Discours sur le séparatisme : aux Mureaux, la visite de Macron fait craindre la «stigmatisation»

Le Président est attendu ce vendredi dans les Yvelines, où il parlera du «séparatisme». Alors que certains se satisfont de ce choix, des habitants et des associations redoutent que l’image de la ville en pâtisse.

 Les Mureaux (Yvelines), mars 2017. Emmanuel Macron était venu faire sa campagne dans les quartiers populaires de la ville. Il y est revenu un an après pour visiter la médiathèque, en tant que Président cette fois.
Les Mureaux (Yvelines), mars 2017. Emmanuel Macron était venu faire sa campagne dans les quartiers populaires de la ville. Il y est revenu un an après pour visiter la médiathèque, en tant que Président cette fois. LP/Arnaud Journois

C'est sans doute l'un des discours les plus attendus du mandat d'Emmanuel Macron. Ce vendredi, le président de la République s'exprimera depuis Les Mureaux (Yvelines) sur le « séparatisme », cette notion qu'il a développée ces dernières semaines, la préférant au « communautarisme ». Cette visite n'est pas sans rappeler celle de Christophe Castaner, alors ministre de l'Intérieur, quand il était venu vanter, l'an dernier, l'exemple des Mureaux dans la lutte contre le communautarisme.

«Une ville laboratoire, une ville à solutions», selon le maire DVG

Et ce n'est pas un hasard si la ville a été choisie pour accueillir ce rendez-vous, elle qui compte 33 000 habitants et plus de 60 nationalités. Le maire (DVG), François Garay, en tire évidemment une certaine fierté. « Les Mureaux sont une ville laboratoire et une ville à solutions où de nombreux dispositifs sont mis en place en direction des enfants, des jeunes et des familles dans les domaines de la citoyenneté ou encore du respect de la règle afin de développer l'échange et de favoriser le vivre ensemble », souligne-t-il.

Quant au thème que prévoit d'aborder ce vendredi le chef de l'Etat, il n'alarme pas l'élu aux commandes de la ville depuis 2001. « Le fait qu'il prononce aux Mureaux un discours autour du séparatisme ne va pas cristalliser la commune et les habitants des cités sensibles, insiste François Garay. Nous ne sommes pas dans une démarche de victimisation. J'attends au contraire des mots forts sur les valeurs de la République. »

L'élu a déjà eu l'occasion de présenter une initiative de la ville à Emmanuel Macron en février 2018. Ce dernier avait été accueilli à la médiathèque dont le fonctionnement avait été jugé comme un exemple à suivre. Afin de permettre au plus grand nombre d'avoir un accès à la culture, l'équipement est ainsi ouvert le dimanche depuis 2009. Des aides aux devoirs pour les scolaires y sont même assurés.

«Les télés risquent d'en faire des tonnes sur l'islamisme»

Les habitants, eux, observent avec amusement cet intérêt subit pour leur commune, pas toujours mise en valeur dans les reportages télévisés. « Nous sommes évidemment flattés que le Président vienne chez nous », sourit l'un d'eux. Un autre s'amuse des « liens qui unissent le Président au maire François Garay » : « Ils sont potes, c'est sûr ! »

Revers de la médaille, la venue d'Emmanuel Macron promet d'attirer de nombreux médias, parmi lesquels des chaînes de télé qui n'ont pas la cote dans les quartiers. « Le risque, c'est que des chaînes du type BFM s'appuient sur cette visite pour en faire des tonnes sur l'islamisme aux Mureaux ou les terroristes qui soi-disant vivent dans nos quartiers », redoute une habitante de longue date.

Un déplacement qui fait «plus de mal que de bien» ?

Un point également redouté par des représentants associatifs qui se bougent tous les jours sur le terrain. « Je sais bien que le maire des Mureaux n'a pas d'autre choix que d'accepter cette visite présidentielle mais on n'a pas besoin de ça, c'est stigmatisant pour nous, regrette l'un d'entre eux. Nous savons qu'il y a encore des enjeux sur lesquels il faut travailler, notamment la dynamisation du tissu économique et social, mais il y a aussi des parcours de réussite et ce, à tous les niveaux. Mais on n'en parle pas : les médias viennent pour entendre parler d'islamisme. »

Un président d'association juge même que « cette visite fait plus de mal que de bien ». « Ça fait vingt ans que la ville essaye de faire évoluer son image mais le problème c'est qu'on nous renvoie toujours à nos vieux démons », soupire-t-il, un brin désabusé.

Un choix «maladroit» du Président selon l’opposition

Tout comme une partie des habitants et des associations de la ville, l’opposition municipale des Mureaux regrette aussi la thématique de cette visite présidentielle. « On aurait préféré que la venue du président de la République se porte sur un autre sujet, confie Agnès Etendard (DVG), membre de la liste « Agir aux Mureaux ». Là, ça stigmatise la ville sur un sujet grave. »

De son côté, Hervé Riou (DVD), le chef de file de la liste « Les Mureaux pour tous » trouve « dommage » que « les visites ministérielles aux Mureaux se portent souvent sur les questions de religion ». « Je me félicite que le Président prenne le sujet de l’islamisme à bras-le-corps mais quelque part, on se dit : c’est encore pour nous ! », regrette Hervé Riou.

Si Agnès Etendard comprend « les affinités qui lient le maire des Mureaux et le Président » selon elle, « la communauté musulmane peut pâtir de cette visite ». « Que nous ayons été choisis à la place de la commune de Lunel (NDLR : dans l’Hérault, qui fut un temps un foyer de jeunes partant en Syrie), c’est quand même assez surprenant », souffle l’ancienne candidate à l’élection municipale. « Dans notre département, ça aurait pu être Trappes. C’est une ville où il y a eu des départs pour le djihad, où la réalité est différente d’ici, mais Les Mureaux n’est pas connu pour ça. Pas du tout. A mon sens, c’est maladroit ! », assène l’élue.