A Poissy, le maire va sucrer certaines aides municipales aux jeunes délinquants

Lors du dernier conseil municipal, le maire (DVD) Karl Olive a fait voter la suspension, voire suppression dans certains cas, du Pass’Sport club, du Pass’Culture voire de bourses en cas d’actes de délinquance, sur la base de la réciprocité entre droits et devoirs.

 Poissy, ce mardi. Depuis le vote de la délibération à la mairie de Poissy, le maire dit avoir reçu des sollicitations d’autres élus en France.
Poissy, ce mardi. Depuis le vote de la délibération à la mairie de Poissy, le maire dit avoir reçu des sollicitations d’autres élus en France. LP/Timothée Talbi

C'est une décision qui fait beaucoup parler. À l'issue du conseil municipal de la veille, le maire (DVD) de Poissy, Karl Olive, a fait voter à 36 voix sur 39 la suspension, voire la suppression le cas échéant, des aides communales aux délinquants mineurs.

« Depuis six mois, je constate une recrudescence de la délinquance mineure et je crois plus que jamais à la réciprocité entre les droits et les devoirs », souligne l'élu. La délibération mentionne des « dégradations de bus par jets de pierres […], incendies de poubelles sur la voie publique, rixes entre jeunes, utilisation de mortier envers les forces de l'ordre » ou encore « l'attaque à la voiture-bélier et l'incendie contre le local associatif LP Corneille ».

Mise en place dès 1998 à Étampes (Essonne) et plus récemment à Rillieux-la-Pape (métropole lyonnaise) et Valence (Drôme), la mesure trouve un nouvel écho. « Depuis mardi matin, cinq maires de France m'ont appelé pour avoir accès à la délibération », évoque Karl Olive.

LP/O.B.
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Parmi les aides concernées par cette mesure, les Pass'Sport club et Pass'Culture, qui subventionnent à hauteur de 30 euros les cotisations annuelles des jeunes de 11 à 17 ans s'inscrivant dans une association sportive ou culturelle locale. La décision s'applique également aux bourses que peuvent percevoir certains collégiens et lycéens et dont le montant varie entre 100 et 400 euros par mois.

Les aides facultatives comme levier

« Malgré le travail des policiers, on n'a pas de réponse pénale à la hauteur des délits et on envoie un message d'impunité. Je considère que ces aides facultatives communales ne sont pas un chèque en blanc », insiste le maire de la ville, qui alloue plus de 100 000 euros par an à la réduction des frais de licence de club. En cas de rappel à l'ordre ou d'un jugement définitif à la suite d'une infraction troublant l'ordre public, ces aides seront donc suspendues et même supprimées en cas de récidive.

Cependant, la responsabilité ne revient pas uniquement aux jeunes mais également à leurs parents puisque ces suspensions ne seront effectives qu'en cas de refus de l'accompagnement parental proposé par les services sociaux.

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« Dans certains cas, les parents ne se déplacent pas au commissariat, une minorité est même parfois complice. Cette mesure est un outil pour retisser le lien avec les familles et ne concerne pas les aides vitales comme la cantine scolaire ou les allocations familiales », rappelle Karl Olive.

Une « décision légitime et courageuse »

Pour Monique, habitante à Poissy depuis trente ans, cette décision est la bienvenue : « Dans la mesure où il y a un laxisme flagrant, c'est pas mal mais il faudrait aussi appliquer des sanctions judiciaires, avec des travaux d'intérêt général par exemple. » Massyl, lycéen, estime que « ca peut mettre un coup de pression aux jeunes concernés » mais n'est « pas sûr que ce soit le meilleur moyen ».

LP/O.B.
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Président du club de football de Poissy, Olivier Szewezuck salue une « décision légitime et courageuse » bien qu'il tempère l'ampleur de la délinquance juvénile : « On a très peu de cas parmi les jeunes de notre association. S'il y avait des problèmes avec l'un d'entre eux, on s'en occuperait en amont même de ces mesures. On fait beaucoup d'actions de prévention dans ce sens mais c'est important qu'il y ait une prise de conscience. »

La double peine pour les familles précaires

Habitante de Poissy depuis huit ans, Catherine considère toutefois cette décision « injuste » pour les parents dont le pouvoir d'achat sera touché. « Dans certains cas, ils ne savent pas comment gérer le problème face à des enfants qui peuvent leur faire peur », explique la mère de famille.

Âgée de 26 ans, Céline estime que cette seule mesure ne suffit pas : « Cela va plus mettre en difficultés les familles et les jeunes vont peut-être même faire encore plus de bêtises. Il faut surtout qu'il y ait un accompagnement derrière. »

La question de la précarité, notamment dans le contexte de crise sanitaire, est aussi soulevée par le Secours populaire de Poissy. Son secrétaire général, Guy Le Ster, préfère intervenir différemment.

« On reçoit des jeunes pour éviter qu'il soit dans le circuit carcéral trop tôt, explique-t-il. Ils viennent faire quelques missions à nos côtés et s'investissent beaucoup. Ils ne viennent pas forcément de quartiers sensibles d'ailleurs et découvrent la précarité profonde. Cela leur donne une certaine vision de la société. »

LE MAIRE DE MANTES-LA-JOLIE TENTE, CELUI DE SARTROUVILLE PARTAGE

À trente kilomètres de Poissy, le maire (LR) de Mantes-la-Jolie observe avec intérêt la décision prise par Karl Olive. Dès l'annonce de son homologue, Raphaël Cognet a fait étudier par ses services juridiques la délibération prise à Poissy.

« C'est effectivement quelque chose qui pourrait nous intéresser ici, confie l'élu, lui aussi membre de l'association Génération Terrain cofondée par Karl Olive en 2017. Mais il faut d'abord vérifier qu'elle est juridiquement inattaquable. Si c'est le cas, c'est une idée que j'étudierai avec intérêt, en accord avec mon bureau municipal. J'apprécie que le pouvoir discrétionnaire soit mis en avant. »

Raphaël Cognet a notamment été séduit par la mise en œuvre de cette décision, qui arrive au bout d'un processus de prévention et de médiation. « Ce n'est pas un truc binaire qui sanctionne tout de suite. Cela arrive au bout d'une chaîne, c'est un peu le bâton qui vient sanctionner quand tout a été tenté », ajoute le maire. Lequel évoque ces « familles réfractaires, pour qui on essaie tout et qui ne sont pas punies ».

« Une fausse bonne idée » selon Pierre Fond

De son côté, le maire (LR) de Sartrouville, est plus que partagé et parle même d'une « fausse bonne idée ». S'il dit comprendre Karl Olive « sur le fond », Pierre Fond, « demande à voir ». Selon lui, cette proposition « pose un certain nombre de questions » et risquerait de « créer des situations injustes ».

« Prenons l'exemple d'une femme seule qui élève plusieurs enfants. L'un d'eux agit mal. Est-ce qu'on doit punir toute la famille ? s'interroge l'élu. Les choses ne sont pas si simples que ça. Je préférerais une justice plus efficace, qui punisse vraiment ceux qui doivent l'être, plutôt qu'on transforme le maire en juge au moyen des aides sociales. »