Conflits de voisinage : dans les villages, fini les plaintes contre le chant du coq ou le son des cloches

Alors que l’arrivée de nouveaux habitants venus de la ville cause parfois un choc des cultures, les maires d’Ile-de-France et de l’Oise peuvent s’appuyer sur la loi qui défend le «patrimoine sensoriel des campagnes».

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 Saint-Hilarion (Yvelines), vendredi. «En zone rurale, les cloches font partie de notre patrimoine», estime Jean-Claude Batteux, le maire (SE).
Saint-Hilarion (Yvelines), vendredi. «En zone rurale, les cloches font partie de notre patrimoine», estime Jean-Claude Batteux, le maire (SE). LP/Jeanne Cassard

Un petit havre de paix à la frontière des Yvelines et de l'Eure-et-Loir. Au nord, les arbres de la forêt de Rambouillet, au sud, les champs à perte de vue de la Beauce. Et au milieu, Saint-Hilarion, village de 1000 âmes avec une école, de rares commerces et une église du XIIe siècle. L'impression d'être en province, à 55 kilomètres de Paris.

« Mais ici, avertit le maire (SE), Jean-Claude Batteux, ce n'est pas seulement l'air pur et le chant des oiseaux. La campagne c'est aussi du bruit. » Notamment les cloches de l'église. Comme dans beaucoup de villages, à Saint-Hilarion, elles sonnent toutes les demi-heures, et pour la prière de l'angélus trois fois par jour.

Les élus obligés de trouver des compromis

Mais le tintement n'est pas au goût de tout le monde et il y a un mois, un habitant s'est plaint auprès du maire. « Il m'a expliqué qu'il n'arrivait pas à dormir, que c'était insupportable et qu'il fallait que ça cesse », se souvient Jean-Claude Batteux. Conciliant, l'élu essaie de trouver un compromis et décide de faire cesser le bruit la nuit. Pas suffisant, selon cet habitant qui souhaite aussi l'arrêt de l'angélus le samedi matin.

« Je lui ai parlé de la nouvelle loi sur le patrimoine sensoriel des campagnes et le différend s'est arrêté net. » Depuis cette loi, promulguée fin janvier, les sons et odeurs des campagnes françaises ne peuvent plus être la cause de plainte pour « troubles anormaux du voisinage ».

« L'église fonctionne surtout pour les enterrements, ce serait malheureux d'entendre les cloches seulement dans ces moments-là ! » souffle l'élu, habitant du village depuis trente ans. Pour lui, « en zone rurale, les cloches font partie de notre patrimoine ».

Davantage de «néoruraux» depuis le confinement

Le riverain mécontent habite à Saint-Hilarion depuis un moment mais le maire le constate, l'arrivée d'urbains depuis le premier confinement a renforcé ce genre de désaccords entre voisins. Soixante familles de région parisienne, de Rambouillet et de l'Eure-et-Loir se sont installées dans le village depuis quatre ans.

« Nous sommes ravis d'accueillir les nouveaux habitants mais certains ne prennent pas la peine de venir se présenter en mairie. » Et ça, dans un village, ça compte. Car se connaître permet de prévenir certains conflits : « Plus les gens se parlent entre eux, moins il y a moins de démêlés. »

Trente-six familles ont posé leurs valises à Orphin depuis le premier confinement. LP/Jeanne Cassard
Trente-six familles ont posé leurs valises à Orphin depuis le premier confinement. LP/Jeanne Cassard  

A 10 kilomètres de là, à Orphin, Janny Demichelis a également vu arriver du monde. Trente-six familles ont posé leurs valises dans le village de 1000 personnes depuis le premier confinement. « Enchantée » de voir arriver des couples avec de jeunes enfants, la maire (SE) doit aussi arbitrer davantage de conflits de voisinage.

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Lorsqu'elle entend des habitants se plaindre du bruit des moissonneuses dans les champs l'été, ça finit par l'amuser : « Ici, il y a des exploitations agricoles et en juillet-août, c'est la période des moissons. Point barre. »

Plus d'une fois par mois, Janny Demichelis règle des « détails du quotidien ». Des histoires de coqs qui chantent trop fort, d'arbres trop hauts, de chiens qui aboient… Après vingt ans à la mairie, elle est rompue à l'exercice : « Essayer d'arrondir les angles, c'est mon métier. » Et puis ces querelles « ne vont jamais loin ».

Mais parfois, elle le reconnaît, « il faut réussir à garder son calme ». Comme l'an dernier où un homme cherche à s'installer à Orphin mais ne supporte pas le bruit des cloches. Après s'être plaint à la mairie, il s'adresse au curé qui lui rétorque que celles-ci « font partie de la vie du village ». Il n'a finalement pas acheté dans la commune.

Une autre fois, c'est un riverain qui ne tolère plus le coq trop matinal du voisin. La maire lui explique qu'« à la campagne, il y a des animaux ». Lorsque c'est trop, elle finit par répondre : « Vous auriez dû choisir le Larzac. » Car, pour Janny Demichelis, « c'est un privilège d'habiter ici et lorsque l'on a un privilège, on ne râle pas ».

EN 2008, UN COQ CONDAMNÉ A MORT

L'affaire avait fait le tour du monde en 2008. Elle semblait pourtant banale à ses débuts : une habitante de Drocourt, un village du Vexin, s'était plainte des chants intempestifs de Coco, le coq de son voisin, agriculteur.

Mais le juge du tribunal de police de Mantes-la-Jolie avait pris une décision inédite : il avait demandé au propriétaire de Coco de faire taire son animal dans un délai d'un mois. En cas de non-respect de la décision, l'animal devait être tué et la preuve devait en être apportée par une attestation du maire du village. Une condamnation à mort, jamais vue et qui avait suscité la curiosité des médias du monde entier.

Sans doute dépassé par l'ampleur du battage médiatique et d'une possible annulation du jugement, le magistrat était finalement revenu sur la sentence et Coco avait sauvé sa tête.