Vitry-sur-Seine : Ibrahima, lycéen « exemplaire » selon ses profs est menacé d’expulsion

Associations, parents d’élèves et lycéens se sont rassemblés ce mardi, pour soutenir ce jeune, menacé d’expulsion. Mais selon la justice, il était majeur en arrivant en France.

 Vitry-sur-Seine, ce mardi midi. Ibrahima Koné, devant le lycée Jean Macé, a reçu le soutien des étudiants, professeurs et élus pour qu’il reste en France.
Vitry-sur-Seine, ce mardi midi. Ibrahima Koné, devant le lycée Jean Macé, a reçu le soutien des étudiants, professeurs et élus pour qu’il reste en France. LP/Jean Cittone

« Je suis vraiment inquiet », confie Ibrahima Koné, en terminale STI2D (sciences et technologies de l'industrie et du développement durable) au lycée Jean-Macé de Vitry-sur-Seine. Menacé d'expulsion vers la Côte d'Ivoire, cet excellent élève risque de ne pas passer son baccalauréat en France.

Ce mardi, devant son lycée, on accroche des pancartes sur les murs et on applaudit pour se réchauffer. Pendant deux heures, à l'appel du Réseau Education Sans Frontière 94, plus de cinquante personnes bravent les -2 degrés pour le soutenir et signer la pétition lancée pour qu'il reste en France. Initiée par un élève de son lycée, elle a déjà recueilli plus de 2 600 signatures.

«Il n'arrête jamais de travailler »

Ibrahima fait l'unanimité et apparaît comme un étudiant modèle. Depuis son arrivée dans l'hexagone, l'association Paris d'exil l'accompagne dans ses démarches. Ses premiers pas, il les fait dans une bibliothèque du 20e arrondissement de la capitale, pour suivre des cours.

« C'est un excellent élève super motivé, il comprend tout très vite, c'est un des meilleurs de sa classe », selon Romain Benini. Ce maître de conférences à la Sorbonne enseignait le français à Ibrahima tous les jeudis. « Ce qui m'impressionne en particulier chez lui c'est que malgré les difficultés matérielles évidentes dans lesquelles il est, il n'arrête jamais de travailler ».

« Il s'est retrouvé dans des situations de logement très difficiles et il m'expliquait que ses premières volontés c'était de pouvoir continuer à faire ses devoirs en maths », ajoute Baptiste Lafoux, doctorant à la Sorbonne et professeur bénévole pour Paris d'exil.

A la rue, il tombe malade

Quand Ibrahima pose le pied en France, il passe deux mois dehors, sur le pavé du boulevard Diderot. Il tombe malade et est amené à l'hôpital Saint-Antoine. Pendant sa guérison, des bénévoles l'aident à reprendre le fil de la scolarité. Il récite des poèmes et s'instruit avec les livres de la bibliothèque de l'hôpital.

Puis Ibrahima va croiser la route de Juliette Mas, qui l'héberge de décembre 2017 à avril 2020. « On avait une chambre de libre à la maison donc autant en faire profiter des jeunes mineurs qui sont dehors », raconte cette mère de famille de 43 ans, qui voulait aider à sa manière. Un matin, elle contacte Paris d'exil. « Ibrahima est arrivé le soir même », se souvient-elle.

Des problèmes familiaux font que Juliette ne peut plus héberger Ibrahima. Heureusement, grâce à l'association Welcome 94, les frères capucins de Créteil l'accueillent pour l'année scolaire. « Ibrahima est très rigoureux, il est même limite des fois un peu psychorigide », rajoute Juliette en riant, heureuse que le rythme des frères convienne à ce jeune «tout le temps en train de bosser ».

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Après une « année blanche », Ibrahima intègre une seconde générale au lycée Fernand Léger d'Ivry-sur-Seine, puis rejoint le lycée Jean-Macé en première, l'année suivante.

Reconnu majeur par le tribunal de Paris

Une  pancarte accrochée devant le lycée Jean Macé de Vitry-sur-Seine, le 9 février 2021. LP/Jean Cittone
Une pancarte accrochée devant le lycée Jean Macé de Vitry-sur-Seine, le 9 février 2021. LP/Jean Cittone  

Le 19 janvier, un premier rassemblement avait été organisé par l'association Urgence Education 94.

Ce mardi, devant le lycée, une grande majorité d'élèves, toutes classes et toutes filières confondues ont répondu présents. « C'est d'autant plus injuste que c'est un élève sérieux et investi, le meilleur de sa classe », précise Mauad, son ami. « Il est bon en tout », rajoute Noor, une élève de terminale.

Sans papier et reconnu comme majeur par le tribunal de Paris, Ibrahima qui assure avoir 19 ans, est sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Si son recours n'aboutit pas, il pourra être placé en centre de rétention administrative.

Contactée, la préfecture du Val-de-Marne évoque une décision de justice du 15 octobre 2018, qui reconnaît qu'Ibrahima était majeur en entrant sur le territoire français. Ce sont ces doutes sur l'âge d'Ibrahima qui ont motivé la décision du préfet de formuler une OQTF.