Yvelines : au Pecq, les zones d’ombre de l’enfer du 3 mars 1942

47 civils tués, des dizaines de blessés et près de 600 personnes sinistrées… C’est le terrible bilan d’un bombardement allié, le 3 mars 1942, qui reste encore aujourd’hui entouré de mystère.

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 Le Pecq, mars 1942. Le Pecq était en deuil au lendemain du bombardement de l’aviation anglaise. La ville avait alors dénombré 47 victimes et des centaines d
Le Pecq, mars 1942. Le Pecq était en deuil au lendemain du bombardement de l’aviation anglaise. La ville avait alors dénombré 47 victimes et des centaines d ARCHIVES - MAIRIE DU PECQ

C'était il y a bientôt 79 ans. Le 3 mars 1942, les habitants du Pecq (Yvelines) vivaient l'enfer. La faute à un bombardement allié qui reste encore officiellement inexpliqué.

Il est environ 21h30 ce soir-là quand les moteurs des avions de la Royal Air Force (RAF) commencent à se faire entendre. Ils sont 235 à avoir décollé d'Angleterre. Leur cible : l'usine Renault de Boulogne-Billancourt. Ce n'est pas la première fois que les sirènes résonnent mais au Pecq, on n'imagine pas ce qui va suivre. Les bombes pleuvent littéralement sur les actuels quartiers Mexique, Canada et Cité.

Le lendemain, on dénombre 47 civils tués, des dizaines de blessés et près de 600 personnes sinistrés. Une partie de la ville est en ruines. Longtemps, la thèse qui a prévalu pour expliquer cette soirée meurtrière a été celle de l'erreur de cible. Les avions anglais auraient « confondu » deux méandres de la Seine en lâchant leurs bombes sur le Pecq.

Saint-Germain-en-Laye, siège de l'état-major allemand

Mais une autre hypothèse existe. En 2014, elle était évoquée par Gérard Durand dans un livre intitulé « Le Pecq, bombardé par erreur ? » (édité par l'AS.C.A.L.A.). Après avoir minutieusement décortiqué les rapports de l'aviation britannique, l'auteur en était arrivé à la conclusion que les aviateurs alliés visaient en fait Saint-Germain-en-Laye et les positions de l'état-major allemand, situées pour certaines à seulement quelques centaines de mètres de là.

C'est en effet à Saint-Germain que le maréchal von Rundstedt, bras droit d'Hitler, décida durant l'Occupation d'installer le grand quartier général de l'Oberkommando West (Ob-West), chargé de toute la défense du front ouest de l'Europe, depuis les Norvège jusqu'à l'Italie. C'est dire l'importance stratégique de la ville à l'époque.

Cette idée est renforcée par une somme d'indices concordants. A commencer par le fait que l'usine de Boulogne-Billancourt a bel et bien été atteinte lors de la même opération. Sévèrement même, avec de nombreuses victimes à déplorer. Mais c'est aussi les chiffres d'erreur de tir dans les rapports de la RAF — 18 ce soir-là — qui intriguent car ils ne collent en rien avec la pluie de bombes tombées sur Le Pecq.

Des traces indélébiles dans les sous-sols

Par ailleurs, des témoins de l'époque ont longtemps évoqué l'altitude particulièrement basse des bombardiers, ce qui met, là encore, à mal la thèse de l'erreur de tir. En outre, le pont du Pecq, qui mène à Saint-Germain et la voie de chemin de fer ainsi que certaines infrastructures ont clairement été pris pour cible. Hormis un obus tombé sur l'hôtel du Pavillon-Henri-IV, où le maréchal allemand avait ses habitudes, Saint-Germain a en revanche été épargnée.

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Ce bombardement gardera probablement pour toujours sa part de mystère. Et le sous-sol du Pecq certaines traces de cet épisode de guerre. Car toutes les bombes lâchées ce soir-là sur la ville n'auraient pas explosé. On estime que plusieurs d'entre elles seraient encore enfouies.