Vitry-sur-Seine : les artistes du Port-à-l’Anglais ne veulent pas être expulsés

L’Asso Sobarjo a organisé une mobilisation dimanche matin et lancé une pétition. Ce collectif doit quitter avant le 1er novembre l’ancienne Auberge de l’écluse qu’il occupe illégalement depuis 2018.

 Vitry-sur-Seine, dimanche 18 octobre. Le collectif d’artistes l’Asso Sobarjo a transformé l’ancienne auberge de l’écluse en un squat culturel insolite.
Vitry-sur-Seine, dimanche 18 octobre. Le collectif d’artistes l’Asso Sobarjo a transformé l’ancienne auberge de l’écluse en un squat culturel insolite. LP/Marine Legrand

Elle compte sur un dernier sursaut populaire pour éviter que le couperet ne tombe. L'Asso Sobarjo a organisé une manifestation devant l'ancienne Auberge de l'écluse au pont du Port-à-l'Anglais à Vitry-sur-Seine, dimanche matin, car elle doit être expulsée avant le 1er novembre, début de la trêve hivernale.

Depuis mai 2018, ce collectif d'artistes occupe illégalement l'ex-hôtel-restaurant qui était à l'abandon depuis 14 ans. Le propriétaire (l'EPA Orsa) a ordonné son expulsion afin d'y réaliser « une opération d'aménagement d'intérêt général », probablement une activité de restauration hôtellerie de qualité, expliquait-il dans nos colonnes en 2019.

« À ce jour, aucun projet pour faire vivre cet espace ne m'a été présenté, nuance Pierre Bell-Lloch (PCF), le maire de Vitry. Expulser l'association Sobarjo, qui œuvre dans notre ville, pour laisser à nouveau vacant cet endroit n'est pas une solution pertinente. »

La police est déjà venue le 8 octobre

Après des recours devant le tribunal puis un sursis, il n'existe plus d'échappatoire judiciaire possible à l'Asso Sobarjo désormais. « La police est venue nous voir le 8 octobre pour recenser le nombre d'habitants sur place, procédure préalable à une expulsion imminente, nous a-t-elle expliqué, témoigne Rémi Petit, artiste plasticien et président du collectif. Nous pensions que des discussions pouvaient encore avoir lieu avec les autorités, la mairie, etc. Nous avons amélioré ce lieu depuis notre arrivée, nous l'avons rénové, rendu plus chaleureux, organisé des dizaines de concerts, d'expositions, de résidences d'artistes, d'événements… » Ce dimanche après-midi, un atelier sur la permaculture y était proposé, par exemple.

Le collectif lance donc une pétition, comme une ultime bouteille d'eau à la mer. Il compte sur les habitants et les élus pour faire bouger les lignes. « Dans ce lieu alternatif, nous portons un projet culturel basé sur la culture et ouvert à toute la population. Nous avons le soutien du maire, de Frédéric Bourdon, élu d'opposition, de dizaines d'associations… »

Vitry-sur-Seine, le 18 octobre. Une expo-vente était organisée à l’intérieur du squat pour soutenir le collectif. LP/Marine Legrand
Vitry-sur-Seine, le 18 octobre. Une expo-vente était organisée à l’intérieur du squat pour soutenir le collectif. LP/Marine Legrand  

Françoise, d'Alfortville, est venue signer la pétition dimanche : « Au départ, quand ils se sont installés ici, c'était tout et n'importe quoi. Puis ça s'est construit. Il y a un bar convivial, des artistes, leurs œuvres, un joli jardin… J'aimerais que cela reste un lieu culturel. » « J'avais toujours été étonnée de voir cette ancienne auberge rester abandonnée depuis si longtemps, ajoute Gabrielle, de Vitry. Un jour, on a vu arriver ces jeunes artistes. J'ai rejoint l'Asso Sobarjo par la suite, j'ai suivi un cours de peinture ici, mon mari participe à l'aménagement du jardin. On les soutient ! »

Leelou, danseuse chorégraphe dont le look percing-tatouage-cheveux fluo ne passe pas inaperçu, collabore avec des artistes du collectif : « Ici, c'est la culture autrement. On ne nous donne pas les choses, alors on les crée. Et cet endroit m'a permis de rencontrer d'autres artistes : plasticien, comédien, danseur… » « Il n'existe pas beaucoup de lieux comme celui-ci », insiste Seal, du collectif La Kamisole.

Le collectif très actif durant le confinement

« Les membres de cette association culturelle participent régulièrement aux initiatives locales, notamment dans le quartier du Port-à-l'Anglais, souligne Pierre Bell-Lloch. Durant le confinement, ils ont été un acteur, avec d'autres associations, de la solidarité auprès des habitants. Au fil du temps, Sobarjo s'est progressivement intégré à la vie associative et culturelle de notre commune. »

« En effet, durant le confinement, on a créé une boîte à dons alimentaires et permis de distribuer 400 paniers-repas et 200 repas chauds par semaine, se souvient Rémi Petit. L'EPA Orsa est contradictoire : il veut dynamiser les bords de Seine mais il nous expulse. Nous sommes là justement, en train de dynamiser la vie locale et ce lieu mythique. »