L’éditeur de jeux vidéo Blizzard Entertainment veut quitter Versailles... pour Londres

En dépit d’excellents résultats, la célèbre société américaine, dont «Call of Duty» et «Candy Crush» sont des succès mondiaux, entend fermer son site des Yvelines. Plus de 270 emplois sont menacés.

 Versailles (Yvelines). Blizzard Entertainment s’apprête à quitter la ville, dix ans après son arrivée. 276 emplois sont menacés.
Versailles (Yvelines). Blizzard Entertainment s’apprête à quitter la ville, dix ans après son arrivée. 276 emplois sont menacés. LP/Laurent Mauron

Blizzard Entertainment à Versailles, c'est quasiment fini. L'éditeur américain de jeux vidéo a fait savoir ce mardi à ses salariés qu'il comptait prochainement fermer son site des Yvelines et rapatrier ses activités à Londres. Environ 270 emplois sont en jeu.

« Nous avons informé nos représentants du personnel d'un projet de réorganisation de nos activités qui conduit à la fermeture du bureau de Versailles. Nous travaillons sur plusieurs processus et une réunion du CSE (NDLR : comité social et économique) est prévue les 13 et 14 octobre », indique ainsi la société dans un communiqué.

La maison mère justifie sa décision par le besoin de « s'adapter à une industrie numérique en constante évolution et hautement compétitive ». L'objectif, selon ses dires, est « d'optimiser le talent et l'expertise » dont elle bénéficie.

«Une telle brutalité surprend tout le monde»

En interne, c'est la douche froide. « Une telle brutalité surprend tout le monde. On nous disait encore cet été que le site ne fermerait pas », témoigne une salariée, qui préfère rester anonyme.

L'éditeur américain avait choisi Versailles en 2010 pour y installer son siège européen où la langue de travail est l'anglais. Le site abrite le « publishing » (100 collaborateurs), le service d'assistance aux joueurs (100 personnes) et la « localisation » (80 salariés environ), chargée de traduire les jeux dans toutes les langues du Vieux Continent.

En juin 2019, alors que 434 salariés travaillaient sur place, un tiers des effectifs, soit 134 emplois, avaient déjà été sacrifiés dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi afin de « réorienter la stratégie » de l'entreprise. Une vague de départs mal vécue par un personnel longtemps maintenu dans le mythe d'être employé par une major indestructible.

« Ce qu'on vit, ce sont tout simplement des licenciements boursiers afin de rassurer les marchés. L'argument du regain de compétitivité ne convainc personne », juge Sophie, une employée en poste depuis neuf ans.

Seize mois plus tard, le leitmotiv de la réorientation stratégique revient tel un boomerang. « C'est exactement pareil mais en plus chaotique », commente un salarié, en évoquant des réorganisations internes permanentes depuis 18 mois. Une première alerte avait résonné en mars dernier avec l'hypothèse d'un déménagement à Londres de 70 personnes affectées au site versaillais. En juin, tout a finalement été stoppé net jusqu'à l'annonce de ce début de semaine.

Quelques offres de reclassement peu convaincantes

Sur les 276 personnes concernées, seule une poignée aurait reçu des offres de reclassement au Royaume-Uni. « Elles sont si peu intéressantes que personne n'y a répondu favorablement. L'impression laissée, c'est vraiment qu'ils veulent voir partir les gens pour de bon », révèle un employé.

Les conséquences promettent d'être rudes pour certains salariés. « Pas mal d'entre eux, notamment au service clientèle ou à la traduction, sont là depuis longtemps et sont aujourd'hui déboussolés. Il s'agit d'Européens de toutes nationalités qui sont venus en France par choix et qui craignent énormément pour leur employabilité », lâche un observateur avisé.

Une entreprise pourtant florissante

La manœuvre interroge d'autant plus que le contexte économique semble favorable à l'entreprise. Activision Blizzard, éditeur de succès mondiaux comme « Call of Duty » et « Candy Crush », a explosé ses propres prévisions de vente au deuxième trimestre. Il a ainsi annoncé en août un chiffre d'affaires de près de 2 milliards de dollars sur la période, en hausse de 38 % sur un an, et dit tabler sur près de 7,3 milliards de revenus net en 2020 (contre 6,8 milliards annoncés en mai).

Pour François de Mazières, le maire (DVD) de Versailles, la perspective de voir s'envoler ce poids lourd de l'industrie du jeu vidéo est un « coup dur » porté à l'économie locale. « C'est terrible de perdre une activité, surtout en cette période de pandémie, mais d'autres signaux positifs en termes de recrutement nous parviennent d'entreprises installées sur le plateau de Satory », tempère l'élu.

VIDÉO. On a défié Marquinhos à Call of Duty Black Ops 4