Mantes-la-Jolie : trouvez un job sans CV ni lettre de motivation

Une nouvelle plateforme d’accès à l’emploi vient d’ouvrir ses portes à Mantes-la-Jolie. Elle s’appuie sur une méthode innovante. On vous explique.

 Mantes-la-Jolie. Depuis fin août, un conteneur Clef job s’est installé à deux pas de la dalle du Val-Fourré pour accueillir les demandeurs d’emploi.
Mantes-la-Jolie. Depuis fin août, un conteneur Clef job s’est installé à deux pas de la dalle du Val-Fourré pour accueillir les demandeurs d’emploi. LP/Mehdi Gherdane

C'est un simple bloc posé au milieu des tours. Ce conteneur bariolé de bleu et de fuchsia qui trône sur le parking de la dalle du Val-Fourré est ce qu'on appelle un kiosque pour l'emploi. Il est destiné à accueillir et à orienter les adultes et les jeunes du quartier, mais aussi toutes les personnes sans activité en provenance des autres communes du secteur.

Imaginée par la société Clef Job, cette plateforme, qu'on retrouve également devant la gare de Compiègne (Oise) se veut à la fois innovante et différente d'une agence intérim classique ou d'une mission locale. Ici, par exemple, pas besoin pour les candidats de se plier aux habituelles formalités d'usage.

Priorité aux compétences

On ne leur demande ni de CV, ni lettre de motivation, mais simplement de pouvoir énumérer leurs compétences afin que leur profil puisse venir alimenter une base. Toutes les données de ces demandeurs d'emploi sont ensuite croisées, grâce à un algorithme, qui intègre les besoins préalablement listés des entreprises partenaires.

« C'est un format hors les murs qui doit permettre d'accrocher un maximum de profils en phase avec les besoins réels des entreprises », présente le président Franck Deveughèle. Ce dernier, qui dit travailler déjà avec Ikea, la SNCF, La Poste ou Etam, tient d'ailleurs à rappeler que « Clef Job est avant tout un regroupement d'employeurs. ». Autrement dit, « on va avoir un discours assez direct », avertit-il.

Près de 800 entreprises ont été répertoriées par Clef Job. « Mais il nous faut quatre à cinq mois de mise en place pour travailler de façon optimale », prévient tout de même Franck Deveughèle. L'objectif, pour lui, est de créer « une caisse de résonance » entre l'offre et la demande. Le chef d'entreprise dit miser sur « la transférabilité de compétences » pour faire face aux mutations économiques du marché. Et pour cela, il explique aborder « l'emploi dans tous ses états » à travers des formations, des alternances, de l'intérim, des contrats à durée déterminée et indéterminée.

«J'ai juste indiqué ce que je recherchais sur une tablette»

Hossam, un jeune étudiant croisé à proximité, raconte avoir tenté sa chance quand il a vu le conteneur s'installer le mois dernier. A la recherche d'un « petit boulot à côté des études », il dispose bien d'une bourse, « mais cela ne fait pas beaucoup ». « J'ai juste indiqué ce que je recherchais sur une tablette, j'ai donné toutes mes coordonnées et c'était fini », explique Hossam. Le voilà désormais en attente d'un retour.

En attendant de faire ses preuves, le concept est accueilli à bras ouverts par les acteurs institutionnels locaux. « Il n'y a pas une seule solution pour emmener les jeunes vers l'emploi mais il y en a plusieurs », estime notamment le maire de Mantes-la-Jolie Raphaël Cognet (LR).

« Ça ne va pas révolutionner l'accès à l'emploi. Par contre il s'agit d'un outil supplémentaire parmi tant d'autres pour favoriser l'embauche et la formation », estime également Pierre Bédier (LR), le président du conseil départemental qui vient en soutien du dispositif.

La vallée de la Seine, «un désastre en matière d'emploi»

Catherine Arenou, maire LR de Chanteloup-les-Vignes et présidente de l'agence d'insertion par l'emploi Activit'Y évoque quant à elle « un lieu assez original mis en place pour que les jeunes viennent dire leurs compétences, qu'ils expliquent qui ils sont afin de trouver un emploi ou une formation qui saura correspondre à leur profil ». « Notre rôle est de financer toutes les originalités qui peuvent permettre aux jeunes de cité d'accéder à l'emploi », ajoute-t-elle.

D'autant que sur ce front, les nouvelles ne sont pas vraiment réjouissantes. Le département des Yvelines n'est pas épargné par la crise économique provoquée par le Covid, loin de là. Pierre Bédier parle ainsi de la vallée de Seine comme d'un « désastre en matière d'emploi », alors qu'il y « foisonnait il y a quelques années ».

Il restera à Mantes-la-Jolie jusqu'en 2021

Le département veut ainsi faire de la formation des jeunes chômeurs un véritable levier. « Nous avons ce qu'on appelait autrefois des ouvriers, poursuit le président de l'assemblée départementale. Aujourd'hui, ces adultes se retrouvent sur le marché de l'emploi avec une qualification encore insuffisante. Et à cela s'ajoute la question de l'âge. Il faut qu'ils apprennent a minima une formation. »

Le conteneur Clef Job doit rester au Val-Fourré jusqu'à la fin de l'année 2021. Il devrait ensuite être déplacé dans des communes environnantes comme à Limay. La société prévoit également d'intégrer définitivement un local de la future gare Eole de Mantes-la-Jolie.