Espérance de vie : pourquoi Houdan est la ville où l’on vit le moins vieux dans les Yvelines

La commune cossue est prisée par de nombreux retraités. Paradoxalement, selon une étude, c’est là qu’on vivrait le moins longtemps dans le département, jusqu’à seulement 74,5 ans pour les hommes et 80,4 ans pour les femmes.

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 Houdan, samedi 13 février. Les personnes âgées croisées disent couler une retraite heureuse dans leur ville. Pourtant, l’espérance de vie y est de 6 ans à 6,5 ans plus courte  qu’ailleurs dans les Yvelines.
Houdan, samedi 13 février. Les personnes âgées croisées disent couler une retraite heureuse dans leur ville. Pourtant, l’espérance de vie y est de 6 ans à 6,5 ans plus courte qu’ailleurs dans les Yvelines. LP/Mehdi Gherdane

Du haut de ses 25 m, on peut apercevoir la flèche de la cathédrale de Chartres (Eure-et-Loir). Le donjon de Houdan est l'un des plus vieux monuments des Yvelines. Une longévité qui cogne pourtant avec une autre particularité de cette commune : c'est ici, semble-t-il, qu'on vit le moins vieux dans le département. L'espérance de vie y atteint 74,5 ans pour les hommes et 80,4 ans pour les femmes, soit respectivement 6,5 ans et 6 ans de moins que la moyenne départementale.

Nulle trace d'une usine polluante à proximité ou d'industrie qui aurait attaqué les corps de générations d'ouvriers. Ce grand village chic de 3 640 habitants est entouré de champs et d 'une zone économique pourvoyeuse d'emplois qualifiés qui fait la fierté des élus et des habitants.

Les maladies cardiovasculaires, première cause de décès

Selon les chiffres de l'étude menée par l'observatoire régional de santé, les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité dans cette commune où exercent six médecins généralistes. Un chiffre élevé par rapport à la moyenne départementale, qui affiche huit praticiens pour 10 000 habitants mais accuse une « baisse accentuée » depuis 2012, relève l'étude.

Pour trouver des spécialistes, les habitants peuvent se rendre dans le petit hôpital situé à l'entrée de la ville et qui accueille une douzaine de spécialités. Il faut aussi noter une forte prévalence du cancer, difficilement explicable car les « participations au dépistage et comportements préventifs » sont largement au-dessus de la moyenne régionale.

Dans les rues médiévales, où les commerces chics reçoivent, le week-end, nombre de Parisiens qui possèdent une résidence secondaire dans le secteur, on croise beaucoup de personnes âgées.

«Je suis étonnée, les banquets des anciens sont toujours pleins à craquer»

« Je suis étonnée de ces chiffres, confie Solange, une Houdanaise distinguée de 84 ans. Chaque année, les banquets des anciens sont toujours pleins à craquer. La ville fait beaucoup pour son public âgé. Il y a un hôpital, nous avons été vaccinés au début du mois et à chaque épisode de canicule, la mairie appelle chacun d'entre nous pour savoir si tout va bien. Tout est fait pour nous les vieux ! » rigole la vieille dame dynamique.

« J'ai habité un peu partout auparavant mais je suis venu ici pour mes vieux jours, enchaîne Bernard, 80 ans. Il y a tout à portée de main. Je n'ai pas besoin de voiture. Tous mes amis de mon âge sont heureux de vivre ici. Nous avons un hôpital à deux pas du centre-ville et je n'ai pas de souci à trouver un médecin. »

Un peu plus loin, à la sortie de l'épicerie fine, Jean-Louis, ancien comptable, émet une hypothèse pour expliquer ces « mauvais chiffres » « Dans un village comme le nôtre, il suffit d'une surmortalité subite et brutale comme une vague de chaleur pour vite faire baisser la longévité. C'est de la pure logique mathématique », ajoute celui qui a perdu, il y a quelques mois, un cousin en raison d'un cancer.

Chômage et petites retraites

Pourtant, derrière la carte postale, le donjon et les commerces réputés, Houdan affiche aussi quelques poches de pauvreté et le chômage ne s'arrête pas aux portes de la ville. Des anciens agriculteurs aux petites retraites qui basculent dans la misère, des salariés sans emploi qui reviennent vivre chez leurs parents… Ces facteurs sociaux pourraient expliquer l'évolution sanitaire de la ville.

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« La pauvreté est là, quand même, et peut-être plus forte qu'avant déclare un responsable de l'antenne locale des Restos du cœur. Nous croisons pas mal de mamies avec des petites retraites ou des familles monoparentales dans le besoin. Forcément, la santé paie les conséquences de ces difficultés sociales. Ce qui m'inquiète, ce sont les conséquences du Covid. Depuis un an, l'afflux de nouveaux venus est beaucoup plus fort chez nous. On en verra les conséquences sur les chiffres dans plusieurs années. »