Didier Lemaire, professeur à Trappes : «Je suis le révélateur d’un gros problème en France»

Une semaine après l’emballement médiatique autour de ce professeur de philosophie, Didier Lemaire revient sur ses propos sur la mouvance islamiste à Trappes. Malgré les critiques, celui qui n’enseignera plus au lycée se voit comme un «lanceur d’alerte».

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 En dénonçant dans de nombreux médias, comme ici sur LCI, l’emprise islamiste à Trappes, Didier Lemaire s’est fait de nombreux ennemis.
En dénonçant dans de nombreux médias, comme ici sur LCI, l’emprise islamiste à Trappes, Didier Lemaire s’est fait de nombreux ennemis. DR

Il a fait la une des médias toute la semaine. Ce lundi, Didier Lemaire s'exprime sur la polémique déclenchée par ses propos sur la mouvance islamiste à Trappes (Yvelines). Dans un article du magazine Le Point, le professeur de philosophie au lycée la Plaine-de-Neauphle racontait « la progression d'une emprise communautaire toujours plus forte » sur ses élèves. Placé sous escorte policière, il a ensuite été invité sur de nombreux plateaux télé et radios pour évoquer son quotidien.

Des propos contredits par le maire de la ville, Ali Rabeh (Génération. s), devenu à son tour la cible de menaces. La classe politique s'est ensuite affrontée toute la semaine, prenant parti soit pour le professeur de philosophie soit pour le maire de Trappes.

Etes-vous toujours enseignant ?

DIDIER LEMAIRE. Non, je ne retournerai pas au lycée de la Plaine-de-Neauphle, c'est impossible. J'adore enseigner mais aujourd'hui, pour ma sécurité, je ne peux plus. Maintenant, j'ai besoin de repos et de prendre du recul. Je ne sais pas encore ce que je vais faire, j'ai déjà reçu d'autres propositions d'emploi.

Vous avez fait la une des médias pendant toute une semaine, que pensez-vous de la proportion qu'a pris cette affaire ?

J'ai d'abord été surpris, je ne pensais pas que cette histoire ferait autant de bruit. Je n'ai pas eu l'impression d'avoir été dépassé par les événements, la droite m'a bien soutenu et je ne peux qu'être heureux de l'enjeu autour de moi, c'est le débat public. Je suis le révélateur d'un gros problème en France et si c'était à refaire, je le referais. Je me positionne comme un lanceur d'alerte, je suis enseignant et j'ai conscience d'une menace qui n'est pas seulement locale. On me l'a reproché mais je ne stigmatise pas Trappes, d'autres villes sont concernées par l'islamisme. Aujourd'hui, je suis en vacances loin de Paris et je reste très serein.

Certains de vos élèves ont été surpris, voire choqués, par vos propos sur les plateaux télé. Vous les comprenez ?

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Mon message ne leur était pas directement adressé. Depuis vingt ans que j'enseigne, ça s'est toujours globalement bien passé avec les élèves. Même après ma tribune dans L'Obs suite à l'assassinat de Samuel Paty, le climat était amical. Dans ma classe, l'hommage au professeur d'histoire-géo s'est bien passé mais ce n'est pas le cas partout au lycée, des collègues m'ont raconté les difficultés qu'ils avaient eues. Depuis 2016, je constate de plus en plus de lycéens dans une situation de duplicité. En classe, ils se comportent d'une certaine façon et dans le monde extérieur, ils adoptent une autre attitude. Ils ne sont pas nombreux mais je ne connaissais pas ça avant. Et puis, d'une classe à l'autre, l'ambiance peut être très différente, j'ai des classes où toutes les filles sont voilées et d'autres pas du tout. En tout cas, je constate un renforcement de l'emprise salafiste sur les consciences.

Vous qui enseignez à Trappes depuis vingt ans, quels changements constatez-vous dans la ville ?

Ça va mieux à Trappes. Avant, si je garais ma voiture devant le lycée, je risquais de la retrouver désossée à la fin de la journée. Il y avait certains quartiers où je me sentais en danger. Aujourd'hui, la ville est propre, on s'y sent davantage en sécurité mais j'observe que le vivier idéologique, notamment le sentiment de ne pas être Français, est beaucoup plus fort qu'avant. Attention, il ne faut pas généraliser non plus, il y a aussi beaucoup de gens intégrés et qui adhèrent aux valeurs de la République à Trappes.

Vous avez expliqué qu'à Trappes, il n'y avait pas de coiffeurs mixtes et que les cafés étaient interdits aux femmes. Des propos démentis fermement par le maire Ali Rabeh. Vous les maintenez toujours ?

Je reconnais que j'ai pu faire des erreurs factuelles. Sur les fiches S, je n'ai pas vérifié par moi-même, je me suis basé sur une enquête du journal Le Figaro. Même si j'ai commis des inexactitudes, ça ne remet pas en cause les faits : la menace islamiste est bien présente à Trappes. J'ai dit vrai sur le fond.