«Ce n’est pas grave si ça vient de la poubelle» : étudiants dans les Yvelines, ils peinent à manger

Des étudiants de l’université de Saint-Quentin-en-Yvelines s’organisent pour distribuer de la nourriture issue des poubelles à tous ceux qui en ont besoin.

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 Des légumes récupérés dans des poubelles sont donnés à des étudiants en difficulté.
Des légumes récupérés dans des poubelles sont donnés à des étudiants en difficulté. LP/Virginie Wéber

Des cagettes de légumes investissent le hall de l'université. Pommes de terre, carottes, navets, salades, avocats, tout est gratuit et accessible sans condition. La crise sanitaire est dévastatrice pour les étudiants au point que des jeunes de l'université Paris-Saclay font les poubelles pour ensuite redistribuer la nourriture à ceux qui en ont besoin.

« On sait qu'on n'a pas tellement le droit de faire ça sur le campus, la direction ne serait pas d'accord, mais si ça peut aider, souffle Ludovic (le prénom a été modifié), l'un des organisateurs de l'opération. C'est aussi une manière de montrer que des aliments sont jetés dans des bennes alors qu'ils peuvent encore servir. »

«Ce n'est pas facile de manger»

Récupérés dans des bennes à ordures de magasins alimentaires, les légumes sont ensuite proposés aux résidents des cités universitaires. Etudiante dans les Yvelines, Jeanne (le prénom a été modifié) fréquente habituellement l'épicerie sociale de la fac. « C'est pratique parce que ça permet d'avoir des aliments pas chers », raconte la jeune femme, qui accumule au fond de son panier des courgettes, de la salade, de l'ail et du céleri. Et peu importe si ça provient de la benne.

« Je suis venue parce que ce n'est pas facile de manger, confie-t-elle. Ce n'est pas grave si ça vient de la poubelle, tant que je mange. » Pourtant, son panier n'est guère rempli. « Je préfère en laisser pour tout le monde. » Près du stand installé à la hâte, certains jeunes engagés dans des associations expliquent avoir identifié des besoins « sur les campus de Vélizy, Versailles et Rambouillet ».

Une aide qui répond à un manque

« Certains pourraient se dire que ce n'est pas digne de proposer de la nourriture issue des poubelles mais bon, on s'en fiche. La preuve, ça part », estime une organisatrice. Visiblement un peu gêné, Tristan (le prénom a été modifié) remplit son sac en papier de légumes. « Ça va me faire la semaine », sourit le jeune homme, davantage habitué à manger des pâtes. L'espace dédié aux paquets de pâtes et de riz s'est vidé à une vitesse folle. C'est l'épicerie sociale qui les a fournis tout comme les viennoiseries, les compotes et les savons.

Face à la précarisation du monde étudiant, le chef de l'Etat a annoncé jeudi dernier la généralisation des repas à 1 euro, deux fois par jour, dans les restaurants universitaires. Problème : un site sur deux est actuellement fermé en France.

« Deux repas par jour à 1 euro, mais dans les Yvelines les restaurants universitaires ne sont pas ouverts le soir », regrette l'union des étudiants des Yvelines, qui milite pour la généralisation des bourses. A Guyancourt, il est possible de récupérer le midi deux paniers repas pour 1 euro chacun.

Toutes les résidences universitaires touchées

Bien habitué à investir le terrain de la pauvreté, le Secours populaire des Yvelines n'est guère étonné par la situation de crise sociale vécue actuellement par de nombreux étudiants.

Près de 300 colis alimentaires ont déjà été distribués depuis le premier confinement dans sept résidences universitaires réparties sur Buc, Elancourt, Guyancourt, Versailles et Viroflay. Un partenariat est aussi à l'étude avec le Crous de Versailles.

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Jusqu'à fin mars, l'association propose également aux étudiants près de 3100 paniers alimentaires. Offerts par Sycomore Asset Management, ils sont disponibles via l'application Too Good to Go qui propose des paniers alimentaires de produits invendus.

« Pour en bénéficier, il faut remplir certaines conditions : étudier dans les Yvelines, peu importe son lieu d'habitation, ou étudier ailleurs mais habiter dans les Yvelines », ajoute Lénica Vautier, salariée de l'association. Plus de 250 demandes ont déjà été validées en moins d'une semaine.

Difficile de quantifier le nombre d'étudiants concernés

Pour venir en aide aux populations isolées comme les étudiants, l'association a aussi commandé un « solidaribus ». Ce camion aménagé doit permettre de toucher un public qui ne pousse pas les portes des antennes, parfois par manque de mobilité, et d'apporter de l'aide aux personnes qui en ont ainsi besoin mais qui ne le disent pas. Sa livraison est attendue fin mars.

« Le problème, c'est qu'on a vraiment du mal à identifier et à quantifier les étudiants qui ont besoin d'une aide alimentaire », confie Lénica Vautier. Il faut dire qu'en Ile-de-France, beaucoup d'étudiants restent chez leurs parents le temps de leurs études. « Ça ne veut pas dire qu'ils n'ont pas besoin d'aide, ça veut juste dire que la précarité est familiale », précise Lénica.

Quant à ceux qui résident en chambre universitaire, ils sont difficilement visibles pour l'association. « En France, il y a un cliché difficile à déconstruire, c'est celui de l'étudiant qui galère, c'est presque normal pour un étudiant de galérer. Donc lorsqu'ils viennent nous voir, ça veut dire qu'ils sont vraiment dans une situation critique. »