L’ex-préfet, sa maîtresse et l’argent du contribuable

Serge Morvan, préfet des Yvelines entre 2015 et 2018, va devoir s’expliquer sur des faits de détournement de fonds publics et de réalisation de faux documents commis alors qu’il était en fonction.

 Versailles, août 2015. Serge Morvan, ici lors de sa cérémonie d’installation en tant que préfet des Yvelines, est allé jusqu’à falsifier une nomination auprès d’Emmanuel Macron.
Versailles, août 2015. Serge Morvan, ici lors de sa cérémonie d’installation en tant que préfet des Yvelines, est allé jusqu’à falsifier une nomination auprès d’Emmanuel Macron. Préfecture des Yvelines

Il était une fois un homme qui portait beau l'uniforme de premier représentant de l'Etat dans un beau département. Et qui s'est vu si beau pour une belle, que sa chute fut d'autant plus cruelle. L'ex-préfet des Yvelines, Serge Morvan, 61 ans, doit comparaître le 7 décembre au palais de justice de Versailles, à quelques pas de son ancien bureau. Il est convoqué dans le cadre d'une audience de Comparution avec reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC, autrement dit plaider-coupable) pour une affaire de détournement de fonds publics et de réalisation de faux documents. Des faits commis alors qu'il occupait ses fonctions entre 2015 et 2018.

Cette procédure simplifiée n'est pas un procès à proprement parler. La peine a déjà été fixée par le parquet qui en garde la primeur pour l'intéressé en attendant l'audience. « Cet homme n'a pas pillé les caisses de l'Etat, estime le procureur de Versailles, Maryvonne Caillibotte. Mais il a commis des infractions incompatibles avec sa fonction régalienne. »

Il bricole… de faux bans de mariage

Des infractions qui ont été révélées au grand jour en juillet 2019. Cet été-là, Serge Morvan démissionne de ses nouvelles fonctions de directeur de l'Agence nationale de la cohésion du territoire pour « raisons personnelles ». Très personnelles même, puisqu'une plainte pour « abus de faiblesse », « violence, faux et usage de faux et escroquerie » a été déposée contre lui huit mois plus tôt par l'avocat de… son ancienne maîtresse. Objet d'une enquête ouverte par le parquet de Versailles et menée par l'office central de répression contre les violences aux personnes (OCRVP) de la direction centrale de la police judiciaire, l'ex-préfet se retrouve dans une position intenable à la tête d'un établissement public sous tutelle de plusieurs ministères.

La femme à l'origine du scandale se sent trahie par Serge Morvan, l'accusant même de manipulation. Et pour cause : celui-ci lui aurait fait croire qu'il allait se marier avec elle alors qu'il vivait toujours avec son épouse à la préfecture de Versailles. Pour arriver à ses fins, le préfet, à l'époque, bricole avec son ordinateur de faux bans de mariage ! Au dernier moment, alors que la noce est prête, mais empêtré dans ses mensonges, il annule tout en prétextant des raisons de sécurité relative à une nomination auprès d'Emmanuel Macron.

Plus de 10 000 euros de deniers publics détournés

Pour se justifier de cette excellente fausse nouvelle le rapprochant de la présidence de la République, il fabrique alors un autre faux document en se servant du journal officiel. Plus triste, son ex-maîtresse, en désir d'enfant, a aussi reproché à son amant de l'avoir entraînée dans une opération de procréation assistée qui se serait mal déroulée et aurait entraîné des séquelles.

Au bout du compte, la justice n'aura retenu que des éléments très factuels pour engager des poursuites. Ceux, principalement, d'un détournement d'argent. Ainsi, l'enquête montre qu'entre 2015 et 2018, Serge Morvan a utilisé la carte de paiement d'essence de la préfecture pour 1200 euros et sa carte bancaire professionnelle pour payer des péages à hauteur de 2500 euros.

Il déjeune à Versailles en compagnie de sa maîtresse, séjourne avec elle dans des hôtels en Ille-et-Vilaine, en Corse, dans le Calvados et en Haute-Savoie. Des témoins les voient ensemble dans des restaurants parisiens. S'il n'y a évidemment rien d'illégal dans le fait d'entretenir une liaison avec cette femme, en revanche, ce sont bien 10 300 euros en tout qui ont été détournés en ce sens.

En contrepartie, il payait des dépenses de l'Etat avec son argent

Convoqué devant les enquêteurs de Nanterre (Hauts-de-Seine), le préfet passera aux aveux en ce qui concerne ce détournement des deniers publics. « Durant son audition, il explique qu'il a déjà tout remboursé à la préfecture, confie une source proche du dossier. En plus au moment des faits, il avance qu'il compensait ces achats privés en payant des choses relevant des dépenses de l'Etat avec son propre argent. De cette façon, il n'éprouvait pas le sentiment de voler la collectivité. »

Serge Morvan a également reconnu avoir réalisé de faux documents pour tenter de prolonger son histoire d'amour malgré ses mensonges. Une histoire qui lui aura donc coûté sa carrière. Le 7 décembre, il devra rencontrer un juge chargé d'homologuer sa peine. Peine qu'il aura néanmoins le droit de contester, et prendre alors le risque d'affronter le tribunal correctionnel.

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« La peine proposée devra prendre en considération les circonstances particulières des faits, exclusives du moindre enrichissement personnel et révélatrices d'une bonne foi certaine, souligne le conseil de l'ex-préfet, Me Emmanuel Mercinier. La volonté de mon client en utilisant la carte bancaire de la préfecture était simplement d'être discret et les sommes dépensées étaient très modiques. »