Violences intrafamiliales : l’association Women Safe & Children veut étendre son modèle d’aide aux victimes

Basée à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), elle propose un suivi pluridisciplinaire aux femmes et enfants violentés dans leur foyer. La structure participe à la Fabrique Aviva, un concours pour trouver des fonds et faire profiter l’ensemble de la France de son dispositif unique.

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 Saint-Germain-en-Laye, ce mardi. L’institut Women Safe & Children accompagne femmes et enfants tant sur le plan médical qu’au niveau psychologique, administratif ou judiciaire.
Saint-Germain-en-Laye, ce mardi. L’institut Women Safe & Children accompagne femmes et enfants tant sur le plan médical qu’au niveau psychologique, administratif ou judiciaire. LP/Timothée Talbi

Bientôt des antennes Women Safe & Children dans toute la France? Créé il y a sept ans, l'institut basé à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) opère essentiellement en région parisienne, en accompagnant femmes et enfants victimes de violences au sein du foyer. Mais dans les prochains mois, ce modèle unique qui regroupe en un même lieu soutien psychologique, prise en charge médicale et accompagnement judiciaire, pourrait bien faire des petits. Car comme l'explique Frédérique Martz, sa cofondatrice et directrice générale, « il peut bénéficier à d'autres territoires et d'autres populations ».

Encore faut-il trouver les financements. C'est pourquoi l'association participe à l'édition 2021 de la Fabrique Aviva, un concours national d'entrepreneuriat social et solidaire qui permet au gagnant de remporter jusqu'à 160 000 euros. En attendant de passer devant un jury, le projet d'essaimage de Women Safe & Children a récolté plus de 3 000 votes auprès du grand public.

«On ne raconte qu'une seule fois ce qu'il s'est passé»

Depuis 2014, Women Safe & Children a eu le temps de faire ses preuves. Trois ans après, presque jour pour jour, Virginie n'a pas oublié celui où elle a franchi la porte de l'Institut. Son ancienne avocate lui en avait parlé quand elle avait quitté son domicile en 2014, mais ce n'est qu'en février 2018 que cette mère de famille a sollicité l'institut après avoir découvert que ses deux filles étaient également victimes.

A leur arrivée dans les locaux, toutes trois ont été tout de suite prises en charge par une infirmière pour faire un point médical. « Ici, on raconte une seule fois à l'infirmière ce qu'il s'est passé, raconte Virginie. Elle reporte tout dans un document écrit dont se serviront les autres interlocuteurs : c'est important car répéter ce que l'on a subi est violent. » Ces autres interlocuteurs peuvent être des psychologues ou des juristes.

Une prise en charge complète

« L'infirmière porte un regard à 360 degrés, c'est elle qui va orienter la personne en fonction des priorités à donner à son accompagnement. Par exemple, si elle peut avoir besoin de s'entretenir avec une juriste avant de déposer plainte », évoque Frédérique Martz. Pour encourager ce dépôt de plainte, la directrice de l'association fait en sorte que les policiers viennent aux victimes en se déplaçant dans les locaux. « Il y a un point d'ancrage ici, ajoute Virginie. On ne nous juge pas, on ne va pas chercher à voir si ce que l'on dit est faux ou nous recevoir de manière un peu brute, comme dans certains commissariats. »

Ses deux filles, alors âgées de 11 et 14 ans, ont été écoutées par deux psychothérapeutes différentes afin de déterminer le suivi à mettre en place. Au contact de la juriste, la mère a bénéficié de pistes de réflexion sur le terrain judiciaire, notamment les dispositifs existants. « Aujourd'hui, j'ai repris du poil de la bête, je me défends mieux sur ce terrain », estime Virginie qui est régulièrement confrontée à son ex-mari ces dernières années. Dans ces épreuves, l'habitante de Saint-Germain peut toujours compter sur le soutien de l'association : c'est d'ailleurs lors d'une permanence organisée par l'institut qu'elle a rencontré son avocate actuelle.

Près de 60000 consultations par an

Le dispositif de Women Safe & Children est proposé gratuitement aux victimes et financé via des contributions privées et subventions publiques. « Une femme qui entre chez nous va revenir entre une dizaine et une quinzaine de fois, mais ça peut être très variable. L'objectif est de la remettre en meilleure santé car il faut souvent qu'elle prenne conscience que sa santé s'est dégradée à cause des violences qu'elle a subies », précise Frédérique Martz. La cofondatrice revendique aujourd'hui 60 000 consultations annuelles. Elle présentera son projet au jury régional le 23 mars à Paris.