L’opticien Krys préfère les Yvelines à l’Asie et relocalise une partie de sa production

L’industriel rapatrie la fabrication de 300 000 verres haut de gamme dans son usine de Bazainville. A la clé, la création de dizaines d’emplois.

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 L’usine de Bazainville, dans les Yvelines, est l’unique site de production de l’opticien Krys. Plus d’un million de verres en sortent chaque année.
L’usine de Bazainville, dans les Yvelines, est l’unique site de production de l’opticien Krys. Plus d’un million de verres en sortent chaque année. LP/M.G.

Le pays houdanais plus fort que la Chine et la Thaïlande réunies? Au-delà de la boutade, la question pourrait se poser. L'opticien Krys a décidé de rapatrier dans son usine française de Bazainville, un village proche de Houdan, dans les Yvelines, une partie de sa production jusque-là établie en Asie.

Dans les prochains mois, 300 000 verres haut de gamme de plus seront fabriqués chaque année dans les Yvelines. La production du seul site français du célèbre lunetier passera ainsi de 1,1 million de verres par an à 1,4 million. Un mouvement de fond qui pourrait être suivi, en 2023, par le rapatriement de 400 000 unités de plus.

Comme de nombreux industriels, l'enseigne en a peut-être fini de sa lune de miel avec l'Asie. En raison d'une hausse constante des salaires, la main-d'œuvre sur place n'est plus aussi bon marché et le continent en a logiquement perdu de son charme économique.

En outre, les dirigeants misent sur une nouvelle gamme de verres à « très forte valeur ajoutée », et une main mise complète sur la production s'avère indispensable. « Qu'il est rassurant d'avoir la maîtrise », résume en souriant Christophe Lallau, directeur général du site Krys de Bazainville où travaillent 450 personnes dont 350 agents de production. « Fabriquer en France reste une garantie d'efficacité et de fluidité, poursuit le directeur. Nous avons la main sur les délais et tous les processus de fabrication. Nous avons une souplesse et une qualité d'adaptation incomparable qui nous permet de nous ajuster à la demande. »

Une nouvelle ligne de verres « haut de gamme » à prix unique vient d’être lancée sur le marché. LP/M.G.
Une nouvelle ligne de verres « haut de gamme » à prix unique vient d’être lancée sur le marché. LP/M.G.  

Ce qui était jusque-là de l'ordre du ressenti est devenu particulièrement palpable depuis un an et la crise liée au Covid. La fermeture des usines en Chine, puis les difficultés de transport lorsqu'elles ont rouvert ont donné des sueurs froides aux dirigeants. « Les usines tournaient mais les transporteurs étaient bloqués. L'usine du monde Asie trouve aujourd'hui ses limites », analyse le responsable.

La commercialisation, ces derniers jours, d'une nouvelle ligne de verres révolutionnaire baptisée « Signature Krys » a fini de convaincre l'état-major de la marque. Le tournant stratégique interdit le moindre couac.

«Un vrai savoir-faire hexagonal avec une exigence de qualité remarquable»

Ce mouvement de fond, qui concerne d'autres grands groupes, est encouragé par l'Etat et le conseil régional d'Ile-de-France. Krys a ainsi bénéficié de 600 000 euros de subventions de la région pour relocaliser en France. « Cette belle société coche toutes les cases pour obtenir de l'aide, détaille Gérard Derouin, le sous-préfet de Mantes-la-Jolie. C'est une coopérative française, en pleine forme et qui représente un vrai savoir-faire hexagonal avec une exigence de qualité remarquable. L'Etat, le conseil régional proposent leur aide et cette entreprise a bien raison de l'accepter. Cela lui permettra d'accélérer sa transformation. »

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Cette relocalisation s'accompagnera, en outre, de créations d'emplois. Une vingtaine de postes seront créés dès cette année. Près de cinquante autres sont attendus en 2023 lors de la deuxième étape du « rapatriement ».

Avec la crise du Covid, la tentation française

A en croire les investisseurs et les élus, le Covid n’a fait que précipiter un mouvement de fond : les entreprises françaises sont de plus en plus tentées par les relocalisations. L’Asie, où le coût de la main-d’œuvre est en hausse constante depuis plusieurs années, n’est plus aussi « rentable ». Selon une étude de l’assureur-crédit Euler Hermes, 13 % des entreprises françaises interrogées envisagent une relocalisation en France. 18 % des répondants envisagent l’Hexagone parmi leurs trois premiers choix.

L’Etat, qui a mis sur la table 1 milliard d’euros d’aides directes, s’appuie notamment sur les conseils régionaux pour accélérer le mouvement et épauler les entreprises qui en ont besoin. C’est le cas par exemple du groupe pharmaceutique Seqens, basé à Porcheville. En décembre dernier, ses dirigeants ont annoncé leur intention de fabriquer, dans les Yvelines, une douzaine de molécules jusque-là produites en Asie.