Vitry : suspendu par le Parti communiste, Pierre Bell-Lloch se maintient à son poste de maire

Il a semé le trouble après son élection surprise a la tête du conseil municipal, le 4 juillet. Une commission interne au PCF a prononcé sa suspension et rejette la légitimité de son élection. Il reste néanmoins maire de la ville…

 Vitry-sur-Seine, le 4 juillet 2020. Pierre Bell-Lloch (PCF), devient maire contre le maire sortant Jean-Claude Kennedy (PCF).
Vitry-sur-Seine, le 4 juillet 2020. Pierre Bell-Lloch (PCF), devient maire contre le maire sortant Jean-Claude Kennedy (PCF). LP/Marion Kremp

Elle n'est « pas un tribunal », elle ne fabrique « ni gagnants, ni perdants », son travail est guidé par « le souci de l'unité ». Et elle estime que l'élection qui s'est déroulée le 4 juillet en mairie de Vitry est un « événement inacceptable ». La commission nationale de médiation et de règlement des conflits du Parti communiste a rendu son avis ce lundi et suspend de « ses droits » le maire de Vitry Pierre Bell-Lloch pour une durée de six mois.

Cette commission, qui vise notamment à régler des conflits internes par la médiation et dont les membres, adhérents du Parti communiste, travaillent « d'une manière indépendante », avait été saisie par le secrétaire national du PCF Fabien Roussel et celui de la fédération du Val-de-Marne Fabien Guillaud-Bataille.

Déjà saisie quatre fois depuis 2019 pour ce dossier

Huit auditions ont été menées dans le « cas » de Vitry, comme elle l'indique dans son avis de huit pages. Des auditions qui confirment que le conflit qui se joue en ce moment prend racine bien avant le 4 juillet. Décrivant par exemple une préparation des élections municipales « traversée de dissensions ». A tel point que cette dernière révèle avoir été saisie « au moins quatre fois depuis 2019 à différents moments du conflit ».

Il faut remonter encore un peu plus loin, pour comprendre les « divisions tenaces » et les « tensions lourdes » qui déchirent les communistes à Vitry. C'est l'année 2015, lors de la succession de l'ancien maire Alain Audoubert, décédé depuis. Un « tournant », expliquant « le poids considérable des oppositions personnelles » au sein des communistes de Vitry.

Pour preuve la plus récente, le conseil municipal qui s'est déroulé pas plus tard que la semaine dernière. Un conseil électrique, au cours duquel la « démission » de Pierre Bell-Lloch a une nouvelle fois été demandée, en premier lieu par Jean-Claude Kennedy. Ce retour vers le passé, ce n'est pas un élu PCF mais Shamime Attar (PS), nouvel adjoint de Pierre Bell-Lloch, qui l'a provoqué en s'adressant à une élue du groupe Vitry Rassemblée, celui de Jean-Claude Kennedy.

«Si ce n'est que quand ça vous arrange…»

« Vous vous étonnez du mode de scrutin de l'élection du maire (NDLR : celui de Pierre Bell-Lloch), mais est-ce que le mode de scrutin du maire vous a étonné en 2015 quand il a été question de la passation entre Alain Audoubert et Jean-Claude Kennedy ? Si ce n'est que quand ça vous arrange, ça pose un souci », a lancé ce dernier, au cours de ce conseil que Jean-Claude Kennedy finira d'ailleurs par quitter évoquant « une plaie qui ne sera pas refermée ce soir ».

Vitry, mercredi 23 septembre. Le premier conseil municipal de rentrée s’est déroulé dans une ambiance explosive. LP/F.D.
Vitry, mercredi 23 septembre. Le premier conseil municipal de rentrée s’est déroulé dans une ambiance explosive. LP/F.D.  

Cette plaie, la commission en question a eu l'occasion d'en prendre la profondeur en entendant pour ainsi dire les premiers concernés : Pierre Bell-Lloch et Jean-Claude Kennedy. Consultation des militants, vote(s) pour la tête de liste des municipales, et même modifications de liste : ce sont toutes les étapes menant au 4 juillet qui ont été décortiquées. Avec des torts dont on comprend parfois qu'ils sont partagés.

La commission note que sa candidature n'avait été à aucun moment annoncée

Reste qu'à « aucun de tous ces moments, avant le conseil municipal du 4 juillet, et même au moment des plus grandes tensions, il n'a été avancé auprès des communistes que Pierre Bell-Lloch pourrait être ou serait candidat au poste de maire face à la tête de liste qu'ils avaient validée ». Et que « ceux-ci n'ont donc à aucun moment pu en débattre ni s'exprimer sur son éventuelle candidature ».

Pour cette commission, d'après ses « statuts », « la tête de liste vote, puis validée par les instances, reprise dans le matériel de communication, et enfin inscrite sur le bulletin de vote, est le candidat des communistes au poste de maire ».

Pas vraiment le même avis que Pierre Bell-Lloch qui, en juillet, évoquait un « système présidentialisé où on pense que la tête de liste est automatiquement le maire ». « La réalité ce n'est pas ça, expliquait-il. Alors si on a pu donner un grand cours d'instruction civique à tout le monde, on en est très fiers. »

Pour cette commission, la suspension de Pierre Bell-Lloch « s'impose ». Et pose « une obligation » : celle de « faire preuve d'esprit de responsabilité » et de « mettre en œuvre tous les efforts » pour que « prévale l'unité » au sein de la section PCF de Vitry.

«Je n'en partage pas les motivations ni les sanctions»

Pierre Bell-Lloch, contacté, a transmis la réaction partagée ce lundi avec ses « camarades ». « Si je n'en partage pas les motivations ni les sanctions, écrit-il, j'en fais miennes les préconisations et l'appel à l'unité et au rassemblement […]. De ma place, celle d'un camarade suspendu de ses responsabilités mais attentionné et déterminé, je favoriserai le débat et permettrai l'émergence du consensus nécessaire. »

« Je ferai tout mon possible pour rendre fier les Vitriots de leur maire communiste, promet-il, ainsi que de l'équipe municipale. » Expliquant que « nulle cage ni suspension » n'enfermeront son « esprit de militant de terrain révolutionnaire ». Et de s'interroger : « Finalement qu'est-ce que six mois face à l'engagement d'une vie ? »