Tri des déchets : comment vos bouteilles en plastique sont recyclées

Reportage dans l’usine de recyclage de Limay (Yvelines), qui accueille 45000 tonnes de déchets et transforme 1,5 million de bouteilles chaque année.

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 France Plastiques Recyclage transforme les bouteilles en granulé pour en refaire des bouteilles.
France Plastiques Recyclage transforme les bouteilles en granulé pour en refaire des bouteilles. LP/Aurélie Foulon

Seules les bouteilles plastiques transparentes, le «PET clair» dans le jargon des professionnels (le logo est visible sur vos bouteilles), sont traitées dans la région, chez France Plastiques Recyclage, à Limay (Yvelines), qui en recycle 1,5 million par an. Quelque 45 000 tonnes arrivent chaque année dans cette usine, pour moitié en provenance de l'Ile-de-France, par la route ou par la Seine, conditionnées en balles de 350 kg composées de 10 000 bouteilles compressées chacune.

Tri des déchets : comment vos bouteilles en plastique sont recyclées

Dehors, des dizaines de balles sont empilées par couleurs formant des sculptures impressionnantes. «Ici par exemple, on a du bleu un peu plus foncé qui nous vient de Belgique, détaille Damien Vincent, directeur adjoint du site. On les utilise pour équibrer les teintes, selon les besoins du client.» Elles pénètrent dans les entrailles de l'usine par un convoyeur, une sorte de tapis roulant qui les débarrasse de leurs liens métalliques et les désolidarise les unes des autres. Dans la chaleur de la chaîne de transformation, chasuble colorée, lunettes de protection et casque de chantier sont de rigueur.

Les bouteilles d'eau renaissent en bouteilles ou en pulls

S'enchaînent ensuite une vingtaine d'étapes : les bouteilles sont déshabillées de leurs étiquettes, triées par teinte, broyées dans un fracas assourdissant… Ce qu'il en reste passe dans un bain : les paillettes de bouteille flottent, tandis que celles de bouchons coulent, ce qui permet de les séparer pour envoyer les bouchons, faits d'un autre type de plastique, chez un autre recycleur spécialisé.

Les paillettes de PET poursuivent leur parcours : lavage intensif pour extraire toute trace de colle et déchets alimentaire, rinçage à l'eau claire, séchage puis tamisage pour éliminer les poussières de PET qui généreraient des défauts dans les futures bouteilles, tri optique… Au final, 70% (32 000 tonnes) sont fondus et filtrés, avant de ressortir sous forme de longs spaghettis qui seront ensuite refroidis et coupés en granulés : le seul moment où la matière ne passe pas d'une machine à l'autre sans qu'on puisse la voir. A chaque étape toutefois, des échantillons sont prélevés et examinés par l'un des 115 salariés qui œuvrent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour ne jamais arrêter la chaîne.

Les plastiques sont fondus, filtrés, transformés en spaghettis et enfin coupés en granulés. LP/Aurélie Foulon
Les plastiques sont fondus, filtrés, transformés en spaghettis et enfin coupés en granulés. LP/Aurélie Foulon  

Un premier contrôle visuel, via des machines perfectionnées, vise à évacuer tout ce qui pourrait poser un problème de couleur, de forme et de taille. Là, ce qui n'est par conforme est sorti de la chaîne pour rejoindre une filière de transformation en fibre textile (couette, pull en polaire…). La matière conforme passe à l'étape «décontamination», «une sorte de sauna sous vide pour ouvrir les pores, la faire transpirer pour en faire sortir les molécules volatiles qui pourraient se mélanger au contenu», schématise Damien Vincent. Après cette étape et d'ultimes contrôles, le plastique est apte au contact alimentaire et transféré directement dans des silos de stockage. Il est alors expédié en big-bag ou en camion-citerne chez ses clients, qui n'ont plus qu'à le fondre pour en refaire des bouteilles.

L'industrie manque de bouteilles usagées

«La production de PET recyclé nécessite trois fois moins d'émissions de CO2 et d'énergie non renouvelable, précise Damien Vincent. L'Europe fixe à 25% minimum la part de PET recyclé dans une nouvelle bouteille et ce sera 30% en 2030. Nos clients ont senti un basculement du consommateur plus sensibilisé à l'environnement et nous demandent même du 100% mais on ne peut pas le faire pour tous : il n'y a pas assez de matière.» L'intérêt écologique et financier est évident : une tonne de bouteilles recyclées, c'est 700 kg de pétrole économisés.