Val-de-Marne : le projet de centre culturel franco-turc en pleine tourmente

Alors que les travaux ont démarré, ce projet de l’association culturelle franco-turque du Val-de-Marne, qui rayonne également en Essonne, est dénoncé par les maires de Valenton et Villeneuve-Saint-Georges. Un référé a été déposé en justice.

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 Valenton (Val-de-Marne), le 2 février 2021. Le projet de centre franco-turc est remis en cause par les nouvelles municipalités de Valenton et Villeneuve-Saint-Georges.
Valenton (Val-de-Marne), le 2 février 2021. Le projet de centre franco-turc est remis en cause par les nouvelles municipalités de Valenton et Villeneuve-Saint-Georges. DR

Construction et religion riment plutôt bien. Enfin, ça, c'est en littérature. Sur le terrain de Valenton, à la frontière avec Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), les deux ne s'accordent plus depuis quelques jours. Au cœur de ce bras de fer qui se joue jusqu'aux dorures du Sénat et de l'ambassade de Turquie : le projet de centre culturel et cultuel de l'association culturelle franco-turque du Val-de-Marne (ACFT 94).

Pour rappel, avec ses 450 membres, elle ambitionne depuis 2014 de créer un lieu de vie de 2000 mètres carrés, en lisière de Villeneuve. Trop à l'étroit dans son centre actuel pour développer ses activités qui rayonnent sur 3000 personnes du Val-de-Marne et de l'Essonne.

Le maire préfère miser sur un écoquartier

Mais voilà que de nouveaux maires sont arrivés aux affaires. A Valenton, Metin Yavuz (LR), lui-même Franco-Turc, remet en cause le projet, « sur la forme », alors même qu'il avait voté favorablement la cession du terrain en séance au conseil départemental en 2019. Les raisons ? Un permis de construire adopté « le 28 janvier 2020, deux mois avant les élections », conteste-t-il, sans tenir compte « de gros problèmes ». « C'est un bâtiment sur six étages qui est prévu, pour 1200 personnes, et il n'y a que 20 places de parking », développe-t-il.

« Nous ne comprenons pas cette opposition, s'étrangle Murat Çetinkaya, président de l'ACFT 94. Nous avons toujours tenu à rester neutre en politique. » Le maire de Valenton, qui connaît bien l'association pour en avoir été secrétaire de longues années durant, évacue l'argument du règlement de comptes. « C'est un projet mal ficelé, tempête-t-il. Je suis maire de Valenton, il est de mon devoir de prévoir l'avenir. » Préférant développer à cet endroit «un écoquartier».

A 200 m du centre actuel, qui restera un lieu de prière

« Mais il n'a jamais été question d'accueillir 1 200 personnes en même temps dans ce bâtiment et la vingtaine de places de parking prévues en sous-sol devrait amplement suffire car beaucoup de nos adhérents viennent en bus », réplique l'ACFT.

Un autre terrain, comme la ville de Valenton l'a proposé, pourrait-il mettre les deux parties d'accord ? «Ce site est pratique pour tout le monde, prévient le président de l'association. Il est situé à 200 mètres de notre centre actuel, qui restera un lieu de prière. Et les commerces tenus par des amis franco-turcs ont tout intérêt à ce que nos adhérents continuent de venir régulièrement.»

De l'autre côté, à Villeneuve-Saint-Georges, le nouveau maire (DVD) est lui aussi vent debout contre ce projet. Philippe Gaudin a déposé un référé devant le tribunal administratif, pour demander « la nomination d'un expert ». « L'ACFT n'a pas respecté les recommandations du syndicat Syage pour les eaux usées, fait valoir la municipalité. On ne peut pas faire n'importe quoi sur le territoire français. » Qui plus est, Villeneuve-Saint-Georges déplore « l'impact » du bâtiment sur l'entrée de ville, tournée vers un projet de coulée verte inscrit au plan Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine). L'ancienne municipalité communiste n'y était d'ailleurs pas favorable.

Les maires reçus au ministère de l'Intérieur

Pour tenter de faire plier l'association, le sénateur (LR) Christian Cambon s'en est mêlé. Usant de son poids de président de la commission de la Défense, il a conduit les deux maires voilà quinze jours au ministère de l'Intérieur. Même si d'autres dossiers ont aussi été abordés.

« Ce n'est pas un sentiment anti-Turc qui les anime, assure le parlementaire. Il y a déjà six mosquées dans le secteur. Mais des choses étranges apparaissent dans ce dossier. » Et d'annoncer saisir le préfet du Val-de-Marne pour demander un réexamen du permis de construire. Les délais de recours classique étant épuisés.

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L'entremise de l'ambassadeur de Turquie a même été sollicitée pour tenter de renouer le dialogue. Une intervention qui pourrait ressembler à de « l'ingérence » aux yeux de l'association. Laquelle doit aussi, dans cette tourmente – alors qu'elle ne faisait pas parler d'elle jusque-là, si ce n'est pour son dialogue interreligieux, tant avec le diocèse de Créteil que l'église arménienne —, faire face, assure-t-elle, à la « calomnie » qui enfle sur le financement de son lieu de culte.

Voilà à quoi devrait ressembler le futur centre de l’association culturelle franco-turque du Val-de-Marne./Bizot Architecture
Voilà à quoi devrait ressembler le futur centre de l’association culturelle franco-turque du Val-de-Marne./Bizot Architecture  

« Nous avons tout simplement fait un prêt à la banque », répond le président de l'association. Et alors que la ville de Valenton n'apporte plus de garantie d'emprunt, l'association a tapé à la porte de plusieurs communes et du département du Val-de-Marne.

« Le permis a été délivré, avec l'accord de la préfecture. Nous sommes dans notre bon droit et nous le défendrons », prévient Murat Çetinkaya, au moment où les fondations de l'édifice vont bon train. Selon nos informations, le maire de Valenton pourrait prendre un arrêté pour suspendre les travaux.