Variant anglais en Ile-de-France : peu de chiffres et beaucoup de zones d’ombre

Une nouvelle enquête «flash» devrait permettre d’en savoir plus sur la circulation du variant en Ile-de-France. Les résultats sont espérés ce jeudi.

 La technique de PCR de criblage permet au groupe Biomnis de réanalyser des échantillons positifs pour savoir s’ils sont infectés par le variant britannique, notamment.
La technique de PCR de criblage permet au groupe Biomnis de réanalyser des échantillons positifs pour savoir s’ils sont infectés par le variant britannique, notamment.  Salomé Dubart

10 %, 20 %, plus encore? Difficile d'obtenir des chiffres fiables pour estimer dans quelle proportion le variant anglais du Covid, ultra-contagieux, touche l'Ile-de-France. Officiellement, on s'en tient à des chiffres publiés il y a plus d'une semaine : 103 cas de variant britannique et 11 cas pour le variant sud-africain. « Mais il est probable que la diffusion de ces variants soit sous-estimée », indique avec humilité Santé Publique France dans son dernier bulletin épidémiologique régional disponible en ligne depuis le… 27 janvier.

Ce que l'on sait de manière formelle, c'est ce qui résulte d'une enquête « flash », comme une photo prise à l'instant T pour avoir une idée de la propagation. Mais cette photo est déjà ancienne, car elle remonte aux 7 et 8 janvier. Tous les cas suspects avaient été vérifiés par la technique du séquençage. Le résultat est fiable mais long à venir. Résultat : l'Ile-de-France se distinguait en tête de peloton au niveau national, avec 6,9 % des cas de Covid. Une nouvelle enquête flash a eu lieu le 27 janvier. Les résultats sont espérés ce jeudi.

Mardi, au micro de France Info, Rémi Salomon, président de la commission médicale d'établissement de l'AP-HP, s'inquiétait d' une progression galopante. Le mutant aurait doublé sa capacité de nuisance en moins d'un mois, responsable selon lui de « 15 à 20 % » des contaminations franciliennes la semaine dernière. Combien précisément? Difficile de le savoir.

On n'en sait pas davantage des PCR de criblage, cette technique homologuée depuis le 23 janvier par les autorités. Le laboratoire privé Eurofins-Biomnis, avec son plateau capable d'analyser 50000 échantillons en moins de 24 heures, à Ivry (Val-de-Marne), a été le premier a obtenir le feu vers des autorités. Le ministère de la Santé incitait tous les laboratoires de biologie médicale à adresser « sans délai » leur PCR positifs, pour savoir s'il s'agissait du Covid classique ou d'un variant.

Un «bras de fer» entre le public et le privé ?

On aurait pu s'attendre à avoir un instantané de la propagation du mutant, au jour le jour et par région. Un outil de taille pour arbitrer un éventuel reconfinement. Mais l'idée n'a pas fait l'unanimité. Le syndicat national des biologistes hospitaliers (SNBH) a regretté une décision unilatérale « sans concertation préalable », arguant aussi de difficultés logistiques et informatiques. Aujourd'hui, la société française de microbiologie (SFM) remet en cause la pertinence de ce choix.

De son côté, Eurofins-Biomnis, qui a mis plusieurs jours avant de recevoir les premiers échantillons de l'extérieur, se refuse à communiquer des résultats. Les uns dénoncent un « bras de fer public-privé stérile », tandis que dans les rangs des détracteurs, on entend qu'« il est trop tard pour privilégier cette technique ». L'agence régionale de santé (ARS) annonçait depuis une semaine la publication d'une doctrine à ce sujet, une sorte de guide des bonnes pratiques, qui rappellent à tous les acteurs la marche à suivre. Mais dix jours plus tard, toujours rien…