Les Mureaux : les profs du lycée François-Villon ne cachent plus leur colère

Soutenus par les parents d’élèves, les professeurs de l’établissement sont en grève. Ils protestent contre des classes surchargées, un manque de moyens et de place.

 Les Mureaux, mercredi 7 octobre. En grève, les professeurs ont symboliquement occupé, ce matin, la salle des professeurs.
Les Mureaux, mercredi 7 octobre. En grève, les professeurs ont symboliquement occupé, ce matin, la salle des professeurs. DR

Le lycée François-Villon des Mureaux déborde. C'est en tout cas le constat qu'on fait les professeurs en pointant du doigt des élèves en sureffectif, le manque de moyens d'enseignements, des classes trop petites ou encore une cantine sous dimensionnée. Ils ont donc décidé de mettre le holà et sont en grève depuis mardi après-midi. Ce mercredi matin, ils ont symboliquement occupé la salle des professeurs afin de manifester leur mécontentement. L'arrivée, en septembre, de nouveaux éléments en seconde - portant l'effectif à 36 par classe dans certains cas - suscite la colère dans cet établissement général et technologique de 1306 élèves.

« Les conditions d'accueil sont très limites »

« La direction académique doit totalement revoir sa copie et ne plus affecter d'élèves sans les moyens qui vont avec. Pour nous, le dialogue est rompu et la confiance n'est plus là », tempête Flavie Hureault, professeur d'anglais et déléguée syndicale SNES-FSU. Symbole de leur colère, tous les enseignants, faisant office de professeurs principaux ont rédigé une lettre de démission de cette charge. Ils la remettront ce jeudi à la direction académique.

En apparence modeste, cette arrivée de 7 élèves en seconde qui a conduit à la création d'une quatorzième classe de ce niveau, cache d'autres malaises de fond, dans un lycée passé en quelques années de 900 à 1300 élèves.

« Les conditions d'accueil sont vraiment très limites. Parfois, il faut que le prof donne sa chaise pour que tout le monde soit assis. La sécurité est aussi en jeu car les issues de secours finissent parfois par être condamnées par des tables », raconte une enseignante. « Avec le contexte du Covid-19, les couloirs du lycée s'apparentent au RER aux heures de pointe. Ce n'est pas tolérable et les lycéens n'en peuvent plus », entend-on encore chez les profs.

Les parents d'élèves « catastrophés »

La cantine cristallise aussi les critiques. Conçue pour recevoir 300 convives, elle en accueille en moyenne… 800 tous les midis. Elle a connu aussi des problèmes de lave-vaisselle entraînant la fourniture de repas pour le moins frugaux et de couverts en plastique, un détail mais qui passe mal dans ce contexte d'étroitesse des locaux. « Il n'est pas rare que certains gamins ne mangent pas ou arrivent en cours avec 30 à 40 minutes de retard, le temps que les trois services puissent se tenir », témoigne un père de famille exaspéré.

Car les parents d'élèves soutiennent cette mauvaise humeur du corps enseignant. « Catastrophés » par la situation, ils se sont montrés présents, mercredi matin, devant le lycée. « Cet empilement d'élèves n'est pas possible dans une ville comme la nôtre, prise en exemple par nos plus hautes autorités (NDLR : le président de la République, Emmanuel Macron, s'y est rendu la semaine dernière en évoquant la nécessité d'un « réveil républicain » contre le repli communautaire). Les enfants, c'est notre avenir. Il ne faut pas les sacrifier », clame Lylia Montarou, présidente de l'association autonome des parents d'élèves (APE). « Les travaux pour la cantine sont réclamés depuis 2003 et il manque aussi des bus autour du lycée, ce qui pose de temps en temps des problèmes de sécurité. Les professeurs ne peuvent pas non plus travailler dans de bonnes conditions », reprend cette maman au caractère plutôt énergique.

Des travaux à la cantine en juin 2021

Le proviseur, Vincent Périllat-Mercerot, tempère cette image d'un lycée au bord du gouffre même s'il reconnaît que cette « période particulière » a un peu « tronqué » les prévisions d'effectifs. « Les locaux nous permettent tout à fait d'accueillir quelques élèves en plus en s'organisant bien. Ce ne doit pas être un élément de blocage. Quant à la cantine, notre problématique est d'éviter que les élèves arrivent en retard mais les travaux démarreront bien en juin 2021. Les mesures du Covid-19 nous ont également privés de l'installation d'un salad bar, lequel aurait permis de soulager le service de restauration », fait savoir ce responsable qui comprend cependant les attentes de ses profs.

« Dans un secteur comme Les Mureaux, ils sont en quête de moyens pour dédoubler, conduire des projets ou mener des actions de suivi individualisé des élèves. C'est vrai mais nos résultats au bac progressent énormément chaque année et c'est très rassurant pour l'avenir », martèle le proviseur. Du côté de la direction académique, on fait savoir que 4 des 7 élèves arrivés en septembre ont « accepté » d'être scolarisés à Poissy afin de réduire la surcharge de l'établissement.