Après l’attentat de Conflans, le conseil des instances musulmanes des Yvelines dans la tourmente

Un membre du conseil des institutions musulmanes des Yvelines (Cimy) a fait circuler la vidéo d’un père de famille dénonçant le cours donné par Samuel Paty. Or, le Cimy est censé jouer les médiateurs entre la communauté musulmane et l’Etat.

 Illustration. De nombreuses mosquées ont participé aux hommages rendus à Samuel Paty. Dans le département, le conseil des institutions musulmanes est resté plus discret selon certains membres de la communauté.
Illustration. De nombreuses mosquées ont participé aux hommages rendus à Samuel Paty. Dans le département, le conseil des institutions musulmanes est resté plus discret selon certains membres de la communauté. LP/D.L.

Une discrétion très remarquée. Alors que les hommages et les communiqués se multiplient à travers le monde après l'assassinat de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, une institution locale se fait remarquer par son silence.

Le conseil des institutions musulmanes des Yvelines (Cimy) n'a toujours pas officiellement réagi à l'attentat qui s'est pourtant produit à quelques kilomètres de son siège situé à Versailles. Cette absence de réaction suscite des commentaires acerbes parmi les membres de la communauté musulmane.

Créé en 2015, cet organisme affiche pourtant l'objectif de nouer des relations privilégiées entre les représentants musulmans et la préfecture, désamorçant des dossiers sensibles ou apportant son expertise dans des situations de tension.

«Nos instances ont failli avant l'attentat car elles n'ont pas permis d'éteindre la polémique»

Mais pour Aziz El Jaouhari, ancien président du Cimy, poussé vers la sortie en juin 2018, le Cimy est devenu « inutile ». Et l'attentat de Conflans l'illustre cruellement : « Nos instances n'ont servi à rien, s'irrite celui qui dirige aujourd'hui la mosquée de Mantes-la-Ville. Elles ont failli avant l'attentat car elles n'ont pas permis d'éteindre la polémique et d'intervenir auprès de ce père de famille. Et elles ont été inutiles après car on ne les a pas entendues dénoncer cet acte odieux. » Difficile, en effet, de trouver trace d'un communiqué de presse ou d'une déclaration officielle du Cimy sur le sujet.

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Aziz El Jaouhari, ancien président du Cimy. LP/M.G.
Aziz El Jaouhari, ancien président du Cimy. LP/M.G.  

Plus grave, Aziz El Jaouhari assure avoir été destinataire de la vidéo du père de famille de Conflans qui, quelques jours avant les faits, dénonçait sur les réseaux sociaux le cours donné par Samuel Paty. « Cette vidéo, je l'ai reçue par un membre du Cimy le lundi 12 octobre. Voilà donc un collectif censé apaiser les relations entre les musulmans et les autorités et dont l'un des membres alimente, volontairement ou pas, une polémique contre ces mêmes autorités. On marche sur la tête! » dénonce-t-il.

Les services renseignement regrettent la dégradation du partenariat avec le Cimy

Cette petite musique se fait également entendre du côté des services de l'Etat. Certains agents des services de renseignement regrettent la dégradation du partenariat avec le Cimy, une institution longtemps appréciée pour son efficacité. En 2018, le conseil avait ainsi permis de régler, avec habileté, le problème lié à la présence salafiste à Ecquevilly.

Sollicitée pour s'exprimer, la préfecture des Yvelines n'a pas souhaité communiquer. Contacté à plusieurs reprises, le Cimy n'a pas donné suite à nos demandes.

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