VIDÉO. Pourquoi votre Vélib’ coûte beaucoup plus cher que vous ne l’imaginez

« Biclou », la série vélo du Parisien. Les 20 000 Vélib’ parisiens sont victimes de vandalisme et de surexploitation. Un problème qui aujourd’hui est supporté en grande partie par le contribuable.

BICLOU, ÉPISODE 37 - « Quand on voit les dégâts, le résultat il est là » au volant de son camion Smovengo, Rachid Abkhar, agent régulateur, scrute la marée de Vélib' cassés qui se trouve devant lui. Il ajoute, amusé : « On peut les réparer une fois, deux fois, mais après le contribuable… »

Nous sommes au dépôt de Villeneuve-la-Garenne (92), c'est ici que chaque nuit sont amenés entre 500 et 800 Vélib' défectueux. Depuis 2018, l'entreprise Smovengo, qui gère le service Vélib' utilise ce lieu pour réparer les précieux vélos et organiser la fluidité de l'approvisionnement des stations.

Car le problème principal du Vélib', c'est qu'il est très souvent victime de vandalisme et de l'incivilité de certains utilisateurs.

Retrouvez tous les épisodes de Biclou, la série vidéo du « Parisien » sur le vélo.

Un symbole parisien depuis 2007

Quand on interroge les passants sur leur conception du Vélib', un mot revient tout le temps : « pratique ». « Ils sont à chaque coin de rue, et au moins on ne se les fait pas voler » dit Nathalie, en reposant son Vélib' électrique. « Bien sûr, j'ai une carte Navigo, mais c'est bien aussi de prendre l'air, ne pas être sous la terre » ajoute Felipe.

Arrivé dans les rues de Paris en 2007, sous la mandature de Bertrand Delanoë, le Vélib' a conquis beaucoup de cœurs parisiens et converti d'autres au vélo quotidien. « Je me suis vraiment mis au vélotaf, grâce à Vélib' » raconte Ivan, qui chaque jour parcourt 15 km allers-retours pour se rendre au travail.

Aujourd'hui, Vélib' comptabilise 410 000 usagers, un chiffre en nette augmentation en 2020, à la faveur du développement de la pratique du vélo en Île-de-France.

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Mais malgré cela, Vélib' crée aussi beaucoup de frustrations. « C'est tellement rare d'avoir un vélo qui marche bien, que quand on le repose en station, il faut le signaler aux autres » explique Felipe.

Vandalisme et surexploitation

« Je ne sais même pas comment ils font pour les casser » s'interroge Rachid au volant de son pick-up empli de vélos défectueux. « On retrouve des vélos vraiment, ils leur ont fait du mal. Sans roues, des freins cassés, on ne sait même pas comment ça arrive ».

Il est aussi courant de croiser des usagers à plusieurs sur un même vélo. Ou bien aux bords de la Seine ou du canal de l'Ourcq, des Vélib' couverts de vase tout juste sortis du fleuve par quelques valeureux passionnés de la pêche à l'aimant.

Le service est aussi victime de surexploitation. Un Vélib' électrique bleu, chouchou des utilisateurs depuis 2018, est utilisé en moyenne 15 fois par jour. Ce qui lui fait parcourir environ 45 km, l'équivalent de près de deux traversées de Paris aller-retour.

« À partir du moment où il y a un usage plus important, sur un plus grand kilométrage, les dégâts peuvent être plus importants » commente Stéphane Puccini, responsable d'exploitation de nuit chez Smovengo.

C'est ce qui explique notamment les problèmes de batterie vide du vélo à assistance électrique de Vélib'. C'est simple, il a très rarement le temps de se recharger entièrement.

Modèle économique fragile

Mais, si le service Vélib' est peu convaincant pour certains, c'est aussi à cause d'un modèle économique très fragile. En décembre 2020, l'opérateur Smovengo a réclamé une renégociation de contrat, à hauteur de 240 M€, selon les informations du « Canard Enchaîné ».

Car le consortium Smovengo est déficitaire depuis ses débuts, en 2018. « De là à parler de faillite, je n'y crois pas » réagit Patrice Pattée, adjoint à la mairie de Sceaux et vice-président du Syndicat Autolib'Vélib', qui s'occupe notamment de fixer le prix des abonnements.

« En fait il y a trois financeurs : l'usager, les communes et la métropole » décrypte Patrice Pattée. En 2019, la part à charge des collectivités, représentait 62 % du budget total, selon le rapport d'activité du SAVM (Syndicat Autolib'Vélib'Metropole). La part des usagers, elle, représentait 24 %.

Chaque dimanche, retrouvez un nouvel épisode de Biclou sur la page Facebook du « Parisien ».