Pour ces adolescents, «Trappes ne se résume pas à ses difficultés»

Huit collégiens ont découvert cette semaine les services de la préfecture des Yvelines. Après la polémique sur la mouvance islamiste à Trappes, les élèves ne reconnaissent pas la description de la ville.

 Versailles, ce vendredi. Huit collégiens de Trappes ont effectué leur stage à la préfecture dans ce contexte particulier.
Versailles, ce vendredi. Huit collégiens de Trappes ont effectué leur stage à la préfecture dans ce contexte particulier. LP/Jeanne Cassard

Les institutions de l'Etat n'ont plus de secret pour eux. Huit collégiens de Trappes ont effectué leur stage de troisième au sein de la préfecture de Versailles cette semaine marquée par les propos d'un professeur sur l'emprise de la mouvance islamiste dans la ville. Lequel avait qualifié Trappes de « ville définitivement perdue ».

« La nouveauté cette année c'est que les élèves se sont rendus sur le terrain pour discuter avec des professionnels de leurs métiers », explique Raphaël Sidoni, le préfet délégué à l'égalité des chances. Ils ont ainsi visité la caserne des pompiers du Sdis 78, la mairie de Trappes et le commissariat de Versailles.

« À cause de la mauvaise image de la ville, j'ai peur que plus tard, personne ne veuille m'embaucher »

« D'habitude, on voit les policiers en bas de chez nous, c'était intéressant de les rencontrer dans un autre contexte, ils ont été très ouverts à nos questions », raconte Mariama. Déjà intéressée par ces métiers, la jeune fille sait ce qu'elle veut faire désormais : policière scientifique.

Alors que cette semaine, leur ville a eu une forte exposition médiatique, ces jeunes scolarisés aux collèges Youri-Gagarine et Le Village ne sont pas d'accord avec la description faite par Didier Lemaire, le professeur de philosophie au lycée de la Plaine-de-Neauphle.

« Trappes ne se résume pas à ses difficultés, notre ville n'est pas celle décrite sur les plateaux télés », estime Fatoumata. Pour Hidaya, « les gens qui racontent tout ça sur Trappes n'y sont jamais venus ».

L'adolescente craint désormais d'être discriminée : « À cause de la mauvaise image de la ville, j'ai peur que plus tard, personne ne veuille m'embaucher. »

Une curieuse distribution de tracts… dans le lycée

Alors que le professeur n'est pas encore retourné dans son établissement, le maire (Génération.s) de Trappes Ali Rabeh s'y est rendu jeudi matin pour distribuer des tracts aux élèves.

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Une opération condamnée fermement par le ministre de l'Intérieur Jean-Michel Blanquer, qui rappelle que « les personnels et les élèves d'un établissement ne sauraient être utilisés à des fins de politique locale ».

« L'école doit rester à l'abri des pressions religieuses ainsi que des pressions politiques. La neutralité politique et religieuse est au cœur du fonctionnement de l'école de la République », a-t-il rappelé.

Même choc pour la présidente (Libres !) de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, en sa qualité de gestionnaire des lycées, pour qui « attiser la haine dans nos écoles est indigne et dangereux ». Contacté, le maire de Trappes n'a pas souhaité s'exprimer. Contacté, le maire de Trappes n'a pas souhaité s'exprimer.

Après la surveillance policière, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé jeudi avoir proposé une « protection rapprochée » à Didier Lemaire. Ce dernier envisage d'arrêter l'enseignement, « tout dépend de la mission qui pourrait » lui être confiée.