Les bonnes recettes d’un «petit patron» des Yvelines pour survivre en temps de crise

L’entreprise GED spécialisée dans l’électricité basée à Mantes-la-Ville, traverse la récession sans difficulté. Son président nous dévoile les petits secrets de sa réussite.

 Mantes-la-Ville, lundi. Laurent Saint-Denis a commencé comme électricien en  1981 avant d’en devenir le président, Marie-Pierre Amer a débuté comme stagiaire il y a 25 ans avant d’être DRH. Ils n’ont, depuis, pas quitté cette entreprise qui résiste incroyablement bien à la crise.
Mantes-la-Ville, lundi. Laurent Saint-Denis a commencé comme électricien en 1981 avant d’en devenir le président, Marie-Pierre Amer a débuté comme stagiaire il y a 25 ans avant d’être DRH. Ils n’ont, depuis, pas quitté cette entreprise qui résiste incroyablement bien à la crise. LP/Mehdi Gherdane

La crise? Mais quelle crise? Alors que les mauvaises nouvelles se succèdent sur le front économique, que le chômage explose et que des milliers d'entreprises sont menacées de faillite, une PME locale traverse cette zone de turbulences avec une insolente réussite.

À Mantes-la-Ville, le groupe GED semble imperméable à la conjoncture. Un seul chiffre résume tous les discours : « Avant le Covid nous étions à 25 millions d'euros de commandes. Aujourd'hui, nous en sommes à 26 M€ », glisse, Laurent Saint-Denis, président de cette entreprise spécialisée dans l'électricité industrielle.

Depuis le bureau de la zone de la Vaucouleurs où il est installé, ce patron hyperactif se confie sans fanfaronner. Près de lui, Marie-Pierre Amer, la DRG de ce groupe qui compte 280 salariés dans le département enchaîne : « Nous embauchons, notamment des apprentis. Rien qu'en septembre, nous en avons pris 19. Nous continuons à rechercher de la main-d'œuvre et nos employés sont même encourager à nous aider : s'ils nous présentent un candidat que nous embauchons, ils touchent une prime. »

À les entendre, ce succès ne doit rien au hasard. Tous deux ont accepté d'évoquer ce qui, selon eux, explique cette réussite et leur permet de résister aujourd'hui à la tempête.

Rester proche du terrain

C'est un conseil très simple à mettre en pratique. Quand le « grand patron » est proche des clients, la crédibilité de l'entreprise s'en trouve renforcée, surtout en cas de turbulences. « Ma présence les rassure, convient Laurent Saint-Denis. En cette période compliquée, les fournisseurs sont plus vigilants, par crainte de ne pas être payés, et nos clients, plus méfiants, par crainte que le chantier n'aboutisse pas. Alors je vais à leur rencontre. Je peux, devant eux, appeler la banque pour leur fournir en quelques minutes les garanties nécessaires ou contacter mes services pour obtenir un document. Ils sont tout de suite rassurés. »

Cette présence est renforcée par le savoir-faire du président : Laurent Saint-Denis est entré dans l'entreprise à 19 ans avec un simple BEP d'électricien. « Aujourd'hui, il pourrait intervenir sur une installation. Forcément, ça met en confiance », assure Marie-Pierre Amer.

« Nous versons une prime à nos salariés qui nous permettent d’embaucher », explique la DRH. LP/Mehdi Gherdane
« Nous versons une prime à nos salariés qui nous permettent d’embaucher », explique la DRH. LP/Mehdi Gherdane  

Diversifier son activité

Ne pas dépendre d'un seul client, d'une seule commande : c'est l'obsession de la direction de l'entreprise depuis des années. Et cette stratégie paie aujourd'hui.

Les sous-traitants de l'usine Renault de Flins-sur-Seine peuvent en témoigner, eux qui n'ont pour seul client que la marque au losange et sont désormais menacés de fermeture. Pour éviter cette situation d'hyper-dépendance, GED a misé sur plusieurs activités : le groupe intervient aussi bien sur des pompes industrielles uniques au monde que sur le chauffage au sol du centre d'entraînement du PSG au Camp des Loges ou des salles d'opérations chirurgicales. Ses salariés peuvent aussi travailler sur les installations d'un petit commerce mantais.

Ne pas «se goinfrer»

C'est aussi une évidence, pourtant parfois oubliée par les patrons gourmands et avides de bénéfices : « En période faste, on en profite pour faire de la trésorerie, lâche le président. Les bonnes années, on se crée un matelas qui nous permet d'acquérir une indépendance financière. En période de crise, cela nous permet de nous passer des banques qui sont forcément plus frileuses. »

Une stratégie qui répond, comme un écho, à la colère des petits patrons. Beaucoup d'entre eux dénoncent les obstacles dressés par les établissements bancaires qui rechignent à prêter de l'argent, en dépit de taux de financement historiquement bas.

Ces autres secteurs qui résistent

En ces mois de grisaille, on peut aussi voir les quelques coins de ciel bleu. La réussite de GED n’est pas exceptionnelle. Certains secteurs, certaines entreprises s’en sortent également. À Sartrouville, KB Medica a inauguré il y a seulement quelques jours sa chaîne de montage de… masques chirurgicaux. C’est tout simple, assez évident, finalement, mais il fallait y penser. Ses deux jeunes patrons espèrent en produire plusieurs millions par semaine avec un credo : miser sur la qualité du Made in France. Soudures des élastiques plus solides, matière pus résistante… Ces détails doivent permettre de faire la différence sur un marché extrêmement concurrentiel.

Autre secteur, autre succès : les produits locaux. Le Covid a encouragé beaucoup de Français à s’intéresser aux fromages, à la viande ou à la bière fabriqués près de chez eux. Après le déconfinement, ce réflexe est devenu une habitude et certains commerces de proximité ont connu une hausse notable des ventes. Une tendance qui devra, toutefois, s’affirmer sur le long terme.

Enfin, toutes les applications qui profitent du recroquevillement des Français et de leur peur de sortir tirent leur épingle du jeu comme les services de livraison à domicile. Les coiffeuses ou les esthéticiennes qui se déplacent chez leurs clients ont, elles aussi, réussi à traverser la crise sans trop de dégâts.