Mantes-la-Jolie : tensions au sein de la communauté musulmane

Le président de la mosquée Mantes-sud, Abdelaziz El Jaouhari, médiatique et républicain, est critiqué par ses homologues pour ses prises de position publiques.

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 Mantes-la-Ville. Abdelaziz El Jaouhari avait notamment critiqué le silence du conseil des institutions musulmanes des Yvelines après l’assassinat de Samuel Paty.
Mantes-la-Ville. Abdelaziz El Jaouhari avait notamment critiqué le silence du conseil des institutions musulmanes des Yvelines après l’assassinat de Samuel Paty. LP/M.G.

L'initiative est rare. Plusieurs mosquées de la région de Mantes-la-Jolie viennent de publier un communiqué dénonçant le responsable d'un autre lieu de culte. Dans un texte commun, six mosquées et une école privée musulmane condamnent les « calomnies d'Abdelaziz El Jaouhari » qui préside l'association des musulmans de Mantes-sud, installée à Mantes-la-Ville.

Dans un article paru du Parisien du 30 octobre dernier, le responsable avait critiqué le silence du conseil des institutions musulmanes des Yvelines (Cimy) - qu'il a dirigé en tant que secrétaire général - après l'assassinat de Samuel Paty.

Nouvelle offensive il y a quelques jours sur la chaîne M6, au cours d'un reportage dans lequel il dénonçait les collusions entre certains religieux et les figures politiques locales dont Pierre Bédier, le président (LR) du conseil départemental et élu de Mantes-la-Jolie.

Une confusion entre le religieux et le politique selon ses détracteurs

Pour les mosquées signataires, dont on ignore si les fidèles ont été consultés avant la publication du communiqué, « toutes les limites morales ont été allègrement franchies ».

« Cette mascarade doit cesser. Nous ne comprenons pas les motivations personnelles et les desseins réels qui animent ce personnage », peut-on lire. « Abdelaziz El Jaouhari feint de dénoncer l'instrumentalisation du religieux par le politique. Or, il a été celui qui a incarné cette confusion des deux ordres de la manière la plus accomplie », tonne Mehdi Berka, le recteur de la mosquée de Mantes-la-Jolie.

Il y a quelques années, lors des élections municipales de Mantes-la-Ville, le président de l'association des musulmans de Mantes-sud avait en effet obtenu de l'équipe socialiste sortante la construction d'un lieu de culte. Ce pacte avait été perçu, à l'époque, comme une promesse électorale.

Abdelaziz El Jaouhari «est sincèrement républicain»

« Courageux » pour les uns, « provocateur » pour les autres, Abdelaziz El Jaouhari ne laisse pas insensible. Chantre d'un Islam éclairé, il s'exprime volontiers dans les médias, contribuant à véhiculer une image positive de la religion musulmane. Il a, en outre, longtemps été l'interlocuteur préféré des préfets avec la communauté musulmane.

LP/M.G.
LP/M.G.  

« Il est fiable, va au combat et est très fin, ce qui est assez rare. En plus, il est sincèrement républicain », assure un fonctionnaire qui l'a longtemps côtoyé. « Il aime passer à la télé pour montrer sa binette, c'est tout ce qui compte pour lui », raille un détracteur qui lui reconnaît toutefois « une capacité de mobilisation ».

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Au-delà des adversités dans la communauté religieuse, le président s'est aliéné la colère de Pierre Bédier, qui entretient d'excellentes relations avec les autres mosquées locales, restées jusque-là relativement silencieuses. Dans un discours prononcé le 16 janvier en hommage à l'imam Rabiti, l'élu avait glissé quelques piques en direction d'El Jaouhari. Et aussi lancé un « le silence est coupable ».

Huit jours plus tard, les mosquées publiaient leur communiqué commun… « La thèse de la main de Pierre Bédier derrière nos actions est véhiculée par Abdelaziz El Jaouhari depuis son exclusion du CIMY, en 2018 », répond Mehdi Berka.