Bus incendiés : peur et colère à Sartrouville

Les usagers et conducteurs de bus, particulièrement ceux de la ligne 272 qui relie les gares d’Argenteuil (Val-d’Oise) et de Sartrouville (Yvelines), sont à bout. Le maire a demandé l’arrêt de la ligne en soirée. Des discussions sont prévues ce vendredi.

 Sartrouville, mercredi. Dès la nuit tombée, les conducteurs, qui ne passent plus par la cité des Indes, sont de plus en plus angoissés.
Sartrouville, mercredi. Dès la nuit tombée, les conducteurs, qui ne passent plus par la cité des Indes, sont de plus en plus angoissés. LP/Élie Julien

A la nuit tombée ce mercredi soir, à l'arrêt de bus Charles-de-Gaulle de Sartrouville (Yvelines), un drôle de manège se met en place. Les usagers de la ligne de bus 272, qui relie les gares d'Argenteuil (Val-d'Oise) et de Sartrouville, descendent par dizaines. Et remontent, parfois sans être certains de leur itinéraire, dans le bus de la ligne 9 qui suit.

«Depuis plus de deux semaines, les bus ne passent plus dans la cité des Indes dès qu'il fait nuit. Alors je prends la ligne 9 pour me rapprocher mais je dois encore marcher 25 minutes pour rentrer chez moi», raconte ce jeune homme travaillant à Vélizy.

A l'origine de cette décision, qui impacte de nombreux habitants de Sartrouville, l'incendie de deux bus en trois semaines sur cette ligne de bus. Un premier le soir d'Halloween, qui a entraîné cette modification de parcours depuis, un second dans la nuit de dimanche à lundi dernier, qui, lui, amplifie les inquiétudes.

«Cela fait douze ans que je vis dans la cité des Indes, on est des milliers là-bas. Depuis cinq ans, la situation est de plus en plus chaude. Maintenant, c'est nous que ça pénalise», résume Robert, en attente de la ligne 9, à quelques mètres d'où le second bus de la RATP a été enflammé dimanche.

«Je mets une heure de plus tous les jours»

«C'est incroyable de devoir faire ça. Je pars de chez moi à 7 heures le matin et ne rentre pas avant 19h30. Je mets une heure de plus tous les jours, c'est navrant», cet agent dans un ministère à Suresnes (Hauts-de-Seine).

Du côté des chauffeurs, le discours n'est guère plus optimiste. «J'ai vu la ligne se dégrader. Cela fait trente ans que je travaille dans ce secteur, les gosses, j'ai pu les voir grandir. Aujourd'hui ils ne savent plus quoi faire et donc s'attaquent à nous, déplore Fabien. Quand j'embrasse ma femme en partant prendre mon service, je ne sais pas si je la reverrai le soir…»

Il est 19 heures, les bus ne vont déjà plus dans la cité des Indes. Le conducteur du bus suivant, Karim, est lui aussi fataliste. «Même si je viens d'ici, même si je suis habitué, je trouve que toutes ces agressions deviennent inquiétantes», reconnaît-il derrière son masque. « On a toujours cette pointe d'adrénaline quand on passe devant, comme dans toutes les cités. Mais je crois que ce ne sont que des petits cons (sic) qui ne réfléchissent pas. Cela ne va pas durer», estime, lui, Mohamed, également au volant d'un bus de la ligne 272.

Le maire veut la suppression du service de nuit

Lundi matin, le maire Pierre Fond (LR) avait demandé au transporteur Transdev et à la RATP, qui se partagent l'exploitation, de suspendre le trafic de nuit entre 22 heures et 5 heures du matin. «J'attends qu'on me démontre que ce service de nuit est vraiment utile en plein confinement car je constate que les bus circulent à vide», explique Pierre Fond. Les syndicats de la RATP sont opposés à la suspension de la ligne la nuit défendant le principe «d'un service à la population». Une première réunion entre la RATP et Transdev s'est tenue lundi. Une autre est prévue ce vendredi avec la réduction du service à nouveau à l'ordre du jour.

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Selon Pierre Fond, ces actes délictuels s'inscriraient dans un phénomène Francilien. «Si on ajoute Argenteuil, ce serait le quatrième ou cinquième bus incendié depuis le début de l'année», dénombre l'élu qui juge la situation «intolérable». Du côté des enquêteurs ou sur les réseaux sociaux, la crainte d'un défi entre cités plane, mais rien ne permet pour l'instant de confirmer cette hypothèse. En attendant, le service de nuit est maintenu.

Et à Sartrouville, la proposition choc du maire fait débat. Si Marine écrit sur Facebook qu'elle est «d'accord avec le maire, qu'il faut protéger les chauffeurs, quitte à mettre des minibus», d'autres s'y opposent pour diverses raisons. «Si l'on supprime cette ligne, ce sera une autre après», lâche Colette. «C'est bien dommage pour ceux qui en ont besoin…» s'exaspère Glawdys quand Stéphanie veut carrément « écrire collectivement au maire pour s'y opposer».