«Les détonations se succèdent, le ciel s’embrase» : mai 1944, nuit de bombardements à Mantes-la-Jolie

Le témoignage d’un pompier lors d’un raid de l’armée britannique, tiré des travaux de l’historien Bruno Renoult, nous éclaire sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées les opérations.

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 Illustration. C’est un bombardier britannique Lancaster comme celui-ci qui a été abattu par l’armée allemande et dont les débris sont tombés sur Gassicourt.
Illustration. C’est un bombardier britannique Lancaster comme celui-ci qui a été abattu par l’armée allemande et dont les débris sont tombés sur Gassicourt. DR

Il était à Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, cette nuit-là. Le 7 mai 1944, quand pas moins de 149 avions de l'armée britannique ont survolé et pilonné la ville pour affaiblir les positions allemandes. « La cité endormie, baignée par la lumière de la pleine lune, est réveillée par un puissant ronronnement allant en s'amplifiant », raconte un pompier présent. Un témoignage tiré des travaux de l'historien Bruno Renoult et livré dans ses ouvrages « 1944 - Guerre en Ile-de-France » (autoédition).

C'était un dimanche, à environ 2 heures du matin, quand le bombardement a commencé. « Soudain des lueurs roses et rouges inondent la ville. La cible est localisée, le bombardement peut commencer. Les habitants sont brusquement tirés de leur sommeil. Pas question, pour beaucoup à cette heure-là, de gagner les abris. »

«Le périmètre des objectifs est largement dépassé»

La Royal Air Force vise alors des installations ferroviaires. « Pendant vingt minutes, le pilonnage ne cesse, les détonations se succèdent sans interruption, le ciel est embrasé par les bombes éclairantes », explique le pompier. Mais la frappe n'est pas chirurgicale et « le périmètre des objectifs est largement dépassé ».

Une partie du bombardement atteint l'ouest de la ville, en occurrence le vieux Mantes ainsi que les faubourgs de Dennemont et de Gassicourt. Ce dernier sera aussi touché par les débris d'un bombardier britannique abattu par les Allemands.

A Mantes, « l'ancienne mairie, l'école des garçons et l'usine des eaux sont à peu près détruites, l'église et le cimetière sont gravement endommagés ». Et de l'autre côté de la Seine, à Dennemont, « le vieux moulin sur le fleuve s'effondre, on compte 14 morts ».

Une quarantaine de morts

Le lendemain matin, la lumière du jour éclaire le regard de tous sur la catastrophe nocturne. De nombreux corps ont été ensevelis : « Les sauveteurs : pompiers, défense passive, personnel communal et volontaires, se démènent à sortir les blessés, à déblayer les ruines pour en retirer les morts ».

Cette nuit-là, un mois avant le débarquement des Alliés en Normandie, le raid sur Mantes a fait 41 morts, 30 grands blessés et 1 500 sinistrés. Selon Bruno Renoult, le général allemand Erwin Rommel aurait assisté impuissant à ce raid britannique depuis la terrasse du château de La Roche-Guyon (Val-d'Oise), où il avait installé son quartier général.