«Trappes, ville définitivement perdue» : dans son lycée, les propos de Didier Lemaire étonnent

Au lycée de la Plaine-de-Neauphle, l’incompréhension demeure chez les élèves après la médiatisation de l’enseignant, placé sous surveillance policière à la suite de prises de position sur la mouvance islamiste dans la ville des Yvelines.

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 Trappes, ce lundi. Au lycée La Plaine-de-Neauphle, les apparitions médiatiques du professeur de philosophie étaient sur toutes les lèvres.
Trappes, ce lundi. Au lycée La Plaine-de-Neauphle, les apparitions médiatiques du professeur de philosophie étaient sur toutes les lèvres. LP/Jeanne Cassard

Devant le lycée de la Plaine-de-Neauphle ce lundi, les élèves sont amers. Depuis que Didier Lemaire, professeur de philosophie dans l'établissement, s'est exprimé sur les plateaux télé et à la radio, c'est l'incompréhension.

L'enseignant, qui vit désormais « sous surveillance policière » à cause de menaces, décrit depuis ce week-end à quel point la ville de Trappes (Yvelines) serait sous l'emprise de la mouvance islamiste. Même si tous ne l'ont pas comme enseignant, ce lundi matin en classe, les lycéens « ne parlent que de ça ».

En dénonçant dans de nombreux médias l’emprise islamiste à Trappes, Didier Lemaire comme sur LCI ce lundi matin, s’est fait de nombreux ennemis. DR
En dénonçant dans de nombreux médias l’emprise islamiste à Trappes, Didier Lemaire comme sur LCI ce lundi matin, s’est fait de nombreux ennemis. DR  

Lorsque Anna (le prénom a été modifié) a découvert ses propos sur Twitter dimanche soir, l'élève de seconde a été « déçue » par son professeur. Surtout quand celui-ci évoque que « Trappes est une ville définitivement perdue ». D'autant que celle qui assiste à son cours tous les mercredis pendant deux heures, explique que « c'est le premier à dire qu'à Trappes il y a de belles choses ».

Un «bon prof» de moins en moins populaire

La jeune fille qui ne comprend pas « pourquoi il a raconté tout ça », même si elle reconnaît que Trappes est « une ville où il y a eu des problèmes » bien que « chacun fait sa vie et tout le monde s'en fiche des religions ». « Choquée », elle aurait même aimé « être en plateau face à lui pour le contredire ».

Selon sa camarade Julie (le prénom a été modifié), élève dans la même classe, : « Monsieur Lemaire est un bon prof qui motive ses élèves et dans ses cours, il y a beaucoup de débats ». Mais depuis les sorties médiatiques de l'enseignant, il est de moins en moins populaire parmi les lycéens.

«Il souhaite être dans la lumière»

Alors que dans l'établissement il y a une « bonne entente entre les profs et les élèves », Anna et Julie estiment que Didier Lemaire a voulu montrer « une image erronée de la ville et de ses habitants ».

Pour les jeunes filles, leur enseignant est « quelqu'un qui parle beaucoup de lui et qui veut être dans la lumière, il savait que ses déclarations feraient polémique ».

Didier Lemaire est enseignant au lycée de la Plaine-de-Neauphle à Trappes. LP/J.C.
Didier Lemaire est enseignant au lycée de la Plaine-de-Neauphle à Trappes. LP/J.C.  

Anna a décidé de ne pas assister à son prochain cours mercredi avec l'enseignant. Alors qu'aucune communication n'a été émise par la direction du lycée, l'élève prédit que la rencontre sera « mouvementée ».

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De son côté, l'académie de Versailles a reçu le professeur ce lundi et précise que Didier Lemaire va continuer à enseigner dans ce lycée conformément à sa volonté.

«Ça y est, ça recommence»

Quelques centaines de mètres plus loin, dans la cité des Merisiers, la plupart des habitants croisés n'est pas encore au courant des apparitions médiatiques du professeur de philosophie. « Ça y est ça recommence », se désole Hafida. Cette mère de famille, qui habite Trappes depuis quarante ans, n'est pas d'accord avec la description de la commune.

« Depuis que des jeunes sont partis en Syrie, c'est vrai que Trappes a une mauvaise image. » Mais des cafés interdits aux femmes ou des salons de coiffure non mixtes, « c'est n'importe quoi ». « Je me rends régulièrement chez le coiffeur et il y a bien des hommes, c'est normal », précise-t-elle.

Au moment de l'hommage à Samuel Paty, la quadragénaire a d'ailleurs expressément demandé à son fils scolarisé en terminale comment cela s'est passé : « Il m'a raconté que tout le monde avait observé la minute de silence, ici nous ne sommes pas d'accord de tuer des gens pour un dessin ».