«Le terrain reste toujours praticable avec des bottes» : la crue de la Seine n’effraie pas les habitants de l’île de Poissy

La montée des eaux du fleuve n’est pas source d’inquiétude pour les habitants de l’île des Migneaux, à Poissy (Yvelines) davantage préoccupés par la curiosité que la crue suscite auprès des passants.

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 Poissy, ce mardi. Sur l'île des Migneaux, les habitants redoutent davantage l'arrivée des curieux que la crue en elle même.
Poissy, ce mardi. Sur l'île des Migneaux, les habitants redoutent davantage l'arrivée des curieux que la crue en elle même. LP/Charlotte de Frémont

« C'est comme si nous étions un zoo. » À chaque crue de la Seine, ce n'est pas la montée des eaux qui interpelle Robin, 21 ans, mais « de voir les gens agglutinés sur le pont ». Car les habitants de l'île des Migneaux à Poissy, goûtent peu d'être une curiosité pour les passants. « Un des aspects négatifs pendant les crues… »

Sur le pont effectivement, quelques passants profitent des éclaircies pour prendre en photo l'île et ses berges submergées. Et encore, l'eau n'est pas à son niveau de 2018, quand curieux et télés s'étaient pressés devant cette « attraction ». « C'est insupportable, les gens sont en quête d'image de sinistrés, alors que ce n'est pas du tout notre cas », abonde un riverain.

Bonnet vissé sur la tête, Robin est un habitué du débordement du fleuve : « Je ne suis pas inquiet, j'habite ici depuis toujours, j'ai déjà dû vivre ça deux ou trois fois. Les gens qui achètent une maison ici savent à quoi s'attendre. »

Une nécessité de s'organiser

La famille de Robin possède d'ailleurs un petit bateau, avec lequel ils se sont déplacés dans les rues pendant la montée des eaux de 2016 et 2018. « En 2016, les gens faisaient du kayak au soleil, raconte l'étudiant. C'était amusant d'être sur son canoë dans la rue et de voir les carpes nager avec soi. »

Lors de la crue de 2016, « les gens faisaient du kayak au soleil», raconte un étudiant. LP/C.d.F.
Lors de la crue de 2016, « les gens faisaient du kayak au soleil», raconte un étudiant. LP/C.d.F.  

La situation atypique de l'île oblige le jeune homme à s'organiser. Jeudi soir, il sera peut-être obligé de dormir chez des amis afin de pouvoir aller en cours vendredi. Ou bien d'emprunter un chemin qui passe de jardins en jardins. Situé en hauteur, celui-ci n'est ouvert qu'en cas de crue, permettant aux habitants de rejoindre le pont… et le centre-ville.

Des contraintes, mais pas seulement

Mais le problème principal à anticiper concerne les véhicules : ils doivent tous être évacués, en fonction du niveau atteint par le fleuve. Deux retraités habitant l'île depuis quarante-cinq ans, ont anticipé les directives de la mairie.

Revenant de chez leur fille, où ils ont déposé leur voiture, ils expliquent avoir régulièrement des stocks de nourriture chez eux en prévision. Bien que leur jardin soit déjà en partie submergé, ils ne sont jamais totalement isolés, le pont étant juste à côté de chez eux : « Le terrain reste toujours praticable avec des bottes »

Les jardins sont inondés. LP/C.d.F.
Les jardins sont inondés. LP/C.d.F.  

Malgré ces contraintes, les habitants rencontrés voient la hausse du niveau de la Seine comme un amusement. « Quand je vais dire à mes enfants que les eaux ne monteront sûrement pas plus, c'est peu croyable à dire, mais ils seront déçus, assure un autre habitant. En 2018, je les avais envoyés faire du canoë dans le garage pour se défouler. »

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Sur leur péniche de l'autre côté du fleuve, Aymeric et Nathalie, jeunes parents d'une fille de 15 jours, ne sont pas plus inquiets. « Nous sommes peu dérangés par les crues, les berges restent généralement praticables avec des bottes. En 2018, nous avons dû acheter des cuissardes ! »