«C’est devenu un sport national» : à Poissy et ailleurs, les policiers se disent dépassés par les violences urbaines

Le guet-apens tendu ce week-end à des policiers a fait grand bruit. Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, s’est rendu ce lundi soir au commissariat de Poissy. Les syndicats pointent la récurrence quotidienne de ces faits, émanant des «défis» que se lancent les jeunes.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Poissy, ce lundi. C’est dans la rue de Villiers que les policiers ont été attirés dans un guet-apens samedi.
Poissy, ce lundi. C’est dans la rue de Villiers que les policiers ont été attirés dans un guet-apens samedi. LP/Julie Ménard

En moins de 24 heures, les images de la rue de Villiers totalement enfumée à Poissy (Yvelines) ont fait le tour de France. On y voit des hommes tout de noir vêtus crier « Tuez-les! » en parlant des policiers sur lesquels ils lancent des mortiers.

Initialement appelés pour un attroupement, les agents de la brigade spécialisée de terrain sont victimes d'un guet-apens. Face à eux, une trentaine de jeunes lancent des projectiles brûlants. Après avoir fait usage du lanceur de balle et appelé des renforts, les policiers mettent les auteurs en fuite. Aucun dégât, blessé ni interpellation. Une enquête est ouverte pour violences contre personnes dépositaires de l'autorité publique.

«C'est notre quotidien», pointe le syndicat Alliance

Si cet épisode a choqué l'opinion publique et suscité des réactions jusqu'aux plus hautes sphères de l'Etat, les agents de police s'en étonnent. « C'est notre quotidien et c'est même devenu sport national, commente Mickaël Couturier, secrétaire départemental adjoint du syndicat policier Alliance pour les Yvelines. Il y a un match entre Chanteloup et Les Mureaux, mais aussi dans les quartiers à Sartrouville, Conflans, Trappes, Poissy, Mantes… Ils sont dans la surenchère, c'est à ceux qui seront les plus nombreux ou qui feront le plus parler d'eux. »

Mission accomplie pour les auteurs de la vidéo, relayée dans plusieurs médias nationaux. Au total, elle comptabilise plus de 368 000 vues. Si le Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP) l'a également partagée sur Twitter, c'est, comme l'explique son secrétaire national Matthieu Valet, « en réaction à la proposition faite vendredi » et « pour illustrer le fait qu'il y a des gens virulents qui jouissent d'un sentiment d'impunité ». Il fait allusion aux propos de la défenseure des droits Claire Hédon, qui proposait sur Franceinfo d'expérimenter des zones de non-contrôle d'identité, arguant que dans 95 % des cas, ils ne mènent à rien.

De l'avis général, l'engouement médiatique autour de ce qui s'est passé à Poissy samedi est disproportionné. La préfecture des Yvelines se refuse à tout commentaire, car rien ne sert d'envenimer une situation déjà tendue.

Des jeunes âgés pour certains… de 10 ans

Ces derniers mois dans le département, ces événements sont presque quotidiens. Les jeunes lancent des mortiers en plein jour et s'en vantent sur les messageries cryptées. Les bus sont aussi régulièrement pris pour cible, comme à Sartrouville. Rien que ce week-end, des policiers ont essuyé des jets de projectiles à Sartrouville justement, mais aussi aux Mureaux. Certains des délinquants avaient entre 10 et 12 ans.

« Ils sont de plus en plus jeunes car pour les moins de 13 ans, il n'y a pas de réponse de la justice, décrypte Mickaël Couturier d'Alliance. Et même s'ils sont plus vieux, les sanctions ne suivent pas assez. Les rappels à la loi ça suffit ! Le couvre-feu rajoute une frustration supplémentaire qui peut être un facteur déclenchant. »

«La réalité est que la police gêne»

Même son de cloche du côté du Syndicat indépendant des commissaires de police. « La réalité est que la police gêne pour les rodéos à moto, pour les trafics et tout le reste, complète Matthieu Valet. Le but de ces guets-apens est de dissuader les collègues d'intervenir, c'est du harcèlement. Heureusement, la majorité des policiers sont passionnés et ne lâchent pas le terrain. »

Newsletter L'essentiel du 78
Un tour de l'actualité des Yvelines et de l'IDF
Toutes les newsletters

Pour les aider dans leur mission, les forces de l'ordre se reposent aussi sur les mairies. La vidéoprotection et l'action des policiers municipaux jouent un rôle essentiel dans la gestion de ces violences urbaines, comme à Poissy où 44 agents soutiennent les effectifs de police nationale. A Poissy où justement, le conseil municipal a voté le 8 février la suspension voire la suppression de certaines allocations familiales lorsqu'un délinquant récidiviste est identifié dans une fratrie.

Gérald Darmanin a rencontré les policiers pris à partie

« Le message que j'envoie c'est l'anti-laxisme, indique le maire (DVD) Karl Olive. On travaille depuis un mois avec quatre médiateurs dans les quartiers, c'est une initiative du département. Il faudrait qu'on ait un accompagnement de l'Etat et que les bailleurs prennent leur part. Je vais inviter Gérald Darmanin à venir. »

Poissy, ce lundi soir. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, ici aux côtés du maire (DVD) Karl Olive, a rendu visite aux policiers pris dans un guet-apens samedi. LP/Julie Ménard
Poissy, ce lundi soir. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, ici aux côtés du maire (DVD) Karl Olive, a rendu visite aux policiers pris dans un guet-apens samedi. LP/Julie Ménard  

Aussitôt dit aussitôt fait, Gérald Darmanin s'est déplacé au commissariat de Poissy ce lundi soir pour rencontrer les policiers pris à partie samedi. « Je veux adresser tout mon soutien à ces officiers qui vivent ces faits tous les jours. S'en prendre aux agents de protection c'est s'en prendre aux plus fragiles et les policiers sont partout chez eux dans la République. Nous ne laisserons pas passer le moindre fait de ce genre, même s'il s'agit de délinquants très jeunes. »

Le ministre de l'Intérieur a également mentionné le projet de loi Sécurité globale qui contient « la pénalisation des mortiers pour rendre leur vente illégale mais aussi permettre des sanctions plus importantes. »