Saint-Arnoult-en-Yvelines, deux jours par semaine sur les créneaux où nous avons identifié le plus de monde : entre 7 heures et 9 heures, et entre 16 heures et 18 heures. Nous avons aussi ouvert en janvier une permanence à la Maison France Services de Thoiry une demi-journée par semaine, tous les quinze jours. Et depuis le 20 janvier, nous avons les trois points d'accueil déconcentrés dans le Vexin.

Ces emplacements ne posent-ils pas des problèmes de confidentialité ?

Non car même sur les places de marché où nous nous trouvons, les mairies nous ont mis des locaux à disposition. Chaque point d'accueil déconcentré est accessible aux personnes à mobilité réduite et respecte la confidentialité. Cette concomitance avec les commerçants sur les marchés nous permet de faire des patrouilles quand l'activité est calme au local.

Quels sont les retours d'expérience à ce stade ?

On vient souvent nous poser des questions sur des incivilités, des abus entre voisins ou des problèmes entre employés et employeurs notamment. On donne les premières clés pour désamorcer les conflits, ça nous permet d'intervenir très en amont avant que la situation dégénère. On les aide à savoir ce qui est de notre ressort pénal et, si besoin, on les dirige vers d'autres interlocuteurs. Il y a aussi des dépôts de plaintes faits par des élus pour des dépôts d'immondices. Ils n'auraient pas pris le temps de venir sur nos espaces traditionnels mais notre présence près d'eux les incite à le faire.