Yvelines : le pompier tend un guet-apens pour 50 euros

Un pompier de Paris et deux membres de sa famille ont été condamnés mercredi pour extorsion après un simple litige commercial entre particuliers.

 Photos d’illustration du site Leboncoin.fr le bon coin
Photos d’illustration du site Leboncoin.fr le bon coin Le Parisien

C'est un désaccord presque ordinaire entre particuliers. Une simple mésentente entre acheteur et vendeur sur Leboncoin.fr, mais qui, cette fois, s'est terminé en véritable pugilat.

Un pompier de Paris, son père et son beau-frère ont été condamnés, mercredi par le tribunal correctionnel de Versailles, pour des faits d'extorsion à des peines de six, huit et douze mois de prison avec sursis. Il leur était reproché d'avoir, le 21 juin dernier à Élancourt, fait le coup de poing en tendant un guet-apens à un jeune homme pour récupérer la somme dérisoire de… 50 euros.

Ce soir-là, Olivier pousse la porte du commissariat avec le visage tuméfié et raconte sa mésaventure aux policiers. Il explique qu'il avait rendez-vous devant chez lui avec un certain « Mo » qui répondait à son annonce postée sur le célèbre site de petites annonces. L'objet de la rencontre : la vente d'une selle de moto.

« Vendu, c'est vendu »

En fait, son interlocuteur s'est fait passer pour un acheteur à la demande de son fils. Ce dernier estime qu'il a été arnaqué par Olivier deux jours plus tôt. Celui-ci lui avait vendu, deux jours plus tôt, un cache réservoir pour sa moto qui n'était pas adapté à son engin.

« Je l'ai appelé dix fois et il ne m'a pas répondu, explique Mehdi, un pompier de Paris, âgé de 26 ans. Je lui ai envoyé un message pour lui demander de reprendre le produit et de me rembourser. Il m'a écrit : vendu, c'est vendu. J'ai eu l'impression de me faire arnaquer et je n'ai trouvé que ce seul moyen de repasser par Leboncoin pour l'obliger à me rembourser ».

Des insultes puis des coups

En début de soirée ce 21 juin, le père de Mehdi, un technicien de laboratoire de 57 ans, entame donc la discussion avec Olivier. Puis Mehdi apparaît, vocifère, insulte et frappe le vendeur au visage. Olivier se défend, les deux hommes tombent à terre. Et c'est Olivier qui prend le dessus sur le soldat du feu en parvenant à l'attraper par le cou. Le père tente de les séparer, en vain. Un voisin, alerté par le bruit s'en mêle. Et c'est là également qu'intervient Julio, le beau-frère. Il place un genou sur la poitrine d'Olivier et le menace avec un extincteur à gaz lui intimant l'ordre de lâcher Mehdi.

Olivier obéit. Mais le trio est toujours décidé à se faire rembourser les 50 euros. L'un des trois hommes ramasse alors le téléphone mobile d'Olivier tombé par terre. Ils assurent qu'ils ne lui rendront que si le jeune homme consent à reprendre son cache réservoir et à les rembourser. Olivier cède au chantage et le trio repart satisfait, non sans avoir caché les plaques d'immatriculation de la voiture avec du scotch et des chiffons.

Le trio identifié grâce aux échanges

Les enquêteurs du commissariat de Trappes ont pu identifier les agresseurs grâce au numéro de téléphone du fils et à l'adresse IP de l'ordinateur du père. Mardi matin, père et fils ont été interpellés à leur domicile de Bagnolet (Seine-Saint-Denis). Le troisième suspect, le beau-frère, originaire d'Argenteuil (Val-d'Oise) ; qui travaille comme gérant d'un magasin de chaussures s'est, lui, constitué prisonnier.

Lors de leur garde à vue et dans le box de la salle d'audience, les trois hommes ont reconnu les faits. Le père assure toutefois qu'il n'a jamais eu l'intention d'agresser Olivier. « On était venu pour parlementer mais mon fils était à bout de nerfs, a-t-il détaillé. Moi, je voulais juste que ces deux garçons têtus trouvent une solution ». Le beau-frère s'est également expliqué. « Je suis arrivé après car j'étais dans la voiture. J'ai menacé ce monsieur avec la bombe lacrymogène parce qu'il ne voulait pas lâcher prise. Je pense que c'était la meilleure solution car je ne voulais pas le frapper », a assuré ce jeune homme de 29 ans en justifiant sa présence sur les lieux par le fait qu'il venait aider sa belle-famille à résoudre un problème.

Une rancœur tenace envers la victime

Quant à Mehdi, presque cinq mois après les faits, il semble encore en vouloir à Olivier. Sûr de son bon droit, il lui reproche encore d'avoir déposé une plainte qui risque de le faire renvoyer des sapeurs-pompiers de Paris.

Le procureur a estimé que ces trois hommes n'ont rien fait d'autre que « d'organiser une expédition punitive pour 50 euros » avant de requérir des peines de prison ferme à leur encontre. De son côté l'avocat de la défense évoque plutôt un jeune homme, étouffé par le sentiment d'avoir été floué qui a demandé à sa famille de l'aider à trouver une solution amiable. Les trois hommes ont pu rentrer chez eux à l'issue des débats.