VIDÉO. Pesticides dans le vin : attention, danger ?

FOOD CHECKING. En France, la viticulture est le secteur agricole le plus gourmand en phytosanitaires de synthèse. Mais y a-t-il vraiment un risque pour le consommateur ? Pour le savoir, on a rencontré un vigneron qui utilise du glyphosate, interrogé une association écologiste et organisé une dégustation à l’aveugle avec une sommelière.

« Ces grappes-là ont été traitées avec des produits de synthèse, explique Patrick Vasseur, en nous montrant une grappe de raisin noir qui sera vendangée dans quelques jours. Ce sont des produits totalement autorisés, très règlementés par rapport à la santé et à l'environnement. »

Patrick Vasseur est vigneron et vice-président de la chambre d'agriculture de Gironde. Et il ne s'en cache pas : oui, il utilise des phytosanitaires pour cultiver ses vignes, dont le fameux désherbant Roundup au glyphosate.

Dans son local phytosanitaire, il stocke une petite quinzaine de produits différents. « Le soufre et le cuivre sont utilisables en agriculture biologique, tient-il à préciser. Tous ces produits ont des "phrases de risques". Par exemple, le soufre est irritant et provoque des petites brûlures. » Et le « Karate Zeon », avec lequel il a fait son dernier traitement ? « Peut provoquer des allergies cutanées et très toxique pour les milieux aquatiques », lit le viticulteur sur l'emballage du petit bidon.

Sur son exploitation, il dispose d'une petite parcelle qu'il ne traite ni avec des phytosanitaires de synthèse, ni avec des phytosanitaire bio. Résultat : les grappes ont été détruite le 10 juin par le mildiou. « Si on n'intervient pas avec les outils que l'on a, qui sont performants, on perd des récoltes. »

A l'aveugle, le vin bio arrive en tête

En France, la viticulture est le secteur agricole le plus gourmand en pesticides. Selon une étude, la vigne ne représente que 3% de la surface agricole utile en France, mais... concentre 20% du volume total de pesticides utilisés ! Notre pays est par ailleurs le 3 e plus gros consommateur de pesticides au monde, derrière les Etats-Unis et le Japon, et bon premier pour au niveau européen.

Mais est-ce que cela représente vraiment un risque pour le consommateur ? « On ne peut pas le chiffrer, répond François Veillerette, fondateur de l'association écologiste Générations Futures.

Ce que l'on sait, c'est que le vin va constituer, avec d'autres produits, les fruits, légumes et céréales, un apport en substances préoccupantes.

Au fil des années, ça peut favoriser l'apparition de pathologies : des cancers, des problèmes de développement du fœtus, des problèmes de reproduction… »

Le salut se trouve alors dans les labels. En rayon, on trouve une bouteille estampillée Terra Vitis : « C'est de l'agriculture raisonnée, commente François Veillerette. On peut dire que c'est de l'agriculture chimique faite par des gens qui font attention à ce qu'ils font. Mais ça reste de l'agriculture chimique. Je n'achète pas. »

Un autre flacon porte le logo HVE - pour haute valeur environnementale : peu fiable quant à l'absence de pesticides de synthèse, selon une récente étude de l'association Alerte aux toxiques.

En revanche, les labels bio trouvent grâce aux yeux de notre expert : « On connaît la liste des produits autorisés. Cette agriculture est contrôlée donc moi, ça me convient. » Par prudence, mieux vaut alors se diriger vers ces vins.

Mais sont-ils pour autant meilleurs ? En 2017, une expérience réalisée avec plus de 70 experts de la gastronomie a montré que c'était le cas (lire « Le goût des pesticides dans le vin », G.-E. Séralini et J. Douzelet, Actes Sud).

On a voulu voir si on arrivait à la même conclusion en achetant trois bouteilles de bordeaux, 100 % merlot et vieillies en fût, et en les faisant goûter à l'aveugle à une sommelière chevronnée. Parmi les trois se cache un vin bio.

« Est-ce que vous sentez un goût de pesticides ? » demande-t-on à Jimi Hwang, qui officie chez le caviste Le Clos des Millésimes, à Bordeaux, alors qu'elle vient de goûter le premier vin les yeux bandés. « Je ne peux pas vous dire », réplique-t-elle.

Au deuxième verre : « J'aimerais bien vous dire mais non, je ne peux pas. » Et au troisième : « Toujours pas. »

Coïncidence, c'est tout de même le vin bio qu'elle jugera le meilleur. Il s'avère que c'est aussi le moins cher des trois : 10,15 € la bouteille contre 12,55 € et 11,90 € pour les deux autres flacons dont les vignes ont été traitées aux produits chimiques. « Je préfère les vins bio, explique Jimi Hwang. C'est mieux que nous aussi suivions ces professionnels qui respectent le sol et pensent à la nature. »

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