«On a sauvé un cerf» : à Rambouillet, les anti-chasse à courre font fuir les chasseurs

Unis comme rarement, 80 militants anti-vénerie ont poussé l’équipage de Bonnelles-Rambouillet à annuler son habituelle chasse à courre du samedi en forêt. Nous avons suivi cette opération de l’intérieur.

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 Rambouillet, le 30 janvier 2021. Quatre-vingts militants anti-vénerie sont parvenus à faire annuler une chasse à courre.
Rambouillet, le 30 janvier 2021. Quatre-vingts militants anti-vénerie sont parvenus à faire annuler une chasse à courre. LP/Théo Troude

Ce samedi, 10 h 11. Aux abords de la forêt de Rambouillet (Yvelines), sous la pluie et dans la boue, le face-à-face promet d'être explosif. Emus par la mort de trois cerfs ces dernières semaines au même endroit — l'un tué à l'épieu, un deuxième noyé dans un lac et un troisième dévoré vivant dans un champ —, trois collectifs anti-chasse à courre se préparent, sur un parking, à traquer et filmer les actions de l'équipage de Bonnelles-Rambouillet. Talkies-walkies, dispositifs de géolocalisation, conversation de groupe sur WhatsApp… Rien n'a été laissé au hasard. Les chasseurs auraient été prévenus d'une mobilisation record.

D'habitude isolés, les Amis des Bois et Abolissons la vénerie Aujourd'hui (AVA, désormais PACCT) accueillent la Section Anti-Chasse (plus de 30000 sympathisants à l'échelle nationale), dont des membres arrivent de divers départements. Michel Camboulives, le créateur d'AVA Rambouillet, arbore un large sourire : 80 personnes ont répondu à l'appel. « On peut à nouveau déployer notre action d'information citoyenne, se félicite cet homme engagé depuis plus de 40 ans au service de cette cause. Le but, c'est vraiment que les habitants sachent ce qu'il se passe dans la forêt. »

Une course-poursuite d'une heure et demie

10 h 28, l'opération des militants peut débuter. Depuis les points traditionnels de chasse, des indicateurs informent déjà le reste du groupe de ce qu'ils observent. « Il y a des chasseurs à l'étang du Coupe-Gorge », lit une militante sur son téléphone. « 120 chiens dans le chenil, ils en sortent 30 », répète une autre. Une localisation est envoyée, le feu vert est donné.

Avant de quitter le parking à leur recherche, un représentant de la Section Anti-Chasse dévoile un autre objectif. « Le but, c'est aussi de sauver un cerf. S'il est dans un lac, on saute tous dans l'eau ! S'il est dans un champ, on se met tous autour de lui pour le protéger. Quitte à se mettre dans l'illégalité en entravant la chasse. »

En voiture, souvent, et à vélo, pour les plus courageux, les militants se dispersent. Nous montons dans un véhicule avec certains d'entre eux, à l'affût de signes pour confirmer les messages reçus. « Si les barrières de la forêt sont fermées, la chasse est en cours », explique la conductrice du véhicule. Les barrières sont bien closes et des suiveurs — mandatés par les chasseurs pour éviter d'être filmés — rôdent. Une course-poursuite s'engage alors, pendant près d'une heure et demie.

«La loi sur la chasse à courre va changer, c'est sûr et certain»

12 h 03. « Tous à la Croix de Vilpert ! », interpelle un militant sur WhatsApp. La vingtaine de voitures et la dizaine de vélos se rejoignent pour la cinquième fois, sans trouver plus de chasseurs. Aucun doute : ceux-ci ont annulé leur traditionnelle sortie du samedi. « On a sauvé un cerf, c'est magnifique ! », s'écrie Michel Camboulives, sur le point de révéler ses souhaits pour l'avenir de la cause.

Quand soudain, sorti de nulle part, un suiveur en voiture manque de le percuter, créant la stupeur dans les rangs militants. Un représentant de la Section Anti-Chasse prend le relais. « La loi sur la chasse à courre va changer, c'est sûr et certain. C'est juste une question de temps. » Contacté, l'équipage de Bonnelles-Rambouillet n'a pas donné suite à nos appels.