Dette et présumés «emplois fictifs», la gestion de Mantes-la-Jolie passée au crible

Les magistrats de la chambre régionale des comptes saluent la bonne gestion financière de la ville mais relèvent également quelques zones d’ombre.

 Mantes-la-Jolie, lundi. « Je paie un loyer pour cette voiture », se défend le député Michel Vialay (LR, à droite) quand il est interrogé sur le fait d’avoir gardé le véhicule qu’il utilisait quand il était maire.
Mantes-la-Jolie, lundi. « Je paie un loyer pour cette voiture », se défend le député Michel Vialay (LR, à droite) quand il est interrogé sur le fait d’avoir gardé le véhicule qu’il utilisait quand il était maire. LP/Mehdi Gherdane

Mantes-la-Jolie se porte mieux. C'est en tout cas l'avis de la chambre régionale des comptes qui s'est penchée pendant dix-huit mois sur les finances de la commune et sur son utilisation de l'argent public. Un vrai soulagement quand on sait qu'il y a dix ans, la ville, criblée par la dette, était menacée d'une mise sous tutelle.

Bien que favorable à la gestion des affaires par la municipalité, le rapport des magistrats relève quelques points nébuleux sur lesquels les élus ont voulu s'expliquer. Ces interrogations avaient notamment été soulevées lors du dernier conseil municipal, lundi, par le conseiller d'opposition communiste Marc Jammet.

La dette enfin maîtrisée. C'est la meilleure nouvelle de ce rapport d'une centaine de pages : la situation financière de la ville s'est considérablement améliorée. La dette reste élevée mais largement maîtrisée. En 2009, elle dépassait 90 millions d'euros. Fin 2018, elle s'élève, relèvent les magistrats, à 62,3 millions d'euros et à 52 millions d'euros aujourd'hui. Soit près de 3 millions d'euros de moins chaque année. Les placements à risques, avec emprunts à taux variables, ont été effacés. Un petit exploit alors que les dotations de l'Etat baissent régulièrement, incitant les collectivités à recourir à l'emprunt.

Cette amélioration a une conséquence directe pour les habitants : moins de dette, c'est plus de marges de manœuvre pour investir dans les équipements publics futurs.

Une situation sociale qui s'améliore. C'est aussi note positive : bien que Mantes-la-Jolie reste une ville défavorisée, avec un taux de pauvreté de 32,5 % qui la place au même niveau que Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ou Sarcelles (Val-d'Oise), les indicateurs sociaux ont cessé de se dégrader.

À titre d'exemple, le taux de séropositivité a chuté, passant de 7,4 % en 2015 à 1,5 % en 2019, le taux d'obésité a baissé de trois points et la cour des comptes souligne l'augmentation importante du dépistage du cancer du sein.

Des progressions qui dépassent évidemment le champ de compétence municipal mais qui s'expliquent, aussi, par « l'offre de services diversifiée » proposée à la population : campagne de dépistage du diabète, du sida, ateliers santé…

La chambre régionale des comptes profite toutefois du chapitre pour déplorer l'absence d'un « centre municipal de santé » au coût modeste, de l'ordre de 2 M€.

Un «cabinet noir» ? Les spécialistes qui ont étudié le dossier s'interrogent sur le travail de « six agents d'intervention et de médiation » de la ville : « situation insolite », « ne se rendent jamais dans les locaux du service prévention »… Avec beaucoup de prudence, les auteurs du rapport se demandent si ces agents réalisent bien le travail pour lequel ils sont payés.

La ville coupe : « Ce n'est ni un cabinet noir, ni des emplois fictifs ». « Ces personnes ont une utilité, défend le maire Raphaël Cognet (LR). Ils ont juste un fonctionnement différent car leur mission nécessite une extrême souplesse. Ils peuvent intervenir à n'importe quelle heure sur des terrains très compliqués. Ils me rendent compte en direct avec des horaires décalés ».

« Dans une ville comme la nôtre, ce type d'agent est parfois indispensable : ils connaissent mieux les différents équilibres du quartier que la police et permettent de nous alerter en amont », abonde-t-on en mairie. Une enquête avait été ouverte par la police judiciaire en 2018 sur ce sujet mais elle n'a pas abouti.

Le député épinglé pour une voiture. L'ancien maire Michel Vialay (LR) est critiqué pour avoir conservé la voiture qu'il utilisait lorsqu'il était en fonction, avant de devenir député en 2017. Une accusation un peu hâtive selon lui : « Ce n'est pas une mise à disposition gratuite, se défend le parlementaire. Je paie un loyer comme un leasing et une convention a été signée. Je l'utilise le week-end car nous travaillons aussi ces jours-là! »