Attaque de Conflans : les Yvelines veulent rebaptiser le collège du nom de Samuel Paty

Alors que les hommages se multiplient, le conseil départemental propose de rebaptiser l’établissement du Bois-d’Aulne du nom du professeur assassiné vendredi, pour que «personne n’oublie jamais ce drame».

 Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 18 octobre 2020. Devant le collège du Bois-d’Aulne, de nombreux citoyens sont venus déposer des fleurs et des messages.
Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 18 octobre 2020. Devant le collège du Bois-d’Aulne, de nombreux citoyens sont venus déposer des fleurs et des messages. LP/Laurent Mauron

Le flot est encore ininterrompu, en ce dimanche matin et malgré la brume ambiante, devant le collège du Bois-d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). C'est à deux pas de là que, vendredi soir, Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, a payé de sa vie, lors d'un attentat terroriste, le fait de vouloir délivrer un cours d'Education morale et civique (EMC) en montrant les caricatures de Mahomet à ses élèves de 4 e.

L'entrée du collège est jonchée de fleurs et de messages posés ça et là, contre le mur. Les témoins se recueillent en silence devant cet autel impromptu, à quelques mètres de policiers lourdement armés. Tous expriment, sans ambages, la solidarité avec la famille du défunt et les enseignants exposés en première ligne par ce drame. Beaucoup repartent les yeux chargés de larmes.

En fin de matinée, le conseil départemental des Yvelines, en charge de la gestion des collèges, propose officiellement de rebaptiser l'établissement du Bois-d'Aulne du nom de Samuel Paty pour que « personne n'oublie jamais ce drame ». « La liberté d'expression est l'un des socles de notre République. Il est de notre devoir de continuer à la défendre coûte que coûte et de ne jamais céder face à la barbarie », assure son président, Pierre Bédier (LR).

«Est-ce que l'on pourra toujours enseigner comme on veut ?»

Comment exprimer sa douleur après un tel acte ? En venant défendre « cette liberté » qui nous appartient « à tous », comme le dit Odile, enseignante dans un autre collège de la ville depuis 1993. « Je me demande comment cela va se passer à la rentrée, après les vacances de Toussaint. Est-ce que l'on pourra toujours enseigner comme on veut ? Je me pose la question maintenant », s'interroge cette prof, les larmes aux yeux.

Quelques minutes plus tard, Corinne et sa fille, Marine, quittent les lieux. Elles aussi ont déposé un bouquet. « Je suis venue aujourd'hui pour ma fille, pour qu'elle comprenne que la barbarie ne doit pas triompher. Je suis bouleversée. Nous vivons dans un pays laïque. On doit pouvoir dire ce que l'on pense », affirme cette mère.

Habitante d'Eragny (Val-d'Oise) depuis 18 ans dans le quartier des Grillons, celui-là même où vivait Samuel Paty, Corinne ne comprend pas un tel déchaînement de violence, à 300 mètres à peine de son domicile. « On a l'impression de vivre un cauchemar, comme si tout se mettait à déraper d'un coup », commente-t-elle. Il faut dire aussi que l'affaire des deux policiers, grièvement blessés par balles par des hommes armés en pleine nuit à Herblay (commune limitrophe) la semaine dernière lors d'une opération de surveillance, s'est aussi déroulée tout près.

«Il faut absolument que nos filles mettent des mots sur cette affaire»

C'est également en famille que Stéphanie, 35 ans, et Vincent, 40 ans, ont fait le déplacement depuis Bessancourt (Val-d'Oise), situé à une douzaine de kilomètres. Ils sont accompagnés de leurs filles de 12 et 14 ans, respectivement scolarisées en 5e et 3e dans le collège Maubuisson de leur ville, lequel a prévu, la semaine prochaine, une opération « école ouverte » où le sujet sera immanquablement évoqué. « Notre vie est rythmée par ce drame depuis 48 heures. Il faut absolument que nos filles mettent des mots sur cette affaire », clame Stéphanie.

A propos de mots, l'une des deux adolescentes commente le fait que les photos du professeur décapité ont pu être échangées sur les téléphones des collégiens du Bois-d'Aulne. « C'est dégueulasse de penser que certains aient pu diffuser ça. Moi, je ne regarderais pas ça », bredouille la jeune fille, plutôt intimidée de devoir s'exprimer sur un tel sujet.

VIDÉO. Conflans-Sainte Honorine : des centaines de personnes rendent hommage à Samuel Paty