Formalités administratives, frais supplémentaires… le Brexit inquiète les entreprises des Yvelines

Depuis le 1er janvier, exporter vers le Royaume-Uni engendre plus de frais pour les petites sociétés implantées dans le département.

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 Saint-Germain-en-Laye. La marque Sports d’époque, créée en 2007 par deux frères, Géraud et Benoît d’Argenlieu, réalise 35 % de son chiffre d’affaires à l’export.
Saint-Germain-en-Laye. La marque Sports d’époque, créée en 2007 par deux frères, Géraud et Benoît d’Argenlieu, réalise 35 % de son chiffre d’affaires à l’export.  LP/Virginie Wéber

Le Brexit paraît un lointain mirage pour les habitants des Yvelines pourtant, c'est une réalité que ne peuvent occulter les entreprises qui travaillent à l'export. Depuis que le Royaume-Uni a quitté l'Union européenne le 1er janvier dernier, les échanges commerciaux avec nos voisins d'Outre-Manche se sont complexifiés. En cause : des formalités administratives plus lourdes, des frais supplémentaires aux frontières et des freins possibles sur de futurs contrats.

Entre novembre et décembre, la chambre de commerce et d'industrie (CCI) Paris-Ile-de-France a essayé d'anticiper la situation en organisant plusieurs ateliers dédiés aux entreprises franciliennes. Deux « Europe Business Café » ont ainsi regroupé 427 entreprises, dont 24 basées dans les Yvelines. « Un chiffre assez bas pour les Yvelines », selon la CCI. Aujourd'hui, les échanges commerciaux s'avèrent plus complexes à gérer pour les professionnels.

« L'accord n'engendre aucun droit de douane, par contre il y a une frontière avec des formalités douanières qui nécessitent pas mal de documents », explique Bruno Saillant, directeur général du groupe Lumar, spécialisé dans les lubrifiants et les fluides industriels. La complexité des formalités administratives demande une expertise que n'ont pas forcément les petites et moyennes entreprises. Basé à Carrières-sur-Seine, le groupe compte, lui, des filiales en Italie, en Espagne et en Allemagne. « On attend de voir maintenant comment ça évolue pour ouvrir notre filiale au Royaume-Uni », précise le patron.

Des frais supplémentaires pour le transport

« Voir comment ça évolue », c'est aussi le sentiment qui anime la directrice de Foxi & Graph International, une très petite entreprise basée à Epône. « La difficulté actuelle est de ne pas savoir précisément ce qui nous attend, notamment les coûts supplémentaires de transport », note Florence de la Fortelle. Spécialisée dans l'antidérapant pour tapis, la société recense un fournisseur ainsi qu'un très gros client Outre-Manche. Aujourd'hui, la gérante estime à 200 euros de frais supplémentaires par convoi. « C'est beaucoup pour nous. »

Les contrôles douaniers effectués de part et d'autre de la frontière engendrent entre 60 et 100 euros supplémentaires chacun, des frais qui pénalisent donc les petites entreprises puisque le transporteur les répercute sur son client.

« Chaque envoi nous coûte maintenant un peu plus cher car le transporteur a augmenté ses tarifs, confirment Géraud et Benoît d'Argenlieu, créateurs de la marque Sports d'Epoque. Pour l'instant, nous avons décidé de ne pas les répercuter sur le prix de vente. »

Des commandes plus longues à préparer

Depuis Saint-Germain-en-Laye, les deux frères envoient chaque semaine quelques colis vers le Royaume-Uni, aux particuliers qui commandent directement sur leur site Internet. Spécialisée dans la réédition de maillots vintage, la marque fait près de 35 % de son chiffre d'affaires à l'export, essentiellement vers les Etats-Unis.

Si les deux fondateurs estiment que « c'est plus long de préparer une commande », Florence de la Fortelle va, elle, expérimenter cela dans quelques jours. Trente-trois palettes d'antidérapant doivent traverser la Manche courant février, ce sera le « convoi test » pour la petite société. Pour autant, la cheffe d'entreprise n'a pas d'inquiétude à avoir sur les perspectives à long terme.

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« Nous travaillons dans des marchés de niche, avec des produits brevetés, des fournisseurs exclusifs que nous connaissons parfois depuis plus de vingt ans, nos relations ne vont pas changer du jour au lendemain », souffle la directrice.

Un frein pour se lancer sur le marché anglais

Car l'un des risques du Brexit est bien de freiner les échanges commerciaux avec des pays de l'Union européenne. « Avant, l'Angleterre était un marché test pour les entreprises qui visaient l'international. Il suffisait de créer un modèle pour ensuite le dupliquer à d'autres pays », se souvient Séverine Varet, fondatrice de la société Atout Export, basée à Maule. Depuis 2012, cette experte propose un accompagnement dans le développement international.

« C'est sûr que la situation actuelle va freiner l'envie de certaines boîtes de se lancer vers le marché anglais, tout comme il va y avoir une réticence à prospecter pour aller chercher des contrats, assure-t-elle. Finalement, celles qui vont continuer à travailler avec l'Angleterre sont celles qui le font déjà ou bien, celles qui travaillent avec des pays hors de l'Union européenne et qui connaissent déjà la lourdeur des formalités administratives. »