Un avion de légende atterrit à l’aérodrome de Saint-Cyr-l’Ecole

Le fuselage d’un Noratlas, un aéronef qui a fait les beaux jours de l’armée française après-guerre, est désormais exposé à Saint-Cyr-l’Ecole. Une pièce rare collectée par un passionné d’aéronautique.

 Saint-Cyr-l’école, jeudi 1er octobre. Le fuselage d’un avion Noratlas a été transporté depuis Caen, grâce à Pierre Farman.
Saint-Cyr-l’école, jeudi 1er octobre. Le fuselage d’un avion Noratlas a été transporté depuis Caen, grâce à Pierre Farman. LP/L.M.

La grue l'a déposé, jeudi matin, sous une pluie battante. Arrivé de Caen (Calvados), dans la nuit de mercredi à jeudi, le fuselage d'un Noratlas, un avion mythique de transport militaire, a trouvé sa dernière demeure à l'aérodrome de Saint-Cyr-l'Ecole (Yvelines). Seule la cellule de l'avion, longue de 16 mètres et haute de 3 mètres, pesant 4 tonnes, devient ainsi une des pièces maîtresses du musée à ciel ouvert de Saint-Cyr Aviation Partage, l'association qui l'a en charge.

« C'est un projet avant tout éducatif. En montrant cet avion, on veut donner aux jeunes le goût d'entreprendre et peut-être de concevoir demain des produits aussi complexes que les avions », lance Pierre Farman, à l'origine de cette venue. « Nous allons faire des démarches auprès des écoles du secteur pour leur proposer des visites commentées », ajoute Rémi Sourisse, instructeur sur l'aérodrome et bénévole de l'association.

«C'est rarissime de posséder une cellule entière»

Conçu pendant la guerre, le Noratlas a volé pour la première fois en septembre 1949. Produit à 426 exemplaires pour les forces armées, il est célèbre pour ses largages de parachutistes mais aussi de Jeep, depuis sa porte arrière qui peut s'ouvrir en vol voire être enlevée. D'une envergure de 32,50 m et doté de deux moteurs de 2040 CV chacun, cet appareil, monumental et très solide, était surnommé « La Grise » en raison de sa couleur. Il n'a effectivement jamais été peint. Son remplaçant fut le Transal.

Largage de parachutistes de l’armée française à Tahiti, en 1982. DR
Largage de parachutistes de l’armée française à Tahiti, en 1982. DR  

« C'est rarissime de posséder une cellule entière car il doit en rester une vingtaine d'exemplaires. Seul un, le 2501, vole encore dans le Sud » précise encore Pierre Farman qui a aussi découvert à l'intérieur de « son » Noratlas, une autre carcasse d'avion. Sans doute celle d'un aéronef datant de la guerre de 40.

Cet intarissable collectionneur n'est pas n'importe qui. Il est le petit-fils de Dick Farman, l'un des trois frères fondateurs des Avions Farman, cofondateur avec ses frères de l'une des entreprises pionnières dans ce domaine, laquelle construisit plus de 6000 aéronefs pendant la Première Guerre mondiale guerre (1914-1918).

Les lignes Farman donneront naissance à la compagnie Air France

La société conçut encore beaucoup de modèles, dont celui qui effectua la première liaison commerciale Paris-Londres, un avion qu'elle faisait décoller de l'aéroport de Toussus-le-Noble (Yvelines) dont les terrains étaient la propriété des Farman.

Dick Farman est aussi le premier pilote à avoir réalisé, en 1908, un vol avec boucle en se reposant à l'endroit initial sur la piste d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Une rue de cette ville porte d'ailleurs son nom. En fusionnant avec trois autres compagnies, dont la célèbre Aéropostale, les lignes Farman donnèrent naissance, en 1933, à Air France.

Des pièces d'avions transformées en œuvres d'art exposées à Paris

La passion de l'aéronautique coule donc dans les veines de Pierre Farman. Ce dernier la vit notamment à travers sa boutique de la rue du Bac à Paris (VIIe) au sein de laquelle il valorise les pièces d'avion pour en faire des œuvres d'art.

Qui d'autre que lui pouvait récupérer cette épave sur l'aéroport de Caen-Carpiquet ? « On me l'a vendue en 2018 pour 2000 euros au lieu de la voir partir à la découpe. C'est une magnifique pièce », dit-il en souriant. Le Noratlas rejoint dans ce musée à ciel ouvert un fuselage de Falcon 900 en parfait état, un élément de train d'atterrissage d'Airbus, un capot moteur de Constellation, une entrée d'air de Boeing 747. En attendant une prochaine acquisition, sans doute un moteur de Mirage.

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