Sartrouville, le futur Saint-Émilion francilien ?

Sartrouville dans les Yvelines souhaite renouer avec son riche passé vinicole. Le vignoble de 5 200 mètres carrés situé au pied de l’église Saint-Martin va s’agrandir dans le cadre de la «transformation agricole » menée par la ville.

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 Sartrouville. Des travaux sur le vignoble municipal ont débuté en janvier afin de renouveler une partie des pieds de vigne vieillissants. Ce chantier, qui doit se poursuivre jusqu’au printemps, doit permettre d’étendre aussi le vignoble actuel de 5 200 m2 à 7000 m2.
Sartrouville. Des travaux sur le vignoble municipal ont débuté en janvier afin de renouveler une partie des pieds de vigne vieillissants. Ce chantier, qui doit se poursuivre jusqu’au printemps, doit permettre d’étendre aussi le vignoble actuel de 5 200 m2 à 7000 m2. LP/Virginie Wéber

Difficile à croire tant la deuxième plus grande commune des Yvelines se traîne une image urbaine, d'ailleurs souvent faite de violences ces dernières semaines. Et pourtant, la ville de 52 000 habitants serait bel et bien le foyer d'un vrai bon vin selon Alexandre Golovko, l'œnologue en charge du suivi de la vigne à Sartrouville. Lequel évoque un terroir rendu « excellent » grâce « à la dalle calcaire ».

Composé notamment de cépages vinifiés en Chardonnay, en Gamay et Pinot noir, le vignoble de 5 200 mètres carrés situé au pied de l'église Saint-Martin va d'ailleurs s'étendre dans les prochains mois en passant de 5200 mètres carrés à 7 000 mètres carrés. La municipalité vient d'entamer un grand programme d'aménagements agricoles qui va s'étaler jusqu'au printemps avant de se poursuivre cet automne, avec, notamment, la plantation de 110 arbres fruitiers et la création de prairies fleuries.

Une ville au riche passé vinicole

Autrefois présente sur un tiers des terres arables de la commune, puis peu à peu réduite aux parcelles entourant l'église Saint-Martin, la vigne a toujours fait partie du patrimoine de Sartrouville, du moins jusqu'à sa disparition en 1910. Elle avait été réintroduite au milieu des années 1990 à l'emplacement exact où elle se trouvait au Moyen-Âge, c'est-à-dire autour du monument religieux édifié en l'an 1009.

À l'époque, il y a une vraie tradition vinicole en Ile-de-France, notamment pour faire du vin de messe. Aujourd'hui, Sartrouville veut renouer avec cet héritage et même étendre cette culture à d'autres terres de la commune.

« C'est sûr qu'on pourrait vendre très cher le foncier disponible mais je pense qu'il y a un vrai choix à faire de nos jours sur la préservation des terres arables en Ile-de-France, notamment en sanctuarisant les terres agricoles », note le maire LR Pierre Fond. Une (petite) partie de Sartrouville est d'ailleurs concernée par la zone agricole protégée (ZAP) de la plaine de Montesson.

Cette opération doit aussi permettre de rajeunir une vigne dont on a constaté une diminution de la production au fil des années. Les pieds de vigne vieillissants vont ainsi être remplacés par 800 nouveaux ceps. L'entretien des sols sera effectué à l'aide d'un labour hippotracté. À cela s'ajoute la mise en place de nouvelles parcelles en écopâturage, tout autour des nouvelles vignes.

« J'ai voulu agrandir la vigne pour plusieurs raisons, explique Pierre Fond. D'abord, pour le clin d'œil historique. Elle représente un trait d'union entre le passé et le présent. Mais aussi parce qu'on l'utilise beaucoup dans notre communication interne, car ce sont les agents des services techniques de la ville qui l'entretiennent toute l'année, après avoir reçu les formations nécessaires. »

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Le projet semble en tout cas jouir d'une belle cote auprès des habitants. Et notamment au moment de la récolte dont une partie est effectuée par les enfants de la ville. Cet atelier pédagogique qui se déroule pendant la première quinzaine de septembre est suivi d'une presse du raisin sur place. L'occasion de déguster un petit jus de raisin local.

«Ça coupe du paysage habituel»

Le reste du temps, le lieu fait le bonheur des promeneurs. « C'est agréable de marcher à côté des vignes, ça coupe un peu du paysage habituel, sourit un passant. On voit la culture changer au fur et à mesure des saisons, c'est très joli quand les premières grappes apparaissent ».

Les trois cépages utilisés sont destinés à l'élaboration de vins « tranquilles » rouges et blancs, ainsi que de vins de type « mousseux ». Depuis 2000, il a été décidé d'augmenter les quantités de Chardonnay au détriment du Gamay. On recense aujourd'hui 840 pieds pour l'un et 360 pour l'autre.

L'ensemble des quelque 300 bouteilles produites chaque année sont redistribuées aux jeunes mariés ou lors d'opérations de charité. « On n'en tire pas d'argent », précise le nouveau patron des maires des Yvelines.

« Le vin est un des éléments fondamentaux de notre culture dont on veut perpétuer la tradition, confie enfin Pierre Fond. Mais il ne faut pas perdre aussi d'esprit que cette vigne donne la possibilité aux petits enfants qui habitent les zones urbaines et populaires de pouvoir apprécier le changement de la nature en découvrant l'évolution d'une culture agricole. »