VIDÉO. Pour ces cyclistes parisiens, la vélorution a commencé

BICLOU. Après 3 mois d’interruption, provoquée par le confinement, la Vélorution mensuelle s’est élancée dans les rues de la capitale, avec toujours le même objectif, « la chasse » aux véhicules motorisés et le recrutement de néocyclistes.

BICLOU, ÉPISODE 9. Samedi 6 juin, 14 heures, la place de la Bastille se colore, des dizaines de cyclistes affluent. Leurs biclous sont customisés, portent des bannières Vélorution ou des tissus à fleurs.

Une mère de famille débarque sur son vélo cargo mécanique avec ses jumeaux de 10 ans placés à l'avant. Des membres de l'association, née au début des années 2000, sont présents mais aussi des cyclistes qui passaient là par hasard.

Vêtus comme de simples vélotafeurs ou déguisés tels des Circassiens, ils vont déambuler dans Paris pour occuper l'espace sur la chaussée. Ils ont deux objectifs : rappeler leur existence aux véhicules motorisés et convaincre le plus grand monde d'enfourcher une bicyclette.

« Un petit coup de pédale pour l'homme, un grand tour de roue pour l'humanité »

Apparues au début des années 1970, les manifestations à vélo, ont pris le nom de Vélorution qui est aussi le nom d'un mouvement devenu international et celui de plusieurs associations en France. À Paris, la Vélorution se tient tous les premiers samedis du mois. L'itinéraire est chaque fois différent.

En ce début juin, au départ de la place de la Bastille, le cortège de vélos file en direction de la rue de Rivoli. Une artère devenue très symbolique, avec son interdiction de circulation aux voitures, sauf pour les livraisons et taxis.

Sur le parcours, les vélos révolutionnaires interpellent les piétons, « Venez avec nous messieurs dames. Un petit coup de pédale pour l'homme, un grand tour de roue pour l'humanité. » scande un manifestant masqué juché sur un vélo équipé de deux sièges de cinéma rouge.

La vélorution est-ce en ce moment ?

Jamais le vélo n'avait connu un si rapide essor depuis des décennies. Avec la grève des transports en décembre dernier et la crise du Covid-19, de plus en plus de Parisiens ont opté pour le vélo comme objet de déplacement quotidien. Les ventes de bicyclettes explosent, les rayons des grands magasins se vident, les réparateurs de cycles sont saturés. Et, fait très rare à Paris, on commence à apercevoir de jeunes enfants sur les pistes cyclables, Twitter regorge de photos qui témoignent de cette nouvelle tendance.

Un chiffre résume la situation : en cette période de déconfinement, le nombre de cyclistes a bondi de 53 % par rapport à mars dernier.

Finalement, la vélorution ne serait-elle pas en cours ?

Oui et non répond Olivier, membre actif de l'association depuis 6 ans et rencontré dans le cortège. « Oui, dans le sens où il y a une augmentation de la part modale, il y a une augmentation des cyclistes, mais en revanche, non dans le sens où on ne vire pas les voitures. »

Olivier déplore que la mairie de Paris n'ait pas encore supprimé massivement les places de stationnement dans la capitale. C'est cependant, l'une des promesses de campagne d' Anne Hidalgo, elle s'est engagée à supprimer la moitié des 133 000 places disponibles en cas de réélection.

« Il prend la voie cyclable, oh le grand malade »

La centaine de participants de cette manifestation à vélo occupe toute la chaussée et ne roule pas sur les voies aménagées mais sur la route, ce qui agace certains automobilistes.

L'un d'eux perd son sang-froid rue La Fayette, dans le IXe arrondissement et franchit une piste cyclable pourtant matérialisée par une séparation en dur. Les réactions des militants à vélo restent mesurées, si l'un d'eux s'exclame « Il prend la voie cyclable, oh le grand malade », le contrevenant est vite laissé de côté.

L'itinéraire se poursuit en direction de la porte d'Aubervilliers et s'achève sur une friche industrielle à Saint-Denis en Seine-Saint-Denis.

L'occasion de faire le bilan de cette après-midi de mobilisation festive avec l'une des participantes, Émilie, designeuse urbain et cofondatrice de l'association Cocyclette. Pour cette cycliste, si la vélorution est en cours, il reste encore beaucoup à faire et notamment au sujet de l'émancipation féminine à vélo.

Pour récompenser les cyclistes qui ont passé quatre heures sur leur selle, une fête improvisée s'est tenue à l'Espace imaginaire, une friche de 5 000 m2 dans le quartier de la Plaine à Saint-Denis.

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