Assises des Yvelines : « il ne m’a jamais déclaré son amour »

Devant la cour d’assises à Versailles, Josette, 57 ans, a dépeint le tueur présumé du Super U du Port-Marly comme un homme vivant une relation imaginaire.

 Le Port-Marly, septembre 2016. C’est devant l’entrée du Super U que l’accusé a tiré sur un client et une caissière, tuant l’un et blessant gravement l’autre.
Le Port-Marly, septembre 2016. C’est devant l’entrée du Super U que l’accusé a tiré sur un client et une caissière, tuant l’un et blessant gravement l’autre. LP/J.C.

À la barre de la cour d'assises de Versailles ce mercredi, les deux psychiatres qui l'ont interrogé décrivent un homme souffrant « d'un délire paranoïaque et érotomaniaque s'imaginant être aimé d'une femme qui n'avait même pas conscience de ses sentiments. » Et en ce deuxième jour du procès de Patrick, 65 ans, accusé d'avoir assassiné un homme de 73 ans et avoir tenté d'assassiner une femme de 60 ans, le 26 septembre 2016 sur le parking du magasin super U du Port-Marly, un témoin clé est venu corroborer les dires des experts.

Cheveux gris et lunettes sur le nez, Josette, l'hôtesse de caisse pour laquelle Patrick éprouvait des sentiments amoureux, confirme le délire dans lequel était tombé l'accusé. « Il ne m'a jamais déclaré son amour, assène-t-elle devant les jurés. D'ailleurs aucun client ne l'a fait. Je disais toujours à tout le monde : je suis mariée et j'aime mon mari et ce monsieur ne m'a jamais rien demandé ».

« Il n'avait pas de conversation »

Pourtant, l'ancien boulanger avait, par amour, ouvert le feu sur Jacqueline, une autre caissière, pensant qu'elle avait fait renvoyer Josette. À 57 ans, cette dernière a travaillé au Port Marly entre 2012 et août 2016. C'est alors qu'elle a trouvé un autre emploi dans l'Oise ce qui la rapprochait de chez elle et de son mari. Dans ce supermarché des Yvelines, où l'ambiance est plutôt agréable, elle passait les articles d'une clientèle constituée d'habitués.

« Moi je suis toujours très respectueuse envers les clients, je souris, je suis toujours agréable car c'est ma nature profonde », explique la quinquagénaire. Elle se souvient de Patrick comme d'un client comme les autres. « C'était très banal, il passait en caisse, avec un bonjour et un merci, c'était un homme qui n'avait pas de conversation », se souvient-elle.

Josette se souvient de quelques attentions que Patrick avait eues pour elle et ses collègues : il leur avait donné des barres chocolatées. Mais elle ne se souvient plus d'un nounours avec un cœur qui lui aurait été offert pour la Saint-Valentin. Josette concède que Patrick, dont elle ne connaissait ni le nom ni le prénom, venait souvent à sa caisse et la croisait dans les rayons du magasin. Parfois, il fumait une cigarette avec les caissières, dehors, lorsque c'était l'heure de la pause.

Elle refuse de lui donner son numéro de téléphone

Peu avant son départ, elle dit aux clients qu'elle va quitter le magasin. Informé, Patrick lui demande son numéro de téléphone. « J'ai refusé car je ne le donne à personne. Il a paru déçu mais sans plus », ajoute Josette. La présidente Magalie Tabareau, l'interroge sur le délire de Patrick qui prétendait qu'elle avait cambriolé le magasin avec un tournevis et la surnommait la « braqueuse » peu après son départ. « Ah non répond Josette interloquée. Je n'ai rien volé, je n'ai pas fait de braquage et ma collègue n'est pour rien dans mon départ. » Car c'est ainsi que l'accusé a expliqué son geste : dans son esprit, il fallait se venger de Jacqueline qui avait dénoncé Josette pour ce vol imaginaire.

Les deux experts psychiatres ont conclu que Patrick avait conscience de ce qu'il faisait lorsqu'il est parti armé de son fusil pour tuer une femme et a ouvert le feu, blessant sa cible et tuant un client. Ce jeudi, il aura la parole pour s'expliquer sur les faits. Le verdict est attendu vendredi soir.