Yvelines : la Brink’s au secours des villes privées de distributeurs de billets

La société Brink’s France, spécialisée dans le transport de fonds, va installer une cinquantaine de distributeurs automatiques de billets sur des territoires qui en sont dépourvus. Deux vont voir le jour dans les Yvelines, au Vésinet et à Gambais.

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  Un distributeur doit être (ré) installé dans le quartier des Charmettes, au  Vésinet.
Un distributeur doit être (ré) installé dans le quartier des Charmettes, au Vésinet. LP/Sébastien Birden

Sur la route entre Versailles et Dreux (Eure-et-Loir), la petite commune de Gambais, 2 500 âmes, savoure sa « victoire ». Les habitants n'auront bientôt plus besoin de faire 6 km pour retirer des espèces car le bourg va accueilli un distributeur automatique de billets (DAB) et ce, pour la toute première fois de son histoire. « Ça fait huit ans qu'on travaille sur ce sujet, on a eu le temps de démarcher toutes les banques mais sans succès car elles ne trouvaient pas l'attractivité suffisante. Là, c'était notre dernière chance », souffle le maire Raphaël Nivoit (DVD).

Une nouvelle quasiment inespérée quand on sait que la France observe depuis plusieurs années un phénomène de disparition des DAB, plus de 2 100 distributeurs ont fermé en 2019 selon un rapport publié par Bercy et la Banque de France. La digitalisation des paiements, le coût de fonctionnement des machines et le manque de rentabilité expliquent en partie le désengagement des agences bancaires sur la question.

A contre-courant de cette tendance, la société Brink's France, spécialisée dans le transport de fonds, lance l'opération « Point Cash » dans cinquante communes françaises. Les bénéficiaires ont été sélectionnées selon trois critères : l'absence de point de retrait, le dynamisme associatif, culturel ou touristique de la commune et l'activité commerciale du centre-ville. Car l'installation du futur distributeur a pour objectif la multiplication des flux monétaires dans les commerces de proximité.

«Il y va de notre survie»

« Notre matière première est le cash, les espèces. Si on ne prend pas aujourd'hui le relais des banques, on va limiter l'accessibilité aux espèces, donc limiter l'usage de la monnaie, note Stéphanie Courtois, directrice de la communication de Brink's France. Il y va de la survie fiduciaire de Brink's car le jour où il n'y a plus d'échanges d'espèces, nous n'existons plus. »

A Gambais, l'offre commerciale ne manque pas entre le salon de coiffure, le bar, la pharmacie, le magasin de fleurs, l'épicerie, la boulangerie et les food trucks qui viennent trois fois par semaine sur la place de la mairie. Situé le long de la très passante N 12, le bourg peut aussi compter sur le trafic routier, 5 000 véhicules par jour, pour amener de nombreux clients extérieurs.

« C'est une réelle opportunité pour les commerçants. À la campagne, un conducteur s'arrête quand il voit un distributeur de billets et lorsqu'on s'arrête, on consomme aussi localement », assure l'élu qui va mettre à disposition un local communal pour l'installation du futur DAB.

La commune va bénéficier d'une première année gratuite, 15 000 euros qui correspondent aux coûts d'installation et frais de gestion sur douze mois. Mais elle devra ensuite payer les frais de fonctionnement durant les quatre années suivantes, entre 9000 euros et 15 000 euros annuels selon le nombre de retraits effectués.

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Dans les Yvelines Gambais n'est pas la seule à profiter de l'opération qui concerne également en Ile-de-France Longueville et Moncourt-Fromoville (Seine-et-Marne) ainsi que Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne). Le Vésinet et ses 16 000 habitants vont également avoir droit à leur nouveau distributeur. Etonnant dans cette ville très dense ? Moins quand on sait que l'initiative concerne le quartier des Charmettes. Là-bas, l'installation d'un DAB était même devenue un enjeu électoral lors des dernières municipales en 2020.

Les commerçants en sont même arrivés «à jouer les banques»

Ce secteur périphérique profite de nombreux commerces de proximité et d'un petit marché, mais le distributeur le plus proche est dans le centre-ville… à deux kilomètres de distance.

« C'est hallucinant. On a des commerces en bas de chez nous et on doit faire des kilomètres pour tirer de l'argent », déplore Isabelle. Bien que rompue au paiement sans contact, la quadragénaire aimerait « avoir au moins le choix ».

Il y a bien une plaque aux couleurs de la société générale, indiquant la présence passée d'une agence bancaire, mais les volets sont clos et le distributeur accolé, hors service depuis plusieurs années, est désormais muré. Un véritable manque pour les habitants de ce quartier traversé par la passante route de Montesson.

« Personnellement, je préfère payer en liquide », regrette de son côté Alain, qui vient de réaliser quelques achats au marché qui se tient deux jours par semaine. Valérie, la régisseuse du marché qui compte huit marchands permanents et quelques volants entend dire « depuis au moins quinze mois qu'un distributeur va arriver ».

Selon elle, l'absence de ce DAB est un handicap « énorme » pour les commerçants du quartier, « notamment la boulangerie » mais aussi « pour les mamies qui sont obligées d'aller dans le centre pour en trouver un ».

Le paiement sans contact s'est certes généralisé, et chaque commerçant du marché est équipé d'un terminal. « Mais toucher les pièces, se les échanger, c'est autre chose. On sait ce qu'on paye et cela crée du lien », poursuit la régisseuse. « On en est même arrivés à jouer les banques, remarque enfin une marchande. Les gens nous demandent d'arrondir la note pour avoir un peu de monnaie ».