Attentat de Conflans : une marche blanche dans la douleur et l’incompréhension

Près de 6000 personnes se sont réunies à Conflans-Sainte-Honorine, ce mardi soir, devant le collège du Bois-d’Aulne où enseignait Samuel Paty. Un hommage poignant au professeur d’histoire, assassiné vendredi.

 Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 20 octobre 2020. La ville avait appelé à une marche blanche en hommage à Samuel Paty, professeur assassiné vendredi soir aux abords de son collège.
Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 20 octobre 2020. La ville avait appelé à une marche blanche en hommage à Samuel Paty, professeur assassiné vendredi soir aux abords de son collège. LP/Valentin Cebron

Et soudain la pluie s'est arrêtée. Il est 18 h 34 quand une salve d'applaudissements résonne dans le ciel sombre de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Dans le cortège immobile regroupé devant le collège du Bois-d'Aulne, les milliers de personnes qui ont fait le déplacement ce mardi marquent plusieurs minutes de silence.

Les visages sont graves, tristes et parfois fatigués. Tous ont à l'esprit le visage de Samuel Paty. Ce professeur, ce collègue, cette connaissance dont le sauvage assassinat vendredi dernier, dans l'enceinte de ce même collège, a fait de cet homme de 47 ans un héros de l'école républicaine.

Alors qu'une cérémonie nationale est prévue ce mercredi soir à la Sorbonne, à Paris, c'est probablement le plus symbolique des hommages qui était rendu à la victime ce mardi soir dans cette ville de 35 000 habitants.

«Ma présence, aussi minime soit-elle, est pour la famille»

Dans les rangs de cette marche blanche organisée à Conflans-Sainte-Honorine par la municipalité, s'étaient joints le personnel éducatif et les parents d'élèves. Avec pour point de départ là où tout s'est arrêté.

VIDÉO. 6000 personnes rassemblées à Conflans-Saint-Honorine

Près de 6000 personnes, dont un grand nombre d'habitants de la ville, ont rejoint le cortège. Comme Barbara, « maman, citoyenne et enseignante » qui se « devait d'être là » et « heureuse de voir tout ce monde derrière le corps enseignant ». Mais aussi Sabine, 13 ans, scolarisée au collège. Et sa grande sœur Basma, qui l'était il y a encore quelques années. Toutes les deux « choquées », elles sont allées pousser la porte de la cellule psychologique. « Et aujourd'hui, nous voulions montrer notre soutien à tous ceux qui ont été touchés par ce drame », confie Basma.

Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 20 octobre 2020. Près de 6000 personnes se sont réunies devant le collège du Bois-d’Aulne. LP/Valentin Cebron
Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 20 octobre 2020. Près de 6000 personnes se sont réunies devant le collège du Bois-d’Aulne. LP/Valentin Cebron  

Ce soutien, certains sont venus en témoigner de plus loin. A l'image de Stéphane, venu de Chantilly, dans l'Oise. « Ma présence, aussi minime soit-elle, est pour la famille, les collègues, les amis de la victime, explique-t-il. Aujourd'hui, on ne peut plus fermer les yeux. Nous sommes en France et il faut défendre la liberté d'expression et de la presse. On se doit d'être là en tant que citoyen, c'est trop important. »

«Ils veulent diviser, créer la peur»

Chez d'autres, le recueillement laisse place à la colère. Echarpe tricolore autour du cou, Abderrazek s'exclame : « Ça suffit la barbarie, aujourd'hui tout le monde doit dire : Plus jamais ça! » Plus loin, un homme arbore une pancarte où est écrit « Je suis Samuel ». Habitant de Conflans et de confession musulmane, il s'énerve, presque résigné. « Ils veulent diviser et créer la peur. Et bien ils ont réussi », se lamente-t-il.

Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 20 octobre 2020. De nombreuses personnes sont venues avec des messages inscrits sur des pancartes. LP/Valentin Cebron
Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 20 octobre 2020. De nombreuses personnes sont venues avec des messages inscrits sur des pancartes. LP/Valentin Cebron  

La colère, c'est aussi celle du corps enseignant. Comme Bruno, professeur des écoles présent « pour soutenir les collègues ». « Le problème est qu'il n'a pas du tout été soutenu, accompagné. Il y a déjà des enseignants qui se prenaient des coups de couteau. Il faut attendre un meurtre horrible comme celui-ci pour que ça change ? C'est dramatique. »

Plus tôt dans la journée, des collègues de Samuel Paty ont par ailleurs exprimé leur « vive inquiétude face à l'impact des réseaux sociaux ». « La rapidité avec laquelle l'information est diffusée au plus grand nombre et son aspect irréversible sont un véritable fléau dans l'exercice de notre métier », affirme leur communiqué.

Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 20 octobre 2020. Laurent Brosse, le maire de Conflans (au centre), en pleurs, est entouré de Valérie Pécresse, la présidente de la région, et de Nadia Hai, la ministre de la Ville. LP/Valentin Cebron
Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 20 octobre 2020. Laurent Brosse, le maire de Conflans (au centre), en pleurs, est entouré de Valérie Pécresse, la présidente de la région, et de Nadia Hai, la ministre de la Ville. LP/Valentin Cebron  

A l'issue de la manifestation, à laquelle Jean-Paul Huchon et Valérie Pécresse ont défilé côte à côte, le maire (DVD) de la commune, Laurent Brosse, a pris la parole. « L'incompréhension, le désarroi, la colère se succèdent et se mélangent », a-t-il commencé son discours, avant de rappeler l'importance de la liberté d'expression : « C'est le pilier de notre démocratie. C'est cette même liberté que Samuel Paty enseignait au sein de l'école de la République pour lutter contre l'obscurantisme. » Et l'élu de marteler : « Nous ne céderons pas cette liberté devant le terrorisme. Nous le devons à Samuel Paty. »

Un registre remis à la famille

Plus tôt, Laurent Brosse nous confiait s'émouvoir des « témoignages de Conflanais ». Un registre, qui sera donné à la famille de Samuel Paty, a été mis à disposition à l'accueil de l'hôtel de ville. Une cellule psychologique a également été déployée. « Elle est malheureusement très sollicitée », fait savoir l'élu, sachant ses concitoyens « très, très touchés ».

En plus des hommages qui se multiplient ces jours-ci aux quatre coins du pays, il reçoit tous les jours des messages de soutien en nombre, parfois venant de l'autre côté de l'Atlantique, à l'image d'une municipalité du Québec. « Pour nous, c'est très important de se sentir soutenus, appuie-t-il. Aujourd'hui, c'est toute une ville qui en a besoin. »