Yvelines : la situation sanitaire embrase la contestation dans les lycées du Mantois

Des incidents se sont produits ce jeudi autour de plusieurs établissements. A Mantes-la-Jolie, des éléments incontrôlés ont perturbé un blocus entraînant une intervention policière.

 Mantes-la-Jolie, ce jeudi. Des élèves du lycée Jean-Rostand se sont regroupés devant leur établissement pour protester contre l’accueil qui ne tient pas assez compte des règles sanitaires en vigueur.
Mantes-la-Jolie, ce jeudi. Des élèves du lycée Jean-Rostand se sont regroupés devant leur établissement pour protester contre l’accueil qui ne tient pas assez compte des règles sanitaires en vigueur.  LP/Yves Fossey

Le bassin éducatif du Mantois est en pleine ébullition au moment où profs et élèves réclament des améliorations des conditions d'accueil dans les lycées en pleine crise sanitaire liée au Covid-19. La matinée de jeudi a été marquée par un nouvel accès de violence devant plusieurs établissements du secteur avec, à l'arrivée, l'interpellation de quatre jeunes gens.

Tout avait pourtant débuté de manière pacifique à Mantes-la-Jolie devant les lycées Jean-Rostand et Saint-Exupéry où des professeurs exercent sans discontinuer leur droit de retrait depuis lundi. « À Saint-Exupéry, 80 % des profs ont fait valoir ce droit et 60 % à Rostand », indique l'un d'entre eux. « Nous ne sommes pas dans un bras de fer avec notre hiérarchie mais nous nous battons pour la sécurité de nous tous, martèle un enseignant de Rostand. Il faut réduire le brassage dans les établissements en dédoublant les cours et en accueillant les élèves en présentiel un jour sur deux. »

«Tout le monde est à cran

À leur tour, dès 8 heures, les lycéens avaient donc organisé un blocus devant ces établissements. « Nous partageons les revendications de nos profs, notamment celles d'avoir des demi-groupes. Nous voulons travailler en toute sécurité car la maladie touche nos proches. Il est inconcevable de continuer ainsi. Le blocus, c'est notre manière d'agir », ont déclaré les lycéens devant les grilles de « Saint-Ex'».

Le proviseur de Rostand, Philippe Maillard, présent à l'entrée, a déploré cette situation. « Ils empêchent les élèves de rentrer mais parmi ceux qui bloquent certains n'ont même pas de masque », a-t-il constaté. « L'entrée n'était pas bloquée. Des délégués de parents d'élèves sont d'ailleurs venus au lycée, raconte François Hébert, professeur d'histoire et délégué syndical SNES-FSU. Notre priorité, c'est d'éviter à tout prix des interpellations et ce qui s'est passé, il y a deux ans. » François Hébert évoque plutôt des « barrages filtrants » et souligne que des « mouvements de colère » naissent « un peu partout dans les établissements du Mantois. » « Tout le monde est à cran. Les élèves ont une conscience du danger qu'ils encourent en venant en cours dans les conditions actuelles qui ne sont pas acceptables. Tout le monde a peur », affirme ce prof. « C'est la pagaille, déplore un parent d'élève. Certains jeunes ne sont pas allés en cours durant quatre mois l'an dernier, maintenant des incidents éclatent. »

Ainsi au bout d'une heure de barrage, des perturbateurs ont commencé à dresser une barricade devant le lycée Rostand. Dispersés par la police, ils se sont enfuis vers Saint-Exupéry, troublant ainsi la manifestation en cours de quelque 200 élèves. Ces éléments venus visiblement pour provoquer les forces de l'ordre ont ensuite été repoussés vers l'intérieur du quartier du Val-Fourré tandis que les profs faisaient entrer les élèves manifestant à l'intérieur du lycée pour éviter que la situation dégénère. Dans les rues toutes proches, la cinquantaine de trublions a créé des incidents jusqu'en fin de matinée, jouant au chat et à la souris avec les policiers, renversant des poubelles, jetant des projectiles et incendiant deux voitures.

Un camion de blanchisserie incendié

Dans la ville voisine de Mantes-la-Ville, c'est le camion d'une blanchisserie qui a été incendié devant le lycée Camille-Claudel dès 8h30 par un groupe de lycéens en colère qui a aussi tiré des mortiers sur les forces de l'ordre. À 10 heures, les policiers ont également essuyé des jets de pierres et riposté avec des grenades incapacitantes. D'autres incidents ont éclaté devant un établissement de Bonnières-sur-Seine.

Mantes-la-Jolie, ce jeudi. Des incidents ont éclaté non loin des lycées de Mantes-la-Jolie avec des voitures brûlées dans le quartier du Val-Fourré. DR
Mantes-la-Jolie, ce jeudi. Des incidents ont éclaté non loin des lycées de Mantes-la-Jolie avec des voitures brûlées dans le quartier du Val-Fourré. DR  

L'un des incidents les plus marquants de cette matinée s'est déroulé à Aubergenville. Vers 10h30, un professeur du Lycée Van-Gogh a été bousculé violemment devant son établissement. L'auteur a été interpellé avec deux autres adolescents puis, un peu plus tard, un autre trublion a été arrêté par les fonctionnaires.

Des policiers à nouveau présents ce vendredi pour éviter les incidents

Du côté des forces de l'ordre, on fait savoir que celles-ci restent « au maximum » en retrait afin d'identifier les fauteurs de troubles. « Nous sommes pleinement mobilisés, depuis trois jours, pour assurer la sécurité des établissements scolaires, explique une source proche de la Direction de la sécurité publique des Yvelines. Nous suivons ces manifestations pour que tout se passe bien et que les auteurs de violence soient interpellés ».

Mercredi matin déjà, des incidents avaient éclaté à Mantes-la-Ville. Mardi, des blocus et des incendies avaient pris forme à Conflans, à Mantes, Limay et Aubergenville et trois adolescents avaient été interpellés en flagrant délit alors qu'ils commettaient des dégradations. Contacté ce jeudi, le rectorat de l'académie de Versailles n'a pas donné suite à nos sollicitations. Ce vendredi, la police sera de nouveau déployée à l'entrée des lycées de la région mantaise pour tenter d'éviter d'autres débordements.

VIDÉO. A Paris, des lycées bloqués pour obtenir des mesures sanitaires plus strictes