Yvelines : 45 heures sur un tapis de course pour lutter contre la mucoviscidose

À 54 ans, Fabrice Pancrazi a réussi un ultra-trail sur tapis roulant devant le château de Saint-Germain-en-Laye. Objectif : donner son souffle pour les malades.

 Saint-Germain-en-Laye, ce dimanche. À l’occasion de la Virade des Rois, Fabrice Pancrazi s’est lancé depuis vendredi soir dans un ultra-trail de 45h sur un tapis roulant. Pour cette première mondiale, le sportif a reçu de nombreux soutiens, en particulier celui de l’organisateur Franck Berger (à dr.).
Saint-Germain-en-Laye, ce dimanche. À l’occasion de la Virade des Rois, Fabrice Pancrazi s’est lancé depuis vendredi soir dans un ultra-trail de 45h sur un tapis roulant. Pour cette première mondiale, le sportif a reçu de nombreux soutiens, en particulier celui de l’organisateur Franck Berger (à dr.). LP/Virginie Wéber

C'est un exploit hors-norme, encore jamais réalisé dans le monde, qu'a réussi Fabrice Pancrazi ce week-end à Saint-Germain-en-Laye. Ce sportif de l'extrême, âgé de 54 ans, aura passé quarante-cinq heures sur un tapis roulant sur lequel il aura parcouru 160 km, avalant au passage 10.000 m de dénivelé.

Cet habitant de Colombes (Hauts-de-Seine) s'était élancé vendredi soir devant le château dans cette course au profit de l'association Vaincre la Mucoviscidose. Il en a terminé ce dimanche à 15 heures.

Un ultra-trail chez lui en faveur du personnel soignant

Comptant à son palmarès l'ultra-trail du Mont Blanc mais aussi la Diagonale des Fous, l'une des courses les plus difficiles au monde organisée sur l'île de La Réunion, Fabrice Pancrazi a déjà été médiatisé pendant le confinement pour avoir couru, entre son jardin et ses escaliers, un ultra-trail de 163 km au profit des personnels soignants des hôpitaux de Paris.

« Je devais courir un ultra-trail en septembre mais il a été annulé à cause du Covid donc j'ai appelé Franck Berger, l'organisateur de l'événement, pour lui proposer cette idée », explique tout naturellement cet employé d'IBM.

Ce défi d'envergure s'inscrit dans un cadre particulier puisque ce dimanche marque la journée nationale de lutte contre la mucoviscidose. À cette occasion, l'association Vaincre la mucoviscidose organise depuis plus de 35 ans, les Virades de l'espoir, une série d'opérations dont le but est de sensibiliser le public à cette maladie et collecter des fonds pour faire avancer la recherche.

« Environ 300 Virades sont organisées chaque année en France mais en raison de l'épidémie, un tiers a été annulé cette année, regrette Franck Berger, secrétaire général adjoint de l'association. On prévoit donc un gros déficit de dons parce que, parallèlement à ça, les triathlons, qui regroupent 500 à 600 personnes, et les courses, où il y a 1000 à 2000 participants, ont aussi dû être reportés. Or, notre association est le premier financeur de la recherche sur la mucoviscidose. »

Manger toutes les 45 minutes, boire toutes les 10 minutes

Avant de se lancer dans la course, il a fallu un minimum d'organisation technique, en particulier pour le ravitaillement. « L'alimentation est la première cause d'abandon dans un ultra-trail. Notre système digestif fonctionne seulement à 15 %, précise Fabrice Pancrazi. On mange souvent et en très petite quantité, essentiellement des aliments sous forme liquide, en variant le sucré et le salé pour éviter l'écœurement. » Dans le « frigo » du sportif, on va retrouver beaucoup de compotes spécifiques à l'exercice physique, notamment à base de riz, avec un index glycémique bas. « J'ai besoin de manger toutes les 45 minutes et boire toutes les dix minutes ».

Au-delà de l'alimentation, il faut prévoit suffisamment de matériel pour se changer régulièrement et varier les vêtements selon les conditions météorologiques. Même pour un habitué des courses extrêmes, passer 45 heures sur un tapis, dehors, n'est pas chose facile. « On est accoutumé à gérer les variations climatiques, ce qui a vraiment été le plus difficile, c'est le tapis, confie l'athlète. Je me suis très vite rendu compte que ça générait des tendinites terriblement douloureuses donc j'ai été obligé d'adapter mon plan de route. »

Afin d'arriver jusqu'au bout, il a suivi un planning méticuleux comprenant 25 heures à 10 % de pente et 4 km/h, à cela s'ajoutent 10 heures à plat à 6 km/h. Parallèlement à cela, Fabrice s'est octroyé une heure de repos dans sa voiture la première nuit et deux heures, la deuxième nuit. « Ce n'est pas un défi physique en tant que tel mais mental, rester sur un tapis pendant 45 heures c'est lutter contre un mur, souffle le sportif. Il faut découper les objectifs en micro-objectifs pour faire en sorte d'avancer continuellement. Surtout, j'ai toujours été accompagné, jour et nuit, d'ailleurs j'avais bien dit dès le début que je ne voulais pas courir seul. »

« Un défi épatant et plein d'espoir » selon le père d'un enfant atteint de mucoviscidose

En effet, un autre tapis trône à côté du sien, tous deux ont été prêtés par le Club Oxygène de la ville. Son ami Jérôme Bertrand en descend après une course de 2 h 53. « Il faut que j'arrête, j'ai un repas à 13 heures, sourit-il. Fabrice a commencé la course avec moi, on a traversé la Corse ensemble donc je ne me voyais pas ne pas venir. D'ailleurs, il n'y a que Fabrice pour mener une telle initiative. »

À peine le tapis à l'arrêt, une autre personne prend le relais durant une heure. « Je voulais être là car j'ai un copain, Jonathan, atteint de Mucoviscidose, raconte Laurence Bellicard, présidente de l'association Courbevoie Triathlon. Après avoir eu une double greffe du cœur et du poumon, il a réalisé le marathon de Paris, l'Iron Man de Nice et à chaque fois, c'est une arrivée grandiose à la mesure de son exploit. Quand je vois le combat que les malades ont à mener, je leur tire mon chapeau. »

À quelques mètres de là, un papa arbore un tee-shirt aux couleurs de l'association. « Mon fils est atteint de la mucoviscidose, on était là lors du départ vendredi soir, se souvient Eric. Je trouve ça génial ce qu'ils font, c'est un défi épatant et plein d'espoir. »

Fabrice conservera, lui, le souvenir d'une « émulation collective » et d'une « expérience fabuleuse ». « Je suis très heureux d'avoir fait ça », s'enthousiasme l'ultra-traileur.

Pour les dons : www.viradedesrois.fr. Un numéro vert est également disponible pendant un mois : 0800.100.500