Le gérant d’hôtel à Rambouillet s’est transformé en… fabricant de masques

Dans l’ancienne caserne des pompiers de Montfort-l’Amaury, une usine de production de masques très particulière s’est installée. Elle emploie aujourd’hui 12 personnes et ne compte pas s’arrêter là.

 Montfort-l’Amaury, mercredi. Avec ces machines venues de Chine, Tek clean peut produire 150 000 masques par jour.
Montfort-l’Amaury, mercredi. Avec ces machines venues de Chine, Tek clean peut produire 150 000 masques par jour. LP/Élie Julien

Baptiste Dedeler a fait fructifier ses longues nuits de permanence, à attendre les clients, dans son hôtel de Rambouillet. Le gérant de cet établissement de 55 chambres, qu'il a repris avec son épouse, Valérie, en 2014, est désormais à la tête d'une seconde entreprise florissante.

Depuis cet été, avec 12 salariés, il conçoit jusqu'à 150 000 masques jetables par jour dans son usine de Montfort-l'Amaury, installée dans l'ancienne caserne des pompiers. Deux machines fabriquent ses masques, aux normes européennes, 14 heures par jour. Ils fournissent les collectivités territoriales, écoles, maisons de retraite, pharmacies, bientôt des hôpitaux et même des particuliers.

« Nous avons au moins 20 commandes par jour sur notre site Internet pour toute la France : en Corse, à Marseille (Bouches-du-Rhône) ou même l'Alsace. Mais la majeure partie des clients sont dans les Yvelines et en Île-de-France », détaille Angélique Léger, la commerciale de l'entreprise, baptisée Tek Clean. Elle est même désormais référencée sur de grandes centrales d'achats.

Une volonté d'aider les autres

Pour revenir à l'origine de cette success story, il faut remonter au printemps et au premier confinement. Dans leur hôtel, Valérie et Baptiste hébergent des soignants du secteur et d'autres venus de toute la France pour renforcer les hôpitaux de la région. « On voulait se rendre utiles, c'était une super aventure humaine », apprécient aujourd'hui les deux quadragénaires, habitants de Millemont. « Nous étions en guerre comme l'a dit le Président, il fallait faire quelque chose », souligne le couple, étonné de ne voir que la France ne produit presque plus de masques.

C'est cette même volonté d'aider les autres qui va animer ce projet de produire ces protections dont les soignants qu'ils hébergent leur parlent tant. « Nous avons longtemps travaillé dans la production de prêt à porter, j'avais encore des contacts et j'ai pu me procurer une machine de production et du tissu en Asie », dévoile Baptiste. Encore choqué par l'avion de masques détourné par les États-Unis fin mars.

La municipalité voit d'un bon œil la création d'emplois

Grâce à un ami en commun, au courant de son projet, il rencontre Hervé Planchenault, le maire (DVD) de Montfort-l'Amaury et président de la communauté de communes Cœur d'Yvelines. « Il m'a proposé, quasi gratuitement, d'installer la première machine dans l'ancienne caserne de pompier de Montfort, vide depuis trois ans. Une aubaine ! », remercie encore l'entrepreneur. La municipalité, elle, voit d'un bon œil « la création d'emplois locaux et l'acheminement de masques made in Yvelines pour les collectivités ».

Un bouche-à-oreille qui va jouer un rôle déterminant. Un voisin de la caserne de pompiers, Pierre Dernoncour, 73 ans, entend parler du projet. Il met fin à sa retraite paisible entamée il y a 15 ans pour devenir le directeur de production. En juillet et août, il supervise la constitution d'un gros stock. « Je formais et faisais travailler des étudiants par équipe pour produire 14 heures par jour », raconte Pierre, qui a fait carrière dans la photographie. Baptiste le présente comme « le moteur de l'entreprise ».

Comme avec ces étudiants qui souffraient du manque de job d'été, le gérant d'hôtel veut, dans son projet « business mais utile », inclure un bénéfice social. « La mairie nous a présenté des personnes à la recherche d'emploi, en difficulté. Puis nous avons aussi sollicité l'association Âge et partage de Montfort qui vient en aide aux personnes dans la précarité », énumère Baptiste.

«On ne se fixe pas de limites»

Enfin, 10 % de la production est reversée aux associations dans le besoin. « Nous avons été touchés personnellement et directement par la perte d'un proche à cause du coronavirus, cela renforce cette envie de rendre service », souffle ce père de trois enfants.

Cette entreprise solidaire dans un premier temps, vise désormais une accélération de la production. Depuis la mise en vente des masques en septembre, entre 12 et 24 centimes l'unité, la croissance est exponentielle. Si bien que la commerciale, recrutée après s'être présentée spontanément, sans CV, commence à peine le démarchage. « J'avais un poste dans l'événementiel, mais vu le contexte, je suis très heureuse d'avoir trouvé ce boulot », sourit Angélique, habitante de Saint-Rémy-l'Honoré.

De nouvelles machines vont arriver dans les 700 m² de la caserne. Plus productives, elles vont permettre d'atteindre les 10 millions de masques par mois et générer l'embauche d'une trentaine de personnes supplémentaires en 2021. « On ne se fixe pas de limite… », conclut Baptiste dans un sourire.

Ils produisent aussi du gel hydroalcoolique végétal

Si la vente de masques représente aujourd’hui 80 % de l’activité de Tek Clean, l’entreprise diversifie son activité. En attente de l’autorisation réglementaire pour fabriquer sa solution hydroalcoolique, elle externalise pour le moment sa production. « C’est une solution 100 % végétale et 100 % naturelle, promeut Baptiste Dedeler, le gérant. Elle est faite à base d’alcool de betterave et d’huiles essentielles. »

Une solution élaborée en collaboration avec un médecin, qu’ils vendent aussi dans un stylo disposant d’un petit réservoir de 5 ml. De quoi avoir toujours les mains propres.

Mais ils ne s’arrêtent pas là et ont mis au point un antibactérien qui tue la covid-19. « On propose ce produit dans des diffuseurs d’air pour les chambres d’hôpitaux et hôtels par exemple, mais aussi pour les voitures des auto-écoles. Le petit brumisateur installé à l’accueil de notre établissement connaît un grand succès », sourit Valérie Dedeler.

Si bien que d’ici fin 2020, le couple espère produire un masque totalement imbibé de ce produit « pour pouvoir toucher et réutiliser les masques jetables. »